Afrique

Tu régneras, mon fils

par L'Express (France) , le 2 juillet 2008, publié sur ufctogo.com

Dérive monarchique ? Sur le continent noir, la présidence est souvent une affaire de famille. Formule adoptée dans l’ex-Zaïre et au Togo, envisagée au Sénégal, au Gabon, en Egypte ou en Libye. Gros plan sur une troublante tentation dynastique.

 

Un cas, c’est une exception. Deux, une curiosité. Trois, une mode. Mais, avec une dizaine pour la seule Afrique subsaharienne, on frôle l’épidémie. De quel virus s’agit-il ? De la tentation dynastique. De cette propension des chefs d’Etat du continent à échafauder une succession héréditaire. L’alternance, soit, mais au sein du clan... Pour l’heure, seuls deux « fils de » ont empoigné, sur fond de chaos, d’ailleurs, le sceptre paternel : Joseph Kabila en République démocratique du Congo (RDC), et Faure Gnassingbé au Togo.

Les dauphins supposés, eux, sont légion : Karim Wade au Sénégal, Ali Ben Bongo au Gabon, Teodorin Nguema Obiang en Guinée équatoriale, et pourquoi pas Franck Biya au Cameroun ou Francis Bozizé en République centrafricaine ? Plus au nord, le Libyen Seïf al-Islam Kadhafi et l’Egyptien Gamal Moubarak méritent une place d’honneur au sein du club. La loi des gènes n’a rien d’une exclusivité africaine, comme l’attestent les parcours de George W. Bush, aux Etats-Unis, ou de la défunte Benazir Bhutto, au Pakistan. De même, on invoque volontiers sur le continent noir les trajectoires de Claude Chirac, conseillère influente de son père Jacques, de Jean-Christophe Mitterrand, surnommé « Papamadit » dès qu’il revêtit le boubou du M. Afrique élyséen, ou celle, naissante et météorique, de Jean Sarkozy dans les Hauts-de-Seine. Analogie bancale : aucun de ces trois légataires n’a prétendu endosser la toge paternelle. Le pouvoir de l’ADN se heurte en outre à un triple paradoxe.

D’abord, il n’est jamais bon de traîner des années durant un statut de favori ; le prince Hassan de Jordanie, coiffé sur le fil par son cadet Abdallah, l’aura appris à ses dépens. Ensuite, les pères répugnent souvent à introniser un ayant-droit, de peur d’affaiblir leur emprise ou de précipiter la guérilla des prétendants. Enfin, l’atout du nom peut virer au handicap. Atout, bien sûr, puisque le rejeton né coiffé bénéficie du respect craintif qu’inspire le chef et des instruments dévolus à l’exécutif. Handicap, car il lui faut s’affranchir de son image d’enfant gâté et déjouer l’hostilité des caciques du régime, écartés d’un trône dont ils s’estiment plus dignes que lui. Karim Wade, Ali Bongo ou Gamal Moubarak en savent quelque chose.

Ils savent aussi que les diplômes prestigieux et les doctorats de complaisance glanés à l’étranger n’épatent guère le peuple, pas plus qu’une carrière prometteuse dans la haute finance. Ils savent encore que le pedigree ne dispense pas partout de l’onction du suffrage universel. Ils savent enfin ce qui ne se dit guère : dès que le patriarche rejoint le royaume des ancêtres, sujets et rivaux oublient toute indulgence envers le prince éduqué en Europe ou aux Etats-Unis. S’il paraît vain de brosser le portrait-robot de l’héritier présomptif, les constantes ne manquent pas. Le dauphin s’évertue à réfuter toute ambition successorale. Et sa maman est rarement étrangère à son parcours.

Dans les salons cairotes, il se murmure que Suzanne Moubarak, fille d’un médecin égyptien et d’une infirmière galloise, a plaidé sans relâche la cause de Gamal auprès de son époux, Hosni. De même, Viviane Wade, Française d’origine, passe à Dakar pour l’avocate la plus tenace de son premier-né, Karim. Autre tropisme, le goût pour les fondations, appareils plus souples et moins sclérosés que des formations plombées par la culture du parti unique. Voilà de quoi rapprocher, au-delà de la haute stature et du crâne rasé, l’aîné Wade et le cadet Kadhafi. La Génération du concret, mouvement lancé en novembre 2006, permet au premier de tisser un réseau d’influence et de dissiper au gré des chantiers - ici une école, là un dispensaire - l’image du métis lointain.

Quant à la Fondation Kadhafi pour le développement, elle a beaucoup contribué à élargir l’audience de Seïf al-Islam, l’un des fils du Guide de la Jamahiriya libyenne. Sur un mode plus futile, la jeune garde cède volontiers aux sirènes du luxe, des bolides hors de prix, des yachts et des sports nautiques. Ali Bongo et Karim Wade partagent ainsi avec leur ami Mohammed VI, héritier du trône chérifien, la passion du jet-ski. D’autres, flambeurs impénitents et irascibles, peuplent les cauchemars des policiers français ou des ambassadeurs africains, priés d’amortir l’impact des frasques du fiston. A ce palmarès, la palme revient ex aequo à Hannibal Kadhafi, enclin à griller à tombeau ouvert les feux des Champs-Elysées, et à l’Equato-Guinéen Teodorin Nguema Obiang, tandis que Denis Christel Sassou-Nguesso peut espérer un accessit.

Il y a dans les intrigues de l’« après-papa » quelque chose de théâtral. Mais le répertoire oscille entre Shakespeare et Labiche, entre la tragédie grecque et Ubu roi. On croise sur les planches quelques Brutus et autant de figurants égarés, tant le hasard et l’Histoire font de piètres directeurs de casting. Place à la revue des troupes, en costume de scène.

Togo : Un si lourd héritage

Délesté de toute pompe protocolaire, l’échange informel avec Faure Essozimna Gnassingbé, 41 ans, laisse une étrange impression. Voilà un homme désireux d’effacer le sceau d’infamie que lui vaut une accession au pouvoir calamiteuse, encore tétanisé par l’ombre tutélaire ô combien écrasante de son défunt père et résolu à inoculer à son pays un antidote au despotisme. Mais qui, tel un Gorbatchev tropical, ignore s’il survivra à la réforme d’un système clanique et prébendier. Ce quadra policé, titulaire d’une maîtrise de gestion de Paris-Dauphine - normal pour un dauphin - et d’un MBA de l’université George-Washington, a tellement conscience des embûches semées sous ses pas, y compris par les siens, qu’il se fait parfois l’analyste lucide et navré de sa propre impuissance. Comment expier la mascarade institutionnelle dont on fut à la fois l’acteur et le jouet ? Quand, le 5 février 2005, papa Eyadema, ancien sergent-chef de la Coloniale, passe de vie à trépas, les barons du régime, officiers nordistes en tête, lancent l’opération survie ; avec le concours du juriste français et néanmoins dévoyé Charles Debbasch, conseiller du disparu, Faure troque son portefeuille de ministre contre un siège de député, se voit propulsé au perchoir de l’Assemblée puis, à ce titre, sur le trône présidentiel. Grossier, le stratagème suscite un tel tollé que le promu doit convoquer des élections.

Qu’à cela ne tienne : le 24 avril, il remporte le scrutin, au prix de fraudes éhontées et d’une répression meurtrière. On verra même des militaires dérober des urnes garnies et les emporter Dieu sait où... Depuis, le fils si mal élu s’emploie à solder ce piteux prologue. « Sur ses intentions, tranche un diplomate en poste à Lomé, rien à redire. Son bilan ? Plus qu’honorable. Il a rétabli la paix civile. Quant aux législatives d’octobre 2007, elles ont mené l’opposition au Parlement. » Encore balbutiante, cette ouverture a mis un terme à la quarantaine infligée depuis quinze ans au Togo pour « déficit démocratique » et gouvernance désastreuse. Tour à tour, l’Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale ont ranimé leur coopération. Reste que les crédits dégelés, pour peu qu’ils trouvent des projets à financer, n’ont en rien adouci le sort des humbles. D’autant que la croissance (1 % en 2005, à peine mieux l’année suivante) piétine, et qu’il faudra du temps pour arracher au marasme les phosphates et le coton, ressources vitales. Là est la hantise de Faure Gnassingbé : que le désarroi social anéantisse les fragiles acquis de son mandat. Il n’a nul besoin de cela, tant les nostalgiques de l’ordre ancien, et des privilèges qu’il procurait, parient sur son échec.

Un demi-frère n’est pas toujours la moitié d’un ennemi. Pour Faure, le péril a un nom. Celui de son cadet Kpatcha, accusé d’avoir vainement ourdi, en août 2007, un coup d’Etat. Le frangin putschiste, favori des galonnés de l’ethnie kabiyé, a perdu tour à tour le portefeuille de la Défense, puis les commandes de la Société togolaise du coton.

Mais la capacité de nuisance du député de Kara (Nord), fief paternel, demeure. Car ses alliés tiennent le port de Lomé. Lui rechigne à reconnaître la légitimité d’un aîné de mère ewé, donc du Sud, suspecté de brader l’héritage. Soucieux d’éviter un choc frontal, Faure a porté le fer sur le terrain fiscal. Proche de lui, la patronne des impôts a ainsi infligé à un affairiste libanais, associé de « M.K. », un colossal redressement.

Le président, avance un de ses confidents, « n’est pas un tueur ». Lui-même l’admet : il répugne à frapper celui qui a déçu ou trahi sa confiance. « Je l’aime bien, mais il me fait de la peine, concède un ancien Premier ministre. Il veut agir plus, mais ça passe mal au sein de sa propre famille. Je le sens un peu désemparé. Pour lui, le salut passe par une victoire propre à la présidentielle de 2010. »

RDC : Joseph, l’héritier qui vient de loin

« Le pouvoir m’est tombé dessus. » Voici comment le président de l’ex-Zaïre décrit sa brutale ascension. Lorsqu’il prête serment, le 26 janvier 2001, soit dix jours après le meurtre de Laurent-Désiré Kabila, alias LDK, abattu dans son bureau de Kinshasa par l’un de ses gardes du corps, le « petit Joseph » a 29 ans. Mais il n’accorde guère d’importance à son titre de plus jeune chef d’Etat de la planète. C’est qu’à l’époque on ne donne pas cher de la peau de ce « gamin » énigmatique, bombardé à la tête d’un pays-continent en faillite, théâtre d’une épouvantable hécatombe et champ de manoeuvre d’une demi-douzaine d’armées voisines avides de piller son pactole minéral. Sur le terrain militaire, Joseph a pourtant du répondant : c’est auprès de James Kabarebe, l’un des stratèges de l’Armée patriotique rwandaise, qu’il apprend le métier des armes.

Dès 1996, le novice rejoint les maquisards que dirige le Mzee - le Sage, autre surnom du père - et prend part à la longue marche vers « Kin », via Kisangani. Très vite, LDK lui confie les rênes de l’armée de terre, avec rang de major général, puis l’envoie parfaire sa formation à l’Académie militaire de Pékin. L’escapade durera trois mois à peine : fragilisé par sa rupture avec les parrains ougandais et rwandais, Laurent-Désiré le rappelle en urgence. Au pays, une autre bataille attend l’officier précoce lorsqu’il supplée à la hussarde le Mzee assassiné. Ceux qui digèrent mal la succession dynastique réfutent sa filiation. Né en juin 1971 à Mpiki (Sud-Kivu), au coeur du maquis de Hewa Bora, Joseph serait le fils d’un compagnon de lutte rwandais de Laurent-Désiré.

Ce dernier aurait, à la mort de son ami, adopté l’enfant et pris pour épouse sa mère, Marceline. C’est d’ailleurs sous le nom d’Hippolyte Kabange que le futur Jo fréquente l’école française de Dar es-Salaam (Tanzanie), puis la faculté de droit et d’économie de Kampala (Ouganda). Autant dire que le débat sur la « congolité » du sortant empoisonnera le scrutin présidentiel de 2006. Haro sur le « Rwandais » si mal à l’aise en lingala, l’une des langues dominantes de l’ex-Zaïre. La riposte passe par la cathédrale de Kin : le 4 juin de cette année-là, l’évêque du cru bénit l’union de Joseph avec sa compagne Marie-Olive, une Congolaise de l’Est. Manière d’ancrer un peu mieux une identité nationale controversée. Qui sait ? L’accalmie a peut-être permis à Jo de renouer avec ses passe-temps : la boxe, le moto-cross et... Che Guevara. Vénération insolite au regard de la férocité du jugement que le révolutionnaire porte dans ses Mémoires sur Kabila père, croisé jadis dans la jungle congolaise.

Sénégal : Karim en selle

Il aura tout essayé pour se délester de la tunique du prince héritier. Tout. La persuasion, l’ironie, la menace parfois. Peine perdue. Plus le temps passe et moins le scénario héréditaire, version sénégalaise, paraît incongru. Quand on le sonde, Karim Meïssa Wade, 39 ans, ne s’offusque plus. Il argumente. Dénonce, en fils loyal, l’indécence qu’il y aurait à ébaucher une transition nullement ouverte ; et invoque le primat sacré du suffrage universel. Reste que les lieutenants de l’ex-banquier d’affaires n’ont pas ces pudeurs.

Octogénaire alerte, le président Abdoulaye Wade s’emploie quant à lui à protéger son aîné. Il l’aurait vainement dissuadé de s’aventurer dans le marigot cruel de la politique. « Karim, insiste le chef de l’Etat, est un Sénégalais comme les autres. Il peut se présenter aux élections, mais pas en tant que mon dauphin. » A l’en croire, le patriarche au crâne poli balade sa lanterne magique, en quête de l’oiseau rare digne de lui succéder. On a cru un temps qu’il sortirait de l’ombre Idrissa Seck, disciple trop pressé, au risque d’illuminer crûment le duel entre le « fils spirituel » aujourd’hui répudié et l’héritier par le sang. Mais les actes de l’ancien éclairent mieux l’avenir que sa loupiote imaginaire. Car tout se passe comme s’il avait décidé de tester Karim, de l’aguerrir et de lui mettre le pied à l’étrier.

Comment oublier le rôle joué par l’héritier mâle à l’heure du Sopi, ce « changement » que consacra le triomphe électoral de l’an 2000 ? Par deux fois, Karim délaisse la City de Londres pour épauler le candidat, puis l’élu. Plus tard, Gorgui - le Vieux, en wolof - confiera à son conseiller personnel les commandes de l’Anoci, agence chargée d’orchestrer à Dakar le 11e sommet de l’Organisation de la conférence islamique (oci) et de coordonner des chantiers urbains pharaoniques. L’occasion pour le fils de cultiver les liens noués avec les bailleurs de fonds et les investisseurs du Golfe. Mieux vaut d’ailleurs ne pas titiller Wade junior. Président de l’Assemblée nationale, l’ancien Premier ministre Macky Sall osa voilà peu, sans en aviser le président, inviter Karim à s’expliquer devant les députés sur la gestion de l’Anoci, jugée opaque. Funeste erreur : il perdit dans l’affaire son poste de n° 2 du Parti démocratique sénégalais (PDS).

Au Palais, on reproche au titulaire du perchoir d’avoir exposé un homme de mère française, formé dans l’Hexagone, marié à une « Gauloise » rencontrée à la Sorbonne, et peu à l’aise en wolof, à des questions piégeuses. L’ascension de « M. Fils » fait grincer des dents jusque dans les rangs du PDS. Nul ne conteste le sérieux de ce bosseur un rien austère et volontiers cassant, trop imprégné des valeurs du privé pour ne pas s’irriter des lenteurs bureaucratiques. Son train de vie ? Il n’a rien de tapageur ; même si Karim goûte le confort et les costumes chics. Non, si les grognards grognent, c’est contre les faveurs consenties à un rejeton « trop peu sénégalais ». Et papa ne fait rien pour les rassurer. Quand il annonce, le 9 mai, son intention de restaurer le septennat, abrégé de deux ans par ses soins en 2001, Dakar se demande si Gorgui veut prolonger son dernier bail ou le premier d’un autre Wade.

Gabon : Au bon plaisir d’Omar

Quand, en 1973, le chef de l’Etat gabonais, Albert-Bernard Bongo, embrasse l’islam, il renonce à son prénom chrétien pour celui d’Omar, tandis qu’Alain-Bernard, l’aîné d’une fratrie pléthorique, devient Ali Ben. Le pré-ado fraîchement converti rêve-t-il alors de sceptre et de couronne ? Sans doute pas. Et ça vaut mieux pour lui. « Il n’y a pas de dauphin ! tonnait encore Papa Bongo trois décennies plus tard, au lendemain de sa énième réélection. Qui dit que la succession est ouverte ? Je serai candidat en 2012 si Dieu m’en donne encore la force. » Il n’empêche. Libreville s’enivre de mille rumeurs. L’une d’elles, récurrente et relayée en mai à la Une par l’hebdomadaire Jeune Afrique, élève Ali, ministre de la Défense, au grade inconfortable de favori. Trapu, massif, l’ancien élève du collège Sainte-Croix de Neuilly-sur-Seine vaut mieux que son allure et son image. Si sa passion pour les Ferrari défie le temps, l’homme semble s’être assagi.

Il paraît loin le temps où Ali le noceur cueillait Jean-Christophe Mitterrand au pied de l’avion pour l’emmener dans d’ébouriffantes virées, au volant d’une Cadillac rose ou bleue selon les versions... C’est que le fêtard repenti, marié à une Française, fille d’un assureur très en cour au Palais du bord de mer, a beaucoup appris dans l’ombre d’un père madré et goguenard. Plus à coup sûr que sur les bancs de la Sorbonne : sa thèse de droit, jure un témoin, lui parvint par fax la veille de la soutenance. La suite sera moins insouciante. En 1991, une réforme constitutionnelle prive le trop jeune ministre de son maroquin des Affaires étrangères. Bien sûr, Ali Ben décroche en 1990 un fauteuil de député à Bongoville, au coeur du bastion familial, mais son enracinement laisse à désirer. Il y a plus rude : la guérilla, au sein du Parti démocratique gabonais (PDG), entre les rénovateurs, dont il se veut le chef de file, et les adeptes du statu quo, emmenés par Paul Toungui, ministre des Finances et époux de sa soeur Pascaline, énarque et directrice de cabinet du paternel. Dans la coulisse, les dagues s’aiguisent : on l’accuse même de fomenter des putschs... Ali tangue, mais reste à flot. Il préside depuis 1996 le Conseil supérieur des affaires islamiques du Gabon, tremplin rêvé vers les Emirats que guignait son cadet et rival Christian Hussein. De même, l’Office des ports et des rades du Gabon, qu’il cornaque, lui confère un pouvoir enviable. De tels atouts suffiront-ils ? Pas sûr. Ni auprès de papa, qu’on voit mal adouber quiconque ; ni pour les Gabonais, qui se prennent parfois à rêver d’un après-Bongo sans Bongo.

La valse des prétendants

Nul doute que Denis Sassou-Nguesso, maître du Congo-Brazzaville, briguera l’an prochain un nouveau mandat. Et après ? DSN a deux fils, dont le fracassant Denis Christel, alias Kiki, connu pour son train de vie doré sur tranche et ses razzias frénétiques dans les boutiques de luxe. Raids financés, comme l’a démontré l’ONG britannique Global Witness, par les revenus de l’or noir. Il faut dire que le fameux Kiki a la haute main sur la Cotrade, filiale de négoce de la Société nationale des pétroles du Congo. En République centrafricaine, on suit de près la trajectoire des deux fils du général-président François Bozizé. Socrate dirige une compagnie aérienne. Quant à Francis, il officie auprès de son père comme ministre délégué à la Défense.

De François à Francis : demain, j’enlève le « o » ? Au Cameroun, l’hypothèse dynastique, pour le moins hasardeuse, supposerait que Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, cède le gouvernail au fils aîné, Franck Emmanuel. Lequel, « conseiller particulier » de son géniteur, a surtout investi jusqu’alors dans l’industrie forestière. En Côte d’Ivoire, le scénario paraît plus improbable encore. Laurent Gbagbo a certes un fils prénommé Michel, né voilà trente-huit ans de son union avec une Française. Mais, s’il avoue scruter les jeux de l’arène politique, ce psychosociologue se voit mal postuler à la magistrature suprême. « Un président par famille et par siècle, confiait-il en octobre 2007 au magazine Matalana, c’est suffisant. » Pour l’heure, Michel Gbagbo préfère s’adonner à l’écriture : à la clef, un recueil de poèmes, publié en 2006, et une analyse de la crise ivoirienne, sortie en mai dernier. Au Tchad, Idriss Déby a vainement tenté d’initier son fils Brahim, au point de lui confier le portefeuille de l’Agriculture. Plan à jamais révolu : l’héritier, dont les écarts de conduite désespéraient le maître contesté de N’Djamena, périt assassiné dans un parking souterrain de Puteaux (Hauts-de-Seine) en juillet 2007. En dehors de la sphère francophone, on citera l’Ouganda et le cas de Muhozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni. Lequel envisage de passer le témoin à ce jeune officier, diplômé de la prestigieuse académie militaire de Sandhurst (Grande-Bretagne). Autrefois colonie espagnole, la Guinée équatoriale vaut aussi le détour. Car cet émirat pétrolier du golfe de Guinée, où l’opulence la plus criarde côtoie une misère sans fond, pourrait échoir à Teodorin Nguema Obiang, fils d’un tyran miné par la maladie.

Or, le récit des forfaits et des caprices de TNO laisse pantois. Un jour, ce jet-setteur compulsif délaisse son harem russe et engage une liaison tumultueuse avec une rappeuse américaine, croisée sur le yacht qu’il vient de louer au propriétaire de Microsoft. On le voit s’offrir à Paris 15 voitures, dont trois Bugatti à 1 million d’euros pièce. Son nom apparaît d’ailleurs en 2004 dans un rapport du Sénat américain consacré aux transactions suspectes d’une banque de Washington. Teodorin aurait-il passé les bornes ? Il se chuchote à Malabo que la famille et les pétroliers lui préfèrent son frérot Gabriel Obiang Lima, ministre adjoint des Mines, de l’Industrie et de l’Energie. Si ce n’est TNO, c’est donc son frère...

Par Vincent Hugeux

 

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