Interview de Gilchrist Olympio à AFRIQUE ASIE

Togo : « Nous allons poursuivre la lutte » déclare Gilchrist Olympio

par Afrique-Asie , le 1er mars 2009, publié sur ufctogo.com

Le Président de l’UFC, Gilchrist Olympio s’exprime dans la dernière livraison du magazine Afrique Asie ( Mars 2009). Il évoque le combat pour l’avènement d’une véritable démocratie au Togo et les élections présidentielles de 2010.

 

« Nous allons poursuivre la lutte… »

Entretien avec Gilchrist Olympio, président de l’Union des Forces de Changement (UFC)

Propos recueillis par Augusta Conchiglia et Valérie Thorin

Depuis des années, vous êtes victime, personnellement, de mesures d’exclusion et de difficultés d’éligibilité. Quelle est la situation ?

JPEG - 9 ko

Mon parti, l’Union des Forces de Changement (UFC) et moi-même sommes aujourd’hui en lutte contre toutes les exclusions institutionnelles et constitutionnelles. Notre Constitution date de 1992 et elle a été approuvée par 97 % de la population, y compris feu le président Eyadéma lui-même. Les conditions d’éligibilité y sont mentionnées. Deux ans avant sa mort, il décide de changer ces dispositions et le Parlement monocolore a tout entériné. Aujourd’hui, nous ne reconnaissons plus notre Constitution. Il faut la réformer.
L’élimination de ces mesures de discrimination et d’exclusion sont nécessaires à l’apaisement du climat politique et devraient favoriser la réconciliation nationale. C’est du reste, à cet effet que l’Accord politique global (APG) a préconisé l’adoption et la mise en œuvre consensuelles des réformes constitutionnelles et institutionnelles.

On vous a déclaré non-résident au Togo, donc inéligible à la présidence de la république…

L’obligation de résidence imposée au candidat à l’élection présidentielle fait partie des mesures d’exclusion combattues par l’UFC. Cette mesure qui à l’origine était dirigée contre ma seule personne, peut aujourd’hui frapper d’autres compatriotes. Dans le contexte de notre pays, elle est antidémocratique, inique et inacceptable. Elle doit être abrogée.

Payez-vous des impôts au Togo ?

On paie des impôts dans le pays dans lequel on travaille, or je n’ai pas de revenus au Togo. Mon père avait quelques cocotiers mais, en vingt-cinq ans, ils sont tous morts et le reste à été saisi. Dans l’enceinte du port de Lomé, 25 hectares qui appartenaient à mon père ont été confisqués, sans que je reçoive d’ailleurs le moindre centime de compensation.
Voyez-vous, l’exigence du quitus fiscal est une mesure introduite unilatéralement et arbitrairement dans le code électoral, en violation de la Constitution qui ne prévoit pas une telle procédure.

Avez-vous aussi des problèmes de nationalité ?

Vous savez, après l’assassinat de mon père en janvier 1963, tous les membres de ma famille furent contraints à l’exil, interdits de séjour au Togo et privés de toutes pièces d’identité et de documents de voyage. Il a fallu solliciter le concours bienveillant des autorités de certains pays tels que le Dahomey, le Nigeria, la Guinée, le Libéria, la Cote d’Ivoire pour avoir ces documents. Voilà l’odyssée des sans-papiers que nous sommes devenus. Il ne faut pas confondre documents de voyage et certificat de nationalité. Je suis de nationalité togolaise de naissance au sens de l’article 62 de la Constitution issue du référendum du 27 septembre 1992.
L’exigence d’une nationalité « exclusive » de naissance est aussi une des mesures arbitraires introduites unilatéralement par le RPT. Tout ceci relève de la comédie…
Nous combattons toutes les mesures d’exclusion prises par le pouvoir RPT. Mais je puis vous assurer qu’à l’UFC, il y a des hommes valables et bien formés pour mettre en œuvre aujourd’hui comme demain notre projet de société fondé sur les valeurs de la démocratie, de l’Etat de droit, du respect des droits humains et du progrès économique et social.

Que pensez-vous possible de faire aujourd’hui ?

Nous avons besoin que l’on nous soutienne dans l’adoption et la mise en œuvre consensuelles des réformes pré-électorales. Nous voudrions pour cela compter sur le Président Blaise Compaoré du Burkina-Faso, Facilitateur du dialogue intertogolais et Président du comité de suivi de l’APG et sur tous les partenaires du Togo.

Ces éléments sont-ils les objectifs de discussion du Cadre permanent de dialogue et de concertation (CPDC) ?

Le cadre permanent de dialogue que le pouvoir vient de créer est en effet, censé discuter et adopter consensuellement les réformes politiques préconisées par l’APG. Le gouvernement et les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale sont membres de cette instance. Les solutions consensuelles attendues des discussions devraient permettre de garantir des élections libres et transparentes. Mais, nous restons vigilants et nous gardons une distance critique et constructive par rapport à cette initiative.

Vous travaillez aussi à obtenir une Commission électorale nationale
indépendante (Ceni)…

La CENI, sa composition et ses attributions nous préoccuppent. Il faut une CENI réellement indépendante et autonome, sans aucune tutelle de fait ou de droit, sans aucune influence du gouvernement, notamment du ministère de l’administration territoriale, mais une CENI habilitée à faire appel pour l’accomplissement de sa mission, à son initiative et en cas de nécessité, à toute personne physique ou morale, publique ou privée.
Par ailleurs, nous n’acceptons pas que chaque Commission électorale locale indépendante (CELI) soit présidée par un magistrat. D’autant plus que le Président de la Cour constitutionnelle lui-même a reconnu, publiquement, que la magistrature togolaise est l’une des plus corrompues au monde. j’ai du reste, exprimé cette préoccupation à M. Joyandet, Secrétaire d’Etat Français à la Coopération …

La France s’implique donc dans la préparation des élections ?

En tous cas, le Ministre Joyandet fait son travail. Quand il est venu à Lomé, arrivant d’Accra, la différence entre les deux villes l’a frappé : l’une est symbole d’un pays émergent, l’autre est sale et délabrée… Ce n’est que le reflet de notre histoire. Le pays est désarticulé. Rien ne fonctionne, ni les écoles, ni les institutions. Quand il m’a reçu à Paris, il m’a dit clairement que la France était attachée à l’organisation d’un scrutin sans exclusion, ouvert à tous, équitable, transparent et démocratique.

C’est un complet revirement…

Disons que les signes visibles par lesquels la France montre son attachement à une véritable démocratisation du Togo sont très encourageants pour les populations togolaises et pour nous-mêmes.

Pourquoi les Français ont-ils changé d’avis ?

Le droit des peuples à se donner les dirigeants de leur choix est une exigence reconnue par tous les Etats. La Communauté internationale, la France en particulier, s’attache au respect de ce droit.

Les intimidations et les violences ont-elles cessé ? Faure n’a-t-il pas calmé le jeu ?

Alors que les populations togolaises, victimes de graves atteintes aux droits humains, attendent justice et réparations à travers un processus Vérité, Justice et Réconciliation, elles assistent impuissantes à une recrudescence de l’insécurité, de la violence et de la terreur entretenues dans le pays en toute impunité par le régime RPT, à l’approche de l’échéance électorale de 2010. En témoignent la disparition non élucidée d’Atsutsé K. Joachim Agbobli, Président du MODENA, les exécutions sommaires, les violences et voies de fait exercées sur les citoyens le long des itinéraires du cortège présidentiel, les affectations arbitraires de responsables de partis de l’opposition, les exactions et traitements humiliants et dégradants à l’encontre de députés de l’opposition, notamment aux frontières et devant le siège du parlement, les corps de paisibles citoyens retrouvés sans vie dans les villes et dans les campagnes. Aucune enquête n’est diligentée par les pouvoirs publics pour identifier et poursuivre les auteurs et les commanditaires des crimes…

L’Union européenne ne s’est-elle pas montrée trop rapide à accorder un satisfecit à Faure Gnassingbé ?

Je pense que l’Union européenne est consciente de ce que les élections présidentielles au Togo ont toujours été source de violences politiques, comme en témoignent les scrutins présidentiels de 1998, 2003, et de 2005, avec leurs cortèges de morts, de blessés, de personnes déplacées et de réfugiés.
Voilà pourquoi, nous continuons d’appeler la Communauté internationale pour qu’elle aide notre pays à adopter et à mettre en œuvre consensuellement les réformes politiques nécessaires à l’organisation d’un scrutin juste et équitable en 2010. Il faudra également que la Communauté internationale assiste notre pays en amont et en aval de ce processus électoral.
Enfin, pour la sécurité du scrutin, un déploiement conséquent d’observateurs internationaux civils et militaires sera nécessaire.

Si vous êtes élu, quelles sont vos priorités ?

Nous allons gagner la prochaine élection, comme les précédentes. Si nous avons le pouvoir, nos actions prioritaires seront orientées vers l’amélioration rapide des conditions de vie de nos populations, maintenues par le régime en place dans une situation de pauvreté, de misère et de précarité inacceptables. Pour cela, il faudra rétablir les circuits légaux de collecte des recettes budgétaires internes et assurer une affectation adéquate des ressources publiques. Les infrastructures de base, les secteurs de la santé et de l’éducation, la salubrité des villes et des campagnes seront au nombre de nos priorités. Il faudra également créer des emplois justement rémunérés pour permettre à la jeunesse actuellement en détresse et livrée à elle-même de prendre une part active à la reconstruction du pays.
Voyez vous, le Togo est exsangue. La généralisation de la corruption, de la gabegie et des détournements de deniers publics dans toutes les sphères de l’administration et des sociétés d’Etat a bloqué le développement économique et le progrès social de notre pays. Il est temps que cela change. C’est le sens de la lutte que nous menons.

Paris, le 15 février 2009

http://www.afrique-asie.fr

 

© Copyright Afrique-Asie - Visiter le site

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
dimanche
22 octobre 2017
Lomé 27°C (à 23h)