Elections 2010

Togo : Jean-Claude Homawoo, vice-président de la CENI, relève des défaillances

par Liberté Hebdo (Togo) , le 18 décembre 2009, publié sur ufctogo.com

 

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Jean-Claude Homawoo-Atsu
Vice-président de la CENI, Togo

Depuis lundi dernier, les opérations de révision des listes se déroulent dans la zone 1 composée de : Lomé-Commune, Golfe, Avé, Zio, Lacs, Vo, Yoto, Haho, Moyen-Mono, Est-Mono et Agou. Et c’est aujourd’hui que ces révisions prennent en principe fin dans certaines localités de la zone I. Il n’y a pas de monde sur les lieux d’enregistrement et dans un bureau au Collège protestant, il n’y avait que 60 personnes enregistrées après quatre jours.

« Tout semble bien se passer », s’enthousiasmait le président de la CENI, Tabiou Taffa. Mais voix dissonante de la part du vice-président, Jean-Claude Homawo, que nous avons rencontré au cours de notre reportage. Dans une interview exclusive qu’il nous a accordée, il révèle beaucoup d’anomalies inquiétantes. Lecture.

Quel bilan faites-vous quatre jours après l’ouverture des bureaux de vote ?

C’est un bilan à mi-parcours du processus de révision électorale dans la zone 1 qui comprend les cinq arrondissements Lomé-Commune, Golfe, Avé, Zio, Lacs, Vo, Yoto, Haho, Moyen-Mono, Est-Mono et Agou. J’avoue franchement que je ne suis pas très fier de ce que nous avons pu faire.

La révision dans cette première zone a mal démarré et je crois qu’on ne doit pas être très fier. Mes inquiétudes concernent les centres de révision dans les préfectures de Moyen-Mono, Est-Mono et autres dont la procédure de révision devrait se terminer vendredi. Je ne peux pas dire que la révision s’est faite et c’est pourquoi je pense que la CENI, dans toute sa sagesse, va décider d’une prorogation d’un minimum de trois à cinq jours pour que la procédure de révision soit crédible et pour que nous puissions dans la zone 1 donner le ton et l’image pour le reste des régions.

La CENI a annoncé un délai de prorogation de vingt quatre-heures pour les zones dans lesquelles les opérations prennent fin vendredi 18 décembre. Vingt quatre-heures sont-elles suffisantes ?

Vingt quatre-heures, ce n’est pas un délai normal pouvant permettre à un grand nombre de personnes de s’inscrire sur les listes électorales. Et c’est d’ailleurs une initiative personnelle du président de la CENI, le bureau pas au courant. Je trouve cette initiative malheureuse car nous n’avons pas été consultés.

Qu’est-ce que vous avez constaté qui vous a amené à faire de telles déclarations ?

Nous avons connu au démarrage de ce processus de révision dans la zone 1 des difficultés. On ne peut se les cacher. On a eu ces difficultés parce que les appareils nous ont un peu trahis ; que ce soit les kits, que ce soit les générateurs. Nous avons manqué de beaucoup de choses.

Ces appareils sont souvent en panne. Au niveau des fiches d’identification, la livraison ne s’est pas faite à temps. Donc, disons qu’au niveau de la logistique, nous avons eu des difficultés. Au premier et au deuxième jour, j’étais moi-même dans le Golfe ainsi que dans la Commune de Lomé. Mercredi, j’étais dans les Lacs et il y a eu beaucoup de défaillances.

Et comme je l’ai dit, au niveau des appareils, il y a eu des défaillances. Il y a également eu le manque des fiches d’indentification, des fiches de duplicata, des fiches de transferts… Je pense qu’il va falloir ajuster le tir pour que la procédure de révision soit crédible.

Est-ce qu’il y a eu beaucoup de machines gâtées ?

Oui, beaucoup de machines ont connu de défaillances. On a essayé de réparer le nombre qu’on pouvait. Mais toutes n’ont pas été heureuses. Et comme je le disais tantôt, mes inquiétudes sont surtout pour les préfectures qui font partie de la zone 1 et qui n’ont pas vraiment connu de bonheur. Dans ces préfectures, beaucoup de kits se sont plantés et beaucoup de générateurs n’ont pas donné satisfaction.

Ne se pose-t-il pas un problème de compétence des gens que vous avez formés ?

Non, les opérateurs de saisie ne sont pas concernés. Je vous dis c’est la technique, c’est la machine elle-même. Au moment où on les déplaçait, apparemment, elles étaient fonctionnelles. Mais sur le terrain, on a connu par exemple des difficultés, de baisse de température dans certaines zones, des kits qui ne se chargeaient pas bien, des générateurs qui fonctionnaient mais n’arrivaient pas à charger les kits.

Peut-on dire que la CENI a travaillé dans l’improvisation parce que tout ce que vous venez de souligner devrait normalement être préparé des semaines voire des mois à l’avance. Si vous constatez aujourd’hui ces problèmes, c’est que la CENI n’a pas pris les mesures nécessaires…

Je crois que toutes les dispositions ont été prises. Mais la machine est ce qu’elle est. La quantité de machines qui ont failli, peut laisser croire qu’il n’y a pas eu d’anticipation. Pourtant, il y en a eu. Au niveau des fiches, les entreprises d’édition qui devaient imprimer ces fiches, ont connu également des retards. Tout cela a contribué à beaucoup de manquements.

Nous constatons qu’il n’y a pas assez de communication autour de ces opérations. Pourquoi la CENI n’a pas mis le paquet pour pouvoir informer les populations surtout celles des hameaux les plus reculés ?

C’est vrai, on ne peut se voiler la face. La sensibilisation n’a pas été ce que nous avons voulu qu’elle soit. La publicité autour de ce processus de révision n’a pas été totale. Peut-être qu’il nous fallait plus de jours qu’on le pensait pour que tout soit au point. Nous allons en aviser bientôt et nous allons pouvoir ajuster le tir.

Dites-nous ce que vous comptez faire pour régler ces problèmes et pouvoir entamer le processus dans la zone 2 ? Et si tout marchait dans la zone 2, ne pensez-vous pas que les populations de la zone 1 seraient lésées ?

Ce que vous dites est parfaitement vrai. La zone 1 devrait nous servir de zone test. Mais les difficultés que j’ai signalées tantôt poussent la CENI à envisager une situation de rattrapage pour qu’effectivement la zone 1 ne soit pas lésée par rapport aux autres zones que nous allons attaquer bientôt.

C’est pourquoi je disais que la CENI sait qu’au prime abord il y a certes le délai constitutionnel mais elle a pour mission d’organiser des élections crédibles, transparentes pour que les résultats soient acceptés par tous. Donc, je pense qu’il faut commencer par des révisions crédibles avant de penser à des élections crédibles.

Est-ce que vous n’avez pas l’impression que vous courrez derrière le temps ?

C’est vrai. Lorsqu’on réalise quelque chose comme un processus électoral, il faut se donner des délais. Mais les délais ne doivent pas nous empêcher de faire un bon processus électoral.

Et je pense que dans le cas qui nous intéresse, surtout pour des élections présidentielles que nous connaissons très sensibles, il faut que tout soit fait pour que la procédure de révision soit bonne et qu’elle soit crédible. C’est ce que la CENI va s’attacher à respecter.

Réalisée par Olivier Adja

 

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