Le riz du scandale

Togo : Faure Gnassingbé achète ses électeurs avec des sacs de riz

par Le Correcteur (Togo) , le 12 décembre 2009, publié sur ufctogo.com

Article 157 du code électoral : « Quiconque, par dons, libéralités en argent ou en nature ou par promesse de libéralités, aura influencé ou tenté d’influencer le vote d’un ou plusieurs électeurs, soit directement, soit par l’entremise d’un tiers, quiconque par les mêmes moyens aura déterminé ou tenté de déterminer un ou plusieurs électeurs à s’abstenir, sera puni d’une peine d’un (1) ou cinq ans (5) d’emprisonnement et d’une amende de cent mille (100 000 ) à un million (1 000 000) de francs CFA. »

 

Du riz à 2010 F : Lutte pour la sécurité alimentaire ou campagne électorale ?

Faure Gnassingbé foule aux pieds les lois de la République en matière de Commerce
Quid des acheteurs enregistrés par l’ANSAT ?

Porté à bout de bras au pouvoir en 2005 par certains généraux et soutenu par son demi-frère Kpatcha Gnassingbé, sous contrôle désormais des geôliers depuis huit (8) mois, le chef de l’Etat togolais a beau pinailler qu’il est différent de son père. Mais les faits étant têtus, lui collent malheureusement à la peau tel qu’on dirait du « superglue ». Bien avant la fin de son mandat, il a réussi à se débarrasser de ceux qui l’ont porté au pinacle, exactement comme son feu père Général Président Gnassingbé Eyadéma.

Pour conserver son « ambulant et doré » fauteuil présidentiel, tous les moyens sont bons. Ainsi, à l’approche de la présidentielle de 2010, visiblement conscient qu’il n’a rien foutu durant les cinq ans si ce n’est qu’il a livré le peuple aux convulsions politiques et sociales, Faure Gnassingbé s’accommode avec les dons personnels pour espérer gagner. Pour ce faire, le couple de ministres Guy Madzé Lorenzo du Commerce et Victoire Dogbé du Développement à la Base parachutés sur le terrain pour redistribuer les biens publics confisqués par le clan Gnassingbé, n’hésitent pas à mentir effrontément aux pauvres et misérables populations. Tous les dons à coup de millions annoncés ça et là frisent le mensonge.

En clair, où Faure a-t-il travaillé pour disposer d’une telle fortune ? Le ridicule dans ses trouvailles vient d’un riz de campagne de Faure présent sur le marché exclusif de l’ANSAT depuis le mardi 08 décembre 2009.

Le riz du scandale

L’évènement a été annoncé en début de semaine par les humoristes Gbadamassi et Gogoligo à travers un spot publicitaire sur la Télévision nationale (TVT). Du riz de 10 kilo vendu à deux mille dix francs ( 2010) F CFA. Ce riz aussi moins cher ne peut que susciter curiosité. Depuis mercredi 09 décembre, les chaînes officielles ont entamé la propagande au tour de cette nouvelle trouvaille de Faure Gnassingbé. Emballage Vert avec des étiquettes sur lesquelles ont peut lire « Riz BlancThailande, le riz, c’est mon « FAURE », Kou Wayi Fayiii !!! Y’ a pas mieux Dèèh !!! », ce riz fait désormais des vagues et suscite pas mal de polémique au sein de la population pour deux raisons fondamentales.

Le prix 2010 F et l’opportunité de griffer le mon « Faure » la-dessus. Selon des sources officielles, c’est un cadeau de fin d’année du président de la République aux populations. Au total, cinq (5) mille tonnes ont été réceptionnées mardi au Port Autonome de Lomé et acheminées au siége de l’Agence Nationale de la Sécurité Alimentaire du Togo (ANSAT) qui s’occupe de la gestion et de la distribution sur l’ensemble du territoire national.

Pour le Directeur Général de l’ANSAT, le Colonel Ouro-Koura Agadazi « Cette initiative vient combler le déficit que nous accusons au niveau national pour la promotion du riz. Pour la consommation locale, le Togo doit importer au moins 40 mille tonnes de riz pour combler le déficit », avant d’ajouter que « la distribution sera faite de manière que les populations qu’elles soient dans les grands centres urbains ou dans les milieux ruraux puissent avoir ce riz qui est de très bonne qualité à un prix vraiment acceptable puisque le sac de 10 kg sera vendu à 2010 F sur toute l’étendue du territoire national ».

De la moquerie manifeste et une volonté délibérée d’affamer le peuple

Au-delà de toute chose, le riz « Faure » vendu à 2010 F au lieu de 8 000F sur le marché, est une manière d’aider les populations. Mais lorsque tout se résume seulement aux moyens de conservation du pouvoir, cela ressort du cynisme et de la moquerie manifeste. Tout le monde comprend aisément que le prix indiqué sur le riz en question signifie l’année 2010 au cours de laquelle se déroulera le scrutin présidentiel. Cette drôle et sinistre manière de la lutte pour la sécurité alimentaire montre réellement que Faure Gnassingbé s’en fout éperdument de la souffrance et de la misère du peuple. Doit-on comprendre par là que sans les élections, les populations ne peuvent pas bénéficier des actions de ce genre de la part de leurs gouvernants ? Cela suppose que Faure a passé cinq (5) ans à affamer le peuple pour lui apporter du riz pour cinq ans supplémentaires de galère ? On comprend dès lors que c’est une volonté délibérée du pouvoir RPT de ruiner le pays, d’affamer le peuple pour lui tendre des miettes à l’orée des élections. Sinon Faure au pouvoir depuis 2005, n’a rien fait dans ce sens. Autrement, on pourrait avoir du riz à 2005 F, 2006 F, 2007 F, 2008 F et 2009 F cette année. Où est-ce que Faure a laissé son engagement des « 20 plus » pour se lancer, toutes babines dehors, dans le show inutile de distribution des dons personnels qui sont devenus pour lui, des viatiques et des sésames pour s’accrocher au fauteuil de la « vieille » ? Suivez mon regard.

Les Togolais ne sont pas bêtes, ils savent où se trouvent leurs intérêts. Un président élu, n’attend pas la fin de son mandat pour jeter au visage de ses électeurs des broutilles pour solliciter sa réélection.

Cette histoire du riz à 2010 F est une comédie pour la simple raison qu’au lieu d’investir des milliards dans les sociétés thaïlandaises pour combler le déficit, comme l’a souligné le Col. Agadazi, Faure ferait mieux d’encourager les producteurs locaux notamment à Kpélé Kponvié dans le Grand Kloto et à Kovié dans la préfecture du Zio. Beaucoup de consommateurs ont énormément apprécié ces productions locales. Mais l’incapacité et la volonté délibérée de l’enfant d’Eyadèma d’affamer les populations l’ont envoyé en Thaïlande pour venir flouer les pauvres paysans. La lutte pour la sécurité alimentaire passe d’abord par l’auto-suffisance alimentaire. Et ça, le fils du pionnier de la « Révolution Verte » ne le sait que trop bien. Pire encore, l’arrivée en cascade de ce riz « Faure » est une concurrence déloyale et met en difficulté les bonnes femmes revendeuses qui sont condamnées à fermer leurs boutiques. Et ce sont des faillites énormes en perspective pour ces femmes revendeuses de riz qui ont déjà fait plein de stocks pour les fêtes de fin d’année. Que dirons-nous de ceux qui sont spécialisés dans le commerce du riz ?

Pourtant le ministre du Commerce Guy Madjé Lorenzo en complicité avec les responsables de l’EPAM continuent d’escroquer et de harceler les vendeurs sur les grands marchés de Lomé notamment à Adawlato et Hédzranawoé. Et l’Etat qui s’engage dans la lutte contre la concurrence déloyale est où dans tout ça au moment où Faure Gnassingbé, le Président de la République se transforme en vendeur et distributeur exclusif du riz aux dépens des pauvres commerçants qui sont les véritables dépositaires. Où sont alors les lois de la lutte contre la concurrence déloyale ? C’est scandaleux ce projet cynique et inique de Faurequi foule aux pieds les lois de la République en matière de commerce.

Alerte ! Tous les acheteurs enregistrés à l’ANSAT

La particularité dans l’achat du riz « Faure » réside dans le fait que tous ceux qui viennent payer sont enregistrés. Au siège de l’ANSAT, il y a du monde dans l’interminable queue. Mais avant d’effectuer l’achat, il est demandé que l’on inscrive son nom et prénom dans un gros registre devant le portail. Pour quoi faire ! « C’est pour faire règner l’ordre dans la vente ».« C’est pour éviter la spéculation », a répondu un autre vendeur. Mais à partir du moment où on n’exige aucune pièce avant l’inscription, comment peut-on vérifier cela après ? De plus, même si après on exige des pièces, le cadeau de Faure va tomber à l’eau parce qu’on ne peut pas à cause d’un simple riz de campagne venir se faire enregistrer comme si on veut se faire établir une carte nationale d’identité. En définitive, l’inscription des acheteurs à ANSAT cache des motifs inavoués.

Ainsi après NAFA qui a collectionné des photos et des cartes d’électeurs des bonnes femmes dans les différentes localités du pays, c’est le tour du « riz Faure », d’ouvrir le chantier des autres combines. Pauvre Togo ! Mais alors ?

Plus personne ne doit prendre au sérieux ce régime fossilisé qui contrevient de façon sournoise aux lois et à la morale. Il est clair aujourd’hui que l’état de détresse profonde et d’axonie du pays nécessite des thérapies de choc pour assurer sa réanimation. Mais lorsque Faure se cache derrière des dons personnels à l’image de ce riz aux décors tarabiscotés, il y a péril en la demeure.

Et dans ces conditions, l’alternance, le seul refrain du peuple meurtri qui est conçu, selon Nicolas Lawson, comme un « mouvement simple et naturel que la diastole et le systole cardiaques » dans tous les pays de la sous-région, risque de s’éloigner davantage.

Et avant la faim, la souffrance et la misère du peuple.

Kokou AGBEMEBIO

 

© Copyright Le Correcteur (Togo)

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
vendredi
17 novembre 2017
Lomé 27°C (à 23h)