Libre Opinion

Togo debout !

par Séna Alipui , le 27 avril 2011, publié sur ufctogo.com

Il y a 51 ans notre pays le Togo accédait à l’indépendance suite à une longue lutte menée par feu le président Sylvanus Olympio. Sa disparition tragique trois ans plus tard plonge le Togo dans une obscurité dans laquelle nous peinons 48 ans plus tard.

 

L’histoire récente de notre pays, nous la connaissons tous et il serait redondant de revenir sur les coups d’état électoraux, militaires qui ont été le quotidien des Togolais depuis 2005.

L’année 2010 a été une année décisive pour notre pays, pour la première fois en près de 50 ans un gouvernement d’union comprenant des membres de l’UFC (proche du parti indépendantiste CUT) est formé suite à un accord politique signé par notre président, Gilchrist Olympio.

Près d’un an après cet accord, il convient de se demander à quelle vitesse évolue le Togo ?
Sans vouloir aller dans les détails, on peut répondre que le Togo pourrait aller mieux. Autrement dit, le Togo ne va pas comme nous souhaitons qu’il aille mais dans un passé récent nous avons connu pire et la situation actuelle est un moindre mal.

Pourquoi ce pays avec autant d’atouts n’arrive pas à percer tant sur le plan économique que politique ?
Il y a des pays comme ou malgré une situation politique bloquée l’économie a été longtemps florissante (ex : la Tunisie) et des pays ou malgré une situation politique relativement saine, l’économie n’a jamais pu décoller (ex : le Bénin). Dans le cas du Togo on se demande par quelle prouesse nous ne décollons pas dans un cas comme dans l’autre.

Le Togo semble être apathique, coincé. Une idée largement répandue dans la population fait croire que notre processus démocratique obstrué par le RPT pourrait en être la cause et que tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’alternance, le Togo n’évoluera pas.
Le Togo est il suspendu aux futiles querelles de politicards incompétents ? Il est permis d’en douter car on peut faire la politique autrement.

En ce 51 ème anniversaire de notre indépendance et au vu des récents événements en Côte d’ivoire ou l’ex opposant désormais Président Alassane Ouattara a su rassembler ses adversaires d’hier pour remporter l’élection présidentielle et a eu recours à la force légitime pour s’installer aux commandes de l’état, on se demande si l’alternance tant criée est importante pour nous, comment ne nous donnons nous pas les moyens de la réaliser ?

Si l’alternance est une condition sine qua none au développement politique et économique de notre pays alors soit une écrasante majorité de notre opposition opère soit de mauvais choix politiques, ou est incompétente, car mal préparée face à un redoutable adversaire que constitue le RPT. Dans les deux cas les échecs qui en résultent sont facturés à la population et on se contente d’appeler traître quiconque propose de faire la politique autrement.

S’il est établi que nous avons maitrisé la formule de l’échec au Togo, il est bon de savoir que le succès est l’autre face de cette pièce et qu’il est en notre pouvoir de changer le cours des évènements sans devoir incendier la planète.
Autrement dit, le changement c’est pour les Togolais, et ce n’est contre personne, et il est capital que l’on intègre cela dans nos réflexions, nos paroles et nos actions si le succès est un objectif.

Faire la politique autrement au Togo est une nécessité car la politique comme nous l’avons faite en accompagnant nos aînés ces dix dernières années est un échec.

En ce 51 ème anniversaire ayons le courage de penser et d’agir autrement, ayons le courage de quitter les sentiers battus de l’échec hérité de la colonisation et entretenu à grands frais par quelques médiocres politicards de tous bords ( pouvoirs comme opposition) parachutés pour nous maintenir dans l’obscurité.

Au plan politique, cet anniversaire est l’occasion d’amener d’autres perspectives à notre pays.

Nous sommes d’avis que s’il n’est plus possible de limiter les mandats présidentiels comme cela serait souhaitable et même nécessaire on peut tout au moins mettre tous les candidats aspirants à la présidence sur le même pied d’égalité. Autrement dit, si vous êtes un président en fonction et que vous souhaitez renouveler votre mandat, vous devez démissionner après avoir fait le bilan de votre mandat devant l’assemblée nationale dont le président prend la présidence pour les 3 mois précédant l’élection. Si vous êtes réélu, il vous remet le pouvoir, si vous n’êtes pas réélu, il remet le pouvoir à celui qui est élu et le président entrant a 3 mois pour faire l’état de lieux devant l’assemblée avant de démarrer son mandat. Cela pourrait régler les problèmes d’utilisation abusive des moyens de l’état pendant la campagne et les pressions sur la CENI de même que les coups d’états militaires et électoraux.

Nous sommes d’avis que pour éviter que des parachutés et n’importe quel quidam ne se retrouvent dans une position ou sa légitimité est contestable, il est impératif que les membres du gouvernement aient une base électorale, autrement dit, pour devenir ministre ou premier ministre il faut nécessairement avoir été élu député dans une circonscription aux législatives. Quand vous entrez au gouvernement, votre suppléant prend la relève à l’assemblée nationale. Si vous êtes un savant ou un technocrate, vous travaillerez sous l’autorité d’un élu.

Nous sommes d’avis que la chefferie traditionnelle doit être institutionnalisé au même titre que les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et disposer de son propre budget afin de revaloriser son rôle dans la société.

Les forces armées doivent être placées sous le commandement de l’assemblée nationale avec comme chef suprême, le président de l’assemblée nationale. Pour réquisitionner l’armée il faut en plus de 75% des votes à l’assemblée et avoir le même quota d’approbation au niveau du pouvoir exécutif, judiciaire et de la chefferie traditionnelle. Autrement dit, le rôle de l’armée doit évoluer et elle doit encadrer le développement du pays par la construction de route, d’hôpitaux etc. Si elle doit s’engager dans des opérations de guerre, de maintien de l’ordre, ou des opération nécessitant des armes de guerre, c’est sur réquisition de son chef suprême, et réquisition approuvée à plus de 75% par les autres pouvoirs qui régissent le pays.

Pour clôturer les propositions au plan politique, la dernière proposition portera sur la manière d’exprimer son mécontentement. Les manifestions de rue devraient être purement et simplement découragées au profit de rassemblement dans un espace fermé, comme un stade. Autant le droit de manifester est constitutionnellement garanti autant la liberté de chacun s’arrête là ou commence celle des autres et il convient de se demander de quel droit certains estiment avoir le droit d’obstruer la circulation des biens et des personnes parce qu’ils sont mécontents. Leur mécontentement peut être exprimé par des canaux qui ne privent pas les autres de leur liberté de mouvement. Dans un pays ou le chômage frappe de plein fouet la jeunesse, il vaut mieux leur trouver du travail que de leur vendre des chimères au prix de bloquer les activités génératrices de revenus par des marches sans lendemains. Cela économisera le coût des gaz lacrymogènes, améliorera les relations entre les forces de l’ordre et la population et forcera l’ensemble de la classe politique à utiliser des moyens de communication moins agressifs.

Au plan économique, nous revenons sur des propositions faites à l’occasion du 49 ème anniversaire de l’indépendance.

Lomé souffre de macrocéphalie et la décentralisation est une nécessité.
Il faut pour cela renforcer le pouvoir des municipalités en leur permettant de collecter et de gérer les taxes. La portion qui revient aux différents pouvoirs (législatifs, exécutif, judiciaire et traditionnel) sera versée au trésor public. Le trésor public pourrait dans cette optique ne plus être sous l’autorité du ministère des finances et de l’exécutif mais être une entité indépendante sous contrôle de la banque centrale, qui collecte et décaisse les fonds pour le compte des différents pouvoirs devant lesquels elle est comptable.
Pour en revenir à la décentralisation, les 4 pouvoirs + l’armée pourront être répartis sur les 5 régions. Autrement, le pouvoir exécutif pourrait avoir son siège à Kara par exemple tandis que l’assemblée nationale a son siège à Sokodé, l’armée son siège à Atakpamé et ainsi de suite… Cela drainera l’activité économique dans ces régions et décongestionnera la capitale. Chaque municipalité taxera les populations selon ses besoins de développement.

Il n’y aura pas de décollage économique sans infrastructures de qualité. Il est donc indispensable d’avoir une autoroute en T inversé reliant Lomé à Cinkassé en béton avec un minimum de 4 à 6 voies par direction. Les prisonniers et autres délinquants pourraient travailler gratuitement à non seulement construire ses routes sous l’encadrement de l’armée mais également achever la construction des voies ferroviaires.
Les infrastructures routières et ferroviaires devraient nous permettre de faciliter la circulation des personnes et surtout des biens autant à l’intérieur du Togo que vers les pays de l’hinterland.

Une politique rigoureuse et volontariste d’accès au crédit pour les nationaux reste sans doute une clé pour le décollage économique du Togo. Le Togo ne produisant pas beaucoup de bien de consommation, la production locale, sera encouragée par un accès au crédit pour les entrepreneurs, les agriculteurs et les sociétés privées à majorité de capitaux nationaux. Au niveau du crédit consommateur, des facilités de paiements seront accordés aux consommateurs pour acquérir des biens produits localement.
Le domaine du crédit dont je suis moi même professionnel est complexe et je n’irai pas dans plus de détails ici, mais pour me résumer un bon usage du crédit devrait permettre de relancer, la production locale et par ricochet l’emploi et la consommation.

Le développement de nouveaux partenariats et le renforcement de ceux existants sont un facteur qui aidera également le décollage économique. Le Togo a des partenaires traditionnels au premier rang desquels se trouve la France. À un moment ou la Chine, l’Inde, Brésil sont en train de monter en puissance et peuvent servir de référence, nous sommes d’avis qu’aujourd’hui plus que jamais nous devons renforcer notre coopération avec notre premier partenaire traditionnel qu’est la France. Coopération dans les domaines miniers, bancaires, automobile, touristiques etc., la France doit constituer notre premier fournisseur et un de nos premiers clients à l’international, naturellement pas dans des conditions inéquitables pour nous mais dans des conditions mutuellement bénéfiques. Plus que la coopération internationale au premier rang desquels nous aurons naturellement la France, les USA, l’Allemagne, le Canada, la Chine et la Russie, nous devons concentrer nous efforts dans la coopération avec nos pays voisins, la sous régions et le reste de l’Afrique, notamment dans des domaines qui nous assurent l’énergie, et des ressources comme le pétrole autrement dit nous allier à des partenaires sous régionaux pour produire et ou nous approvisionner en groupe à moindre coût.

Une politique de coopération agressive avec nos partenaires ne doit pas nous faire perdre de vue qu’il nous faudra prendre notre courage et tirer un trait sur l’aide à la coopération.
Si l’aide permettait de se développer l’Afrique serait le continent le plus développé. Nous devons avant tout compter sur nous même, avoir une politique qui défend nos intérêts et aborder le reste du monde avec une attitude positive qui permette une saine coopération.

En ce 51 ème anniversaire voilà quelques nouvelles pistes de réflexions que j’explore et que j’aimerais partager vous en vue d’une action commune future pas nécessairement politique car on peut servir son pays dans plusieurs domaines.
Pour conclure, je reviens à la première question :
Près d’un an après cet accord, il convient de se demander à quelle vitesse évolue le Togo ?
Le Togo évolue lentement, nous évoluons bien en deçà de nos capacités.
Nous sommes assis à nous remémorer un passé qui ne reviendra pas au lieu de nous lever et de nous mettre au travail.
Il appartient à chaque Togolais de se lever et de se tenir debout développer son pays.
Si à 51 ans on doit être encore à la plage en train de pleurer sur des histoires de RPT de France etc.… c’est que nous ne sommes pas compétents pour diriger ce pays et que nous n’avons aucune ambition de réussir dans la vie, dans ces conditions vaut mieux faire un trait sur le développement.
Quand on est compétent et bien préparé, on réussit, Alassane Ouattara vient de le prouver.
Quand on veut vraiment faire quelque chose, on trouve un moyen, si nous désirons sincèrement arranger ce pays trouvons un ou des moyens.
On peut faire bien mieux que ce que nous faisons en ce moment, il faut avoir le courage et la volonté de s’améliorer et quitter le confort de cette médiocre vie qui mine l’avenir pour transformer le destin de notre pays en l’espace de quelques générations.

Togo debout !

La lutte continue.

Séna Alipui

 

© Copyright Séna Alipui

Trésorier de UFC Section Canada

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