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Le boa qui avale sa queue ou l’autodestruction de l’Afrique et ses conséquences

par Maurice Mouta Wakilou Gligli le 15 septembre 2008, publié sur ufctogo.com

Issaka Herman Traoré, auteur du roman Le boa qui avale sa queue, publié aux Editions l’Harmattan dans la collection « Ecrire l’Afrique », est né en 1973 au Burkina Faso plus exactement à Fada N’gourma. C’est un homme touche-à-tout : il est à la fois consultant indépendant, membre de plusieurs réseaux d’évaluation, journaliste indépendant, activiste et alter mondialiste.

Dans ce livre, toute l’histoire de Koudjougou, principal personnage de l’ouvrage, se passe dans un pays imaginaire, la République du Haram dont les habitants se nomment haramistes. Ce pays situé dans la région des savanes en Afrique a pour capitale Fallah. Les Margou qui parlent le margou et auxquels appartient Koudjougou (principal personnage de l’ouvrage) sont l’un des peuples composant la partie orientale du Haram. En langue margou, tambipwalo signifie un grand prêtre, un grand initié, c’est-à-dire un dépositaire des savoirs ancestraux ; lyuaba veut dire courroie de transmission entre le monde invisible et les mortels, un art divinatoire qui interprète des dessins sur le sable. Enfin, pour clore cet aperçu lexicologique, les bayulis désignent les jaloux qui ne pensent qu’à détruire leurs semblables.

Comme on va le voir, le roman se divise en quatre grands chapitres et aborde des thèmes tragiques tels que le quotidien ponctué de haine et de jalousie. Par ailleurs, le régime politique du Haram est une « démocratie cotonnière » caractérisé par les assassinats politiques, les bradages économiques et le népotisme érigé en système de gouvernance. Le Haram dirigé par le despote Somboa, c’est aussi la république des juges corrompus et des juges acquis à sa cause. Le despote Soamboa n’a pas hésité par jalousie (bayulis) à assassiner froidement son cousin Babilibilé pour prendre sa place à la tête de l’Etat. De même, l’assassinat politique de l’enquêteur Kampougbaro n’a pas fini d’indigner les citoyens de Haram. Sa dernière enquête a eu trait à une affaire dans laquelle, Ibrahim le beau frère de Soamboa, était impliqué. Et c’est cette dernière affaire qui allait lui coûter la vie. Kampougbaro fut abattu et brûlé dans son véhicule à l’aide d’acide et de carburant.

En bref, l’auteur fait de façon implacable le procès de la gestion de l’Afrique par ses propres dirigeants. A ce propos, le titre du livre en dit long ainsi que le dernier chapitre. En effet, au lieu de se contenter de dénoncer, Issaka Herman Traoré parle aussi des conséquences néfastes de cette mauvaise gestion de l’Afrique. A titre d’exemples les guerres civiles, les génocides, la jalousie, la méchanceté… Ces maux dont souffrent les populations africaines sont causés par les Africains eux-mêmes. La métaphore du boa qui mange sa propre queue a été bien vue et adaptée à la situation de l’Afrique.

Donc, l’Afrique est la première responsable de sa destruction. Généralement, lors des grands colloques internationaux pour diagnostiquer le mal de l’Afrique, la première pierre est jetée à l’Occident. Evidemment, en tant qu’altermondialiste, l’auteur ne sous-estime pas le rôle des puissances étrangères dans les maux dont souffre l’Afrique. C’est là que ce livre contrairement à biens d’auteurs trouve son originalité.

Sur le plan littéraire, l’utilisation de nombreux proverbes s’avère être quelque chose de très enrichissant pour la jeunesse africaine en rapport et avec la sagesse africaine. Le recours aux proverbes, aux rites ancestraux et aux aspects des croyances spirituelles africaines invite à s’approprier la religion négro africaine et à la pratiquer dans le contexte de la mondialisation. Car un peuple sans identité se perd et meurt dans le marigot des alligators.

Note de lecture de « Le boa qui avale sa queue »
Issaka Herman Traoré
Collection « Ecrire l’Afrique ». Editions l’Harmattan.2007


Bruxelles, le 15 septembre 2008
Maurice Mouta Wakilou Gligli
http://gliglimouta.afrikblog.com/

© Copyright Maurice Mouta Wakilou Gligli

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