Inondations

Saison pluvieuse : Le calvaire des Loméens a commencé

par MO5 , le 17 juin 2010, publié sur ufctogo.com

La saison des pluies a commencé au Togo avec son lot de désolation, de cris de détresse de la population devenu s presque inaudibles, de sinistrés, de déplacés, de visites de ministre « sur instruction personnelle du chef de l’Etat » pour apporter des vivres et non vivres aux populations…ainsi de suite. Bref, le même blablabla chaque année, le même rituel et le problème demeure.

 

Rien n’est fait pour résoudre le problème à la source qui devient récurrent chaque année. Devant cette tragi-comédie qui se joue, la population impuissante et désarmée, est devenue spectatrice et ne sait à quels saints se vouer.

Si autrefois, certains quartiers de Lomé tels que Gbadago défrayaient la chronique en raison de leurs problèmes d’inondation, aujourd’hui, on a l’impression que le problème n’épargne plus aucun quartier de Lomé.

Dans la banlieue est de la capitale : Kagomé, Kanyikopé, Ablogamé, Zorro-Bar, les populations ont littéralement les pieds dans l’eau et elles vivent avec la hantise de s’ennoyer un de ces quatre matins. C’est la croix et la bannière pour aller d’un point à un autre de ces quartiers. Et la nouvelle mode vestimentaire dans ces localités c’est le port de bottes et de culotte même pour les femmes. Les bottes pour pouvoir traverser l’eau et les culottes pour les femmes, car on est obligé de soulever sa robe ou son pagne, par pudeur la culotte est devenue indispensable pour les habitants de ces zones.

« Actuellement ça va un peu, l’année dernière, raconte un riverain, il nous avait fallu des pirogues pour nous déplacer. Nous prions seulement que la météo soit clémente cette année sinon, nous mourons tous car nous ne savons où aller »

"Dites à Faure qu’il dirige des hommes et non des poissons !"

A quelques encablures de là, une dame, la quarantaine passée, dont la maison est sous les eaux, un seau d’eau sous la tête, ayant remarqué que la présence du journaliste qui prenait des vues hurle sa colère : « Allez dire à Faure de venir voir dans quel état nous sommes. Il a été élu pour diriger des hommes et non des poissons, nous sommes devenus tous des batraciens. Dans quel pays, sommes –nous, et que les autorités n’écoutent pas leurs administrés », se plaint-elle, l’émotion dans la voix.

Au marché, la voie bitumée y menant est boueuse, embourbée même, crevassée par endroits et jonchée de nids de poule, ne permettant même pas aux revendeurs et clients de débattre les prix.

Joindre le Rond point du Port-Cimtogo et Zorro-Bar relève du parcours du combattant. Il fallait faire des détours, des slaloms, des gymnastiques. Tété, un conducteur de taxi-moto rencontré à ce carrefour déverse sa bile sur les sociétés de la zone. « Nous avons dans cette zone trois fleurons de l’économie togolaise : le port autonome de Lomé, le Cimtogo et le Wacem. Même si l’Etat a démissionné en matière d’aménagements des infrastructures routières, ne pouvaient-elles pas s’associer pour rendre la voie praticable ? Puisqu’elles tirent leur chiffre d’affaire de cette voie. D’ailleurs, c’est leurs semi-remorques qui ont rendu la voie dans cet état calamiteux. Je me demande, ce qu’elles font de leur budget social. C’est fou c’est, quand même cette p… de route qui rapporte des milliards à l’Etat ! », dit le zémidjan en rogne.

A l’école de kanyikopé, les élèves de la classe du Cours moyen deuxième année font les examens de fin d’année alors que la cour est inondée. Il en est de même de la paroisse catholique de la zone. Le gardien, ce matin, a « dû faire sortir de l’eau avant que les élèves ne viennent ». « Mais je crois que cette année c’est mieux que l’année dernière grâce à ces ponceaux qu’on fait », raconte-t-il de manière stoïque. Il montre les ponceaux en question qui ont scindé l’eau et la terre ferme.

Si toutes les activités de la zone sont au ralenti, cette situation fait la part belle à un nouveau type de métier. Il s’agit des pousse-pousse pour transporter les hommes. Des jeunes se sont organisés pour aider les riverains à traverser l’eau sur leurs pousse-pousse moyennant 60 ou 50F CFA. Si les pratiquants de ce nouveau métier peuvent se réjouir, tel n’est pas le cas des conducteurs de taxi-moto. En saison pluvieuse, raconte Gilbert, les passagers préfèrent les taxis classiques que le zémidjan. Car très souvent, si vous prenez le taxi-moto, rassurez vous d’avoir la terre boueuse et les seaux plein la gueule », dit le taxi-moto déçu des intempéries.

L’ennui dans tout ceci, c’est que tout le monde agit à sa guise. Les riverains barricadent leurs devantures et érigent des ponts de fortune, « ce qui complique encore la vie à quelques usagers, aux conducteurs de moto de passage. « Ces motos chinoises sont obligées de défier la nature contre laquelle elles ne sont pas fabriquées », avoue le taxi-moto déconcerté.

Voilà, les conditions dans lesquelles vivent nos populations à ce 21ème siècle, à Lomé dans l’indifférence des plus hautes autorités. Et comme toujours c’est les mêmes jérémiades : la population a construit dans des zones inondables. Comme solution on propose un plan « ORSEC », un concept aux contours creux. Jamais aucune projection à long terme ni politique de construction de logements sociaux pour la population, ni de plan d’assainissement de la ville. Et chaque année, nous serons obligés d’enterrer nos morts, d’estimer les dégâts. Ainsi va la politique sur la terre de nos aïeux et pourtant « gouverner, c’est prévoir », dit le dicton.

La palme de l’éloquence revient au ministre Titikpina en charge de la sécurité et de la protection. L’année dernière, en visite dans une bourgade sinistrée de Tsévié, il aurait tenu des propos qui devraient rester dans les annales des inondations au Togo. « C’est vrai que nous sommes venus en retard, mais on ne dira pas que nous ne sommes pas venus. Je suis venu vous dire de quitter les lieux car vous allez être inondés. Il faut aller sur les plateaux, les zones qui ne peuvent pas être inondées, chez vos parents là-bas. Attention, si quelqu’un sait qu’il n’est pas dans de bons termes avec son parent, il n’a qu’à commencer à se mettre d’accord avec lui dès maintenant, car la situation va s’aggraver pour vous », aurait prévenu le ministre selon un témoignage rapporté par un habitant de Tsévié.

Francine Dzidula (MO5 Togo)

 

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