Togo

Paris félicite avec réserve le président togolais Gnassingbé pour sa réélection

par Le Monde (France) , le 19 mars 2010, publié sur ufctogo.com

 

Si la qualité d’une élection africaine se mesure à la nature et à la rapidité des congratulations adressées de l’étranger, le président du Togo, Faure Gnassingbé, a quelques questions à se poser. Peu après la présidentielle du 4 mars, le fils du dictateur Gnassingbé Eyadéma avait reçu les félicitations de ses homologues ivoirien, Laurent Gbagbo, et tunisien, Zine El-Abidine Ben Ali, qui ne passent pas pour des parangons de démocratie.

Nicolas Sarkozy, lui, a attendu la "proclamation définitive", jeudi 18 mars, de la réélection de Faure Gnassingbé avec 60,88 % des voix, pour lui adresser ses "félicitations" et ses "voeux de succès", tout en soulignant "l’ampleur des efforts qui restent à accomplir en faveur (...) de l’enracinement de la démocratie dans toutes ses dimensions". Le contraste est net avec l’empressement avec lequel la France avait salué, en 2005, la calamiteuse première élection de M. Gnassingbé qui s’était soldée par 500 morts. A l’époque, le satisfecit du ministre français des affaires étrangères Michel Barnier, évoquant un "succès", avait contribué à enflammer la rue. Nicolas Sarkozy, lui, au nom de l’UMP, avait dénoncé une "mascarade".

Cette fois-ci, le processus électoral n’a causé aucune victime. "C’est la seule avancée", résume l’opposant François Boko. Les partisans de Jean-Pierre Fabre, principal challenger du président sortant, crédité officiellement de 33,93 % des voix, assurent que M. Fabre est le véritable vainqueur. Ils dénoncent un "énième hold-up électoral", mais ne parviennent pas à mobiliser dans la rue une population surtout occupée à survivre et qui reste terrorisée par le souvenir de la répression de 2005.

"En réalité, nous venons de vivre une élection transparente, ouverte, telle que le Togo n’en a jamais connu, même si des imperfections ont été notées, réplique au Monde, le premier ministre togolais, Gilbert Houngbo, de passage à Paris jeudi 18 mars. Les deux candidats sont séparés par 550 000 voix et l’opposition le sait. Elle prétend avoir gagné, mais elle est incapable de fournir la moindre preuve."

La saisie par des gendarmes, de milliers de procès-verbaux (PV) du vote et d’ordinateurs, mardi 9 mars, dans des locaux appartenant à l’archevêché de Lomé et loués par l’opposition pour y installer son centre de saisie informatique, renforce les doutes sur la sincérité du scrutin. Ce jour-là, les forces de l’ordre auraient attendu le départ des observateurs de l’Union européenne, pour faire irruption dans les lieux où les militants de l’Union des forces de changement (UFC) de M. Fabre compilaient les PV, précisément avec l’intention de dénoncer des fraudes. Les gendarmes ont interrompu ces opérations. "Incapables de démontrer la fraude, ils étaient en train de fabriquer de faux PV au scanner pour intervertir les résultats", assure le premier ministre.

L’opposant François Boko, qui connaît bien les moeurs électorales togolaises pour avoir été ministre de l’intérieur du général Eyadéma, a une tout autre explication. "Le vote avait été tellement falsifié en amont par l’introduction d’électeurs fictifs ou d’achats de voix, que les procès-verbaux attribuaient jusqu’à 90 % des voix au président sortant dans certaines régions. C’était si embarrassant que les autorités ont voulu empêcher la divulgation de ces résultats".

Dénoncée par les observateurs de l’UE, la non-transmission des résultats par le système satellitaire sécurisé financé par Bruxelles, s’expliquerait, selon M. Boko, par le même souci. "A quoi cela sert-il que les Européens financent cette élection pour 9 millions d’euros s’ils n’exigent pas la transparence ?", s’interroge M. Boko. "Si l’UE n’avait pas financé, elle se serait privée d’un droit de regard, répond un haut diplomate européen. L’élection aurait été pire encore."

Philippe Bernard

 

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