Amnesty

« Ne laissez personne priver les défenseurs des droits humains de leur liberté de parole »

par Amnesty International , le 11 décembre 2003, publié sur ufctogo.com

A l’occasion de la Journée Internationale des droits de l’Homme, Amnesty International Section Française (AISF) met en lumière les harcèlements, actes d’intimidation ou arrestations arbitraires, des plus subtils aux plus violents, dont sont victimes les défenseurs en Indonésie, Haïti, Fédération de Russie, Togo et Tunisie, pays qui illustrent la grande variété des représailles auxquelles sont confrontés les défenseurs dans l’exercice de leurs activités légitimes au service des victimes.

 

Présentation de notre nouvelle campagne de soutien aux défenseurs des droits humains :

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A l’occasion de la Journée Internationale des droits » de l’Homme, Amnesty International Section Française (AISF) choisit, pour la deuxième année consécutive, de rendre hommage aux défenseurs des droits humains en butte à la répression, à ces femmes et ces hommes courageux qui, parce qu’ils veillent à la mise en œuvre de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans leurs pays, sont souvent privés de leur liberté de parole et deviennent les premières victimes des violations qu’ils dénoncent.

AISF met en lumière les harcèlements, actes d’intimidation ou arrestations arbitraires, des plus subtils aux plus violents, dont sont victimes les défenseurs en Indonésie, Haïti, Fédération de Russie, Togo et Tunisie, pays qui illustrent la grande variété des représailles auxquelles sont confrontés les défenseurs dans l’exercice de leurs activités légitimes au service des victimes.

Toute la journée des militants d’Amnesty proposeront au public de soutenir les défenseurs des droits humains dans ces 5 pays en signant une carte postale qui sera adressée aux autorités des pays concernés. Cette campagne de signatures se prolongera pendant un an, jusqu’au 10 décembre 2004.

En savoir plus sur la situation des défenseurs des droits humains :

Togo

Le gouvernement togolais tente systématiquement de bâillonner ceux qui prennent ouvertement la défense des droits humains, en particulier les militants associatifs et les journalistes qui s’engagent pour le respect de l’état de droit. Ces persécutions, pratiquées depuis plusieurs années par les forces de sécurité togolaises, prennent le plus souvent la forme d’actes d’intimidation, diffamation dans les média officiels, harcèlement moral, y compris envers les proches des défenseurs, arrestations arbitraires souvent suivies par des actes de torture.

Pourtant certains membres de la société civile togolaise continuent de prendre le risque de témoigner et de dénoncer les exactions commises dans un pays où toute opinion dissidente peut conduire son auteur à être sévèrement réprimé.

Harcelés et contraints à l’exil pour avoir diffusé à la communauté internationale un rapport de leur organisation sur la situation des droits humains au Togo, arrêtés et torturés, accusés de " ternir l’image du pays ", pour avoir fait leur travail de journaliste d’investigation en dénonçant les violences perpétrées par les forces de sécurité lors d’une échéance électorale ; ce ne sont là que quelques exemples de cette répression pour réduire les défenseurs au silence.

Amnesty International choisit de dénoncer ces faits pourtant avérés en ne divulguant pas l’identité des victimes ou de leurs proches dans un souci de sécurité des personnes concernées, afin pas aggraver la répression à leur égard ou contre leur entourage.

Amnesty International appelle les autorités togolaises à mettre fin à ces pratiques d’intimidation et de violence et à mettre en œuvre la déclaration des Nations unies sur les défenseurs adoptée par l’Assemblée Générale le 9 décembre 1998.

Indonésie

En Indonésie, le conflit entre le mouvement Aceh Libre (GAM) et les forces de sécurité du pays a provoqué de nombreuses victimes civiles dans la province de Nanggroe Aceh Darussalam (NAD). Les défenseurs des droits humains impliqués dans le combat en faveur des victimes, dans les zones de conflit, font face à de sérieuses menaces visant à les décourager de poursuivre leurs activités. Certains d’entre eux ont même payé de leur vie leur engagement courageux pour la défense des droits humains.

Depuis 2000, au moins 13 défenseurs de la région de NAD ont été lâchement assassinés. Personne n’a été tenu responsable de ces homicides.

"Non, pas ici..." Un officier indonésien s’adressant à ses hommes (leur véhicule vient de s’arrêter à un barrage de contrôle de l’armée et il leur demande d’attendre d’être dans un endroit plus discret pour achever leurs prisonniers). Ernita binti Wahab, Idris Yusuf, Bakhtiar Usman et Nazaruddin Abdul Gani travaillaient tous les quatre pour une organisation de réinsertion des victimes de la torture, dans la province du NAD. Le 6 décembre 2000, ils sont roués de coups de crosse de fusil avant d’être abattus, 3 heures plus tard, d’une balle dans la tête tirée à bout portant. L’un d’entre eux parvient à s’échapper, mais le corps d’une des autres victimes est retrouvé un peu plus tard sur les lieux du drame.

En 2002, vingt trois défenseurs au moins ont été arrêtés en NAD ; 14 d’entre eux ont été victimes de mauvais traitements. La plupart des personnes arrêtées ont été libérées sans inculpation au bout de quelques jours de détention.

Le 11 mai 2003, Raja Ismail, 50 ans, bénévole du Bureau de défense des droits humains et d’aide juridique en NAD, est mort des suites des actes de torture qui lui auraient été infligés.

La situation des défenseurs des droits humains en Papouasie n’est guère plus enviable. Amnesty International est préoccupée à cet égard par la situation des militants de la Fondation d’étude et de défense des droits humains (ELS-HAM) qui ont fait l’objet de mesures d’intimidation et de harcèlement. En juin 2003, deux des responsables de cette organisation à Jayapura en Papouasie ont été inculpés de diffamation suite à leurs déclarations faites lors d’une conférence de presse, mettant en cause les forces spéciales indonésiennes dans des assassinats.

Amnesty International appelle les autorités indonésiennes à mettre fin à ces pratiques d’intimidation et de violence et à mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs adoptée par l’Assemblée Générale le 9 décembre 1998.

Tunisie

En Tunisie, les défenseurs des droits humains, en particulier les responsables associatifs et avocats qui assurent entre autres la défense de prisonniers politiques, sont victimes d’un harcèlement incessant visant à limiter leurs activités.

On peut rappeler, à titre d’exemple, l’agression de Saida Akremi, avocate spécialisée dans la défense des droits humains, membre de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques. Son cabinet est sous surveillance policière constante ; les forces de sécurité interrogent régulièrement ses clients et leur conseillent de choisir d’autres avocats. En juin 2002, le cabinet de Me Akremi et celui de son mari ont été saccagés. Selon des témoins oculaires, le 27 juillet 2001, une voiture de police a tenté de renverser Saida Akremi pendant une manifestation devant la prison de Manouba à Tunis pour protester contre l’incarcération de Sihem Ben Sedrine, militante des droits humains. Elle a déposé une plainte pour tentative de meurtre, mais aucune enquête ne semble avoir été effectuée. Le 13 décembre 2002, devant l’entrée de son cabinet et en présence de son mari et de ses enfants, Me Akremi a été forcée de sortir de sa voiture et battue par des membres des forces de sécurité. Emmenée au ministère de l’Intérieur, elle a été interrogée pendant plusieurs heures au sujet de ses activités.

Dans ce contexte, Radhia Nasraoui, avocate et défenseure des droits humains renommée, a décidé le 15 octobre 2003, pour la seconde fois, d’entamer une grève de la faim pour la défense de sa dignité. Sa décision a été prise à la suite de pressions de plus en plus fortes exercées à son encontre, dans l’exercice de sa profession, mais également dirigées contre ses proches, par les forces de sécurité. Sur le plan du respect de sa vie privée, Radhia Nasraoui, témoigne ainsi : " sur un autre plan, la police politique ne cesse de surveiller ma maison, dans le but évident de terroriser mes filles et d’intimider ceux parmi mes parents et amis qui osent nous rendre visite ".

Leurs trois délégués, Maître Nathalie Muller, avocate au Barreau de Nanterre, Maître Michel Pitron, avocat au Barreau de Paris et membre du conseil de l’Ordre, et Maître Denys Robiliard, avocat au Barreau de Blois et ancien président d’Amnesty International - Section française, se sont rendus à Tunis du 28 au 30 novembre 2003. La délégation a rendu visite à Maître Radhia Nasraoui, avocate et défenseure des droits humains, en grève de la faim depuis le 15 octobre 2003.

Amnesty International appelle les autorités tunisiennes à mettre fin à ces pratiques d’intimidation et de violence et à mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs adoptée par l’Assemblée Générale le 9 décembre 1998.

Haïti

Dans le contexte de l’escalade de la violence politique, la liberté d’expression, déjà mise à mal en Haïti, devient une préoccupation essentielle d’Amnesty International. A ce titre, Amnesty dénonce les attaques perpétrées contre des défenseurs des droits humains dans ce pays, en particulier les journalistes qui s’engagent en faveur des droits fondamentaux.

Le 3 avril 2000, Jean Léopold Dominique, célèbre journaliste de radio et défenseur de longue date de la démocratie et des droits humains, et Jean-Claude Louissaint, gardien de la station Radio Haïti Inter, sont assassinés en plein jour par des hommes armés. L’enquête a fait l’objet de tentatives répétées d’obstruction. Les juges, les policiers et les militants associés à l’enquête ont reçu des menaces ; les principaux suspects dans cette affaire n’ont pu être auditionnés et sont toujours en liberté.

Le 25 décembre 2002, Michèle Montas, la veuve de Jean Dominique, membre de l’ONG Eko Vwa Jean Dominique et actuelle directrice de Radio Haïti Inter a été victime d’une agression armée qui a coûté la vie à Maxime Séide, son garde du corps. Elle-même et l’équipe de Radio Haïti Inter avaient déjà reçu de nombreuses menaces de mort mais cet attentat l’a contrainte à fermer la station le 22 février 2003 et à se réfugier aux Etats-Unis.

La journaliste Liliane Pierre Paul, qui travaille à Radio Kiskeya, a toujours défendu la liberté de parole et l’indépendance de la presse en Haïti. Elle a été menacée à de multiples reprises ces dernières années. Le 30 avril 2003 elle a reçu à la station un paquet contenant une balle et une lettre dans laquelle étaient formulées des menaces de mort. La lettre émanerait de plusieurs organisations populaires favorables au gouvernement. Les membres de l’un des groupes cités avaient auparavant reconnu avoir participé au meurtre du journaliste de Radio Écho 2000 Brignol Lindor en décembre 2001.

Amnesty International appelle les autorités haïtiennes à mettre fin à ces pratiques d’intimidation et de violence et à mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs adoptée par l’Assemblée Générale le 9 décembre 1998.

Fédération de Russie

Les organisations de défense des droits humains encore présentes en Tchétchénie travaillent dans des conditions extrêmement difficiles et dangereuses. En juillet 2002, des inconnus en uniforme ont fait irruption dans le bureau de Grozny de l’ONG russe Mémorial et commencé à détruire le matériel à l’intérieur des locaux. Mémorial a porté plainte et les militaires ont répondu qu’il ne s’agissait que d’un simple contrôle. Par ailleurs les observateurs internationaux rencontrent les plus grandes difficultés pour se rendre en République Tchétchène.

Sur le territoire de Krasnodar (Sud de la Fédération de Russie), les autorités s’emploient à harceler les ONG de défense des droits humains, où à les diffamer. Selon les informations reçues par Amnesty, au moins 4 d’entre elles ont été fermées où menacées de fermeture parce qu’elles se sont impliquées de façon très active dans des actions de défense des droits humains. L’Ecole de la Paix, une ONG russe de premier plan à Krasnodar, est ainsi menacée de fermeture en raison de ses activités en faveur des minorités ethniques. Les motifs invoqués par le ministère de la Justice du territoire de Krasnodar, à l’origine des poursuites, sont d’ordre purement administratifs mais visent en réalité à faire taire cette organisation. L’audience au cours de laquelle le tribunal doit se prononcer sur la fermeture de cette organisation a déjà été repoussée à plusieurs reprises.

A Moscou, Bakhrom Khamroïev, un défenseur ouzbek qui a travaillé aux côtés d’organisations oeuvrant en faveur des droits humains, a été arrêté plusieurs fois par des membres de la police et des forces de sécurité russes depuis le milieu de l’année 2002. Depuis le mois de mars 2003, les membres de sa famille ont été contrôlés et interrogés à de nombreuses reprises et ont été la cible de multiples actes de harcèlement ; certains ont même dû se soumettre au détecteur de mensonge. Le 20 juillet 2003, Bakhrom Khamroïev a de nouveau été arrêté et inculpé de détention illégale de stupéfiants, accusations qui seraient, selon les informations d’Amnesty International, forgées de toutes pièces. Il a été remis en liberté provisoire le 20 octobre 2003 mais les charges retenues pèsent toujours contre lui.
Autre exemple, le journaliste et militant écologiste Grigori Pasko, qui avait été arrêté en 1997 pour avoir dénoncé le déversement illégal de déchets nucléaires par la marine russe, puis condamné en décembre 2001 à 4 ans de détention dans un camp de travail, a bénéficié d’une libération conditionnelle le 23 janvier. AI, qui l’a adopté comme prisonnier d’opinion, continue de réclamer sa libération sans condition.

Amnesty International appelle les autorités russes à mettre fin à ces pratiques de harcèlement et à mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs adoptée par l’Assemblée Générale le 9 décembre 1998.

AMNESTY INTERNATIONAL Section française

 

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