Interview

Monseigneur BARRIGAH Président de la CVJR : « Je n’aurai pas l’audace de me comparer à Desmond Tutu… »

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 17 juin 2011, publié sur ufctogo.com

Monseigneur BARRIGAH Président de la CVJR : « Je n’aurai pas l’audace de me comparer à Desmond Tutu… ce sera déjà un très grand honneur pour moi d’imiter tout ce qu’il a fait en Afrique du sud… »

 

Pendant qu’une délégation de la CVJR se trouve en Europe pour échanger avec la diaspora et qu’une autre anime des conférences thématiques à travers tout le pays, Mgr BARRIGAH, président de la Commission Vérité Justice et Réconciliation, se prononce sur Radio France Internationale. Nous ne vous en disons pas plus. Lisez plutôt

Vous avez déjà recueilli quelques 20 mille témoignages, quels sont les faits les plus marquants ?

Il est normal que les évènements de 2005 occupent une place importante dans ces dépositions. Parce que c’est les évènements les plus récents et peut-être les évènements les plus tragiques de l’histoire de notre pays.

D’après le rapport des Nations Unies sur ce drame, il y aurait eu entre quatre et cinq cent morts en avril 2005. Est-ce que vous confirmez ce chiffre ?
Ce sont les chiffres officiels d’un rapport. Pour le moment, nous n’avons pas encore fait les décomptes. Donc, compte tenu de ce que les uns et les autres disent, c’est un chiffre qui doit aller d’une centaine de morts à cinq cent morts.

A l’origine de votre commission, il y a une initiative du régime togolais, c’est-à-dire ce régime qui a fait tirer sur les civils en Avril 2005. Est-ce que ce n’est pas le péché originel de votre commission ?

Je crois que c’est l’Accord Politique Global signé par tous les partis politiques qui a décidé de la création de cette commission. Quel que soit le régime qui crée la commission, je crois que c’était en application de l’APG.

Est-ce que quelques fois vous n’avez pas l’impression d’être la caution d’un régime qui veut faire oublier les crimes du passé ?

Moi je pense que notre rôle n’est pas d’appuyer un gouvernement ou de servir de caution. Notre rôle c’est d’aider le peuple à commencer une histoire nouvelle dans laquelle les adversaires d’hier vont s’asseoir ensemble pour penser à l’avenir du pays.
Vous avez auditionné beaucoup de victimes, je crois qu’il faudra envisager de confronter ces victimes avec leurs bourreaux. C’est ça ?
Oui, nous comptons le faire. Et je pense que cela représente un moment de catharsis pour que cela ne se reproduise plus.

Pensez-vous que les officiers de l’armée togolaise qui ont participé aux massacres d’Avril 2005 accepteront de venir témoigner devant les familles des victimes ?

La commission n’a pas le pouvoir de réquisitionner. Nous donnerons la chance, la possibilité à ceux qui auront été cités comme auteurs présumés de donner leur version des faits. Mais si pour diverses raisons les uns et les autres refusent à venir témoigner ; que ce soit publiquement ou in camera ou encore au cours d’audiences privées, nous on en prendra seulement acte.

C’est-à-dire que vous donnerez le choix à ces autres présumés de venir témoigner soit en public, soit à huis clos ?
Oui ! Cela dépend de la sensibilité de certains cas et puis de la personnalité aussi.

Est-ce que vous avez demandé déjà à certains auteurs présumés de ces violences de venir témoigner ?
Non ! Pas encore. Nous venons de conclure l’étape des dépositions des victimes et des témoins.

Quel est l’intérêt pour le régime actuel de laisser venir témoigner des officiers de l’armée qui l’ont aidé à gagner officiellement cette élection de 2005 ?
Je pense qu’on est dans une dynamique de réconciliation. Cela concerne également l’armée, la police.

Après cette confrontation, est-ce que les bourreaux présumés seront épargnés par la justice comme en Afrique du Sud ou au Maroc ?
La réconciliation ne doit jamais se présenter comme un déni de justice. Nous ferons tout simplement des recommandations. Etant entendu que pour des cas de violation les plus graves, nous pourrons même demander qu’il y ait des poursuites. Cela se trouve dans notre mandat. Et il nous appartient seulement d’apprécier quels sont ces cas les plus graves.

Est-ce que vous subissez des pressions ?

Non ! Pas de pression de la part de qui que ce soit.

Voudriez-vous être Desmond Tutu du Togo ?

Je n’aurai pas l’audace de me comparer à Desmond Tutu. Il reste pour moi un modèle et ce sera déjà un très grand honneur pour moi d’imiter tout ce qu’il a fait pour l’Afrique du Sud.

Vous savez que si vous mettez en cause des personnes très haut placées vous allez avoir des difficultés avec le régime ?

Pourquoi vous insistez nécessairement sur le régime ? Je fais mon travail sans trop me préoccuper de ce que cela peut entrainer comme difficultés sachant que dans un contexte comme celui-ci, il faut beaucoup d’abnégation pour aller de l’avant.

Vous êtes indépendant peut-être non ?

Oui ! L’indépendance. Vous voyez, dans le mandat qui a créé notre commission, il a été souligné que nous sommes une institution indépendante. J’y crois et je travaille en ce sens.

Source : RFI (Vendredi 17 juin 2011, journal de 6h30)

 

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