Gilchrist Olympio

Le Président National Gilchrist Olympio : Lettre Ouverte au Peuple Togolais

par Gilchrist Olympio , le 23 février 2010, publié sur ufctogo.com

 

Mes chers compatriotes,

Je tiens à m’adresser moi-même à vous aujourd’hui, plus directement et plus longuement, sur le moment historique auquel nous faisons face. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère pour le Togo. Après la mort du Général Dictateur, son régime et sa famille ont rhabillé le même système oppressif d’un visage nouveau, mais force est de constater aujourd’hui qu’un simple changement de visage n’a rien pu faire pour arrêter le déclin économique et moral qui ronge les fondations de notre beau pays. Pour accomplir la renaissance tant attendue par le peuple Togolais, c’est tout un système qu’il nous faut jeter aux oubliettes de l’histoire. Nous devons poser les bases d’une société libre, démocratique, et respectueuse des droits des hommes et des femmes qui y vivent. Ce chantier demande votre mobilisation, et des sacrifices nouveaux.

Vous connaissez tous mon combat pour l’émergence d’une démocratie authentique et vibrante au Togo. J’y ai depuis longtemps consacré le plus clair de ma vie. Jusqu’à la fin de l’année dernière, j’entendais poursuivre ce combat en sollicitant votre soutien pour la présidentielle de 2010 afin que je mène, avec votre aide, notre pays dans cette direction nouvelle. Mais Dieu en a décidé autrement. Il a voulu que je joue un rôle différent pour ce rendez vous électoral et qu’un autre homme porte notre flambeau et celui de l’opposition togolaise. Seul Dieu sait bien sûr vers où il guide mes pas. Mais sachez que c’est avec la même détermination, la même passion, et le même espoir qui m’a toujours animé que je compte m’atteler à aider le collectif de l’opposition à faire changer notre pays. Je ne tournerais pas le dos à mes responsabilités en ce moment crucial de notre histoire.

Depuis le rejet de ma candidature par la CENI, j’ai décidé de me donner le temps de la réflexion, non pas par désintérêt ou par dépit, mais à cause de l’importance du moment auquel nous faisons face. Pendant ce long silence, j’ai également continué les consultations que j’avais engagées avec les acteurs clés du processus togolais, tant sur le plan national qu’international, afin d’essayer d’améliorer la donne des conditions lamentables de préparation, et afin de déterminer les meilleurs moyens pour l’opposition de porter le peuple togolais à la libération qu’il attend depuis si longtemps. Aujourd’hui alors que la campagne électorale est lancée je viens vous faire part de mes conclusions.

Mon appel à tous les démocrates togolais

Après avoir longuement discuté avec chacun des leaders de l’opposition démocratique, et après avoir consulté nos partenaires internationaux, j’ai décidé d’appeler le peuple togolais et tous les partis partageant notre idéal de paix et de progrès, à se rassembler derrière la candidature de Jean Pierre Fabre pour les élections présidentielles de 2010.

Ce choix n’est pas le choix d’un parti contre un autre, et je vous demande de ne pas le voir comme tel car au delà de la logique électorale qui commande de choisir le représentant du parti le plus implanté, nous devrons faire appel à l’expérience et aux talents qui existent au sein des différentes forces démocratiques du pays. C’est pour moi ici l’occasion de reconnaitre l’importance et l’expérience des partis-frères et de nos compagnons de lutte. Même si nous nous sommes parfois affrontés face aux électeurs dans le passé, nos objectifs et notre volonté de démocratie nous ont toujours unis. Nous devons aujourd’hui renouveler et renforcer cette union, afin de faire bloc face au régime qui oppresse notre peuple. J’appelle les uns et les autres au dépassement de soi pour la cause commune. Notre victoire sera la victoire de tous les Togolais et non celle d’un seul parti politique.

Nous devons saluer le courage et la maturité politique de Me Yaovi Agboyibor, le président d’honneur du CAR, à qui l’histoire démocratique du Togo doit beaucoup. Nous devons aussi saluer Agbéyomé Kodjo, de l’OBUTS, dont la candidature énergique et rénovatrice à apporté des idées neuves et claires au collectif de l’opposition. Nous devons saluer l’action de Dahuku Péré, de l’ALLIANCE, pour sa sincérité dans la préparation d’un consensus pour l’union. Ces deux hommes ont eu le courage de dénoncer les dérives du régime Eyadema et de quitter le sérail du dictateur à une époque où il était dangereux d’imposer sa différence de l’intérieur. Je salue également l’action fédératrice et le rôle positif qu’a joué Kofi Yamgnane depuis son entrée sur la scène politique togolaise. Enfin, nous devons saluer la démarche progressive de la CDPA et de sa candidate Mme Brigitte Adjamagbo, ainsi que les candidats des autres partis qui se sont dits prêts à s’unir autour d’un pôle fédérateur. Ces fils et filles de la nation amènent tous des idées et des énergies nouvelles au débat démocratique que nous souhaitons. Ils représentent l’arc en ciel togolais, dans toutes ses couleurs politiques, ethniques, professionnelles et sociales. Ils sont la preuve que le régime n’a pas réussi à éteindre la vitalité et l’esprit travailleur de son peuple en quarante ans d’oppression.

Nous devons aller aux élections quoi qu’il advienne

Le refus obstiné du gouvernement de reconnaitre que les conditions d’une élection sereine et transparente ne sont pas réunies démontre la mauvaise foi qui conduit les actes que pose ce gouvernement. Les défaillances avérées du processus de révision des listes électorales avec notamment l’enregistrement de mineurs et d’étrangers, les disparitions du matériel de recensement, la réduction de la durée du temps de travail de révision, la paralysie de la CENI et les multiples intimidations sont autant d’éléments qui continuent de plaider en faveur d’un report de l’élection. Comme je le disais dans mon message du 16 Janvier 2009, des élections précipitées et bâclées portent en elles les germes de l’affrontement et de la violence dont notre pays a tant souffert.

Malgré tout ces problèmes, nous ne devons pas abandonner la lutte et renoncer au combat qui est devant nous. Nous ne devons pas faire au RPT le cadeau du boycott auquel le régime cherche à nous pousser. Si nous sommes unis, le régime tremblera. Si nous sommes unis, l’ampleur de la fraude nécessaire au maintien du RPT au pouvoir devient énorme et pratiquement impossible à accomplir. Si nous sommes unis, nous pouvons renverser la dictature des Gnassingbé et changer le cours, jusqu’ici douloureux, de notre histoire.

Nous devons faire front au RPT unis, tous ensemble

L’union de l’opposition doit continuer à se construire autour d’un programme de gouvernement commun. Elle ne doit pas se dessiner seulement autour d’une vision biaisée par les intérêts personnels et s’ancrer sur une quelconque répartition de futurs postes gouvernementaux. Elle doit se faire avec le souci de porter en avant celui qui est le mieux en mesure de représenter notre union pour la bataille difficile qui s’annonce. Les qualités d’écoute et de diplomatie, l’expérience de la chose politique et le courage d’aller jusqu’au bout sont à mon avis essentielles. Il nous faut faire un front commun face à ce moment historique qui se présente devant le peuple Togolais. Seule l’Union permettra de venir à bout d’un système désireux de s’accrocher envers et contre tout au pouvoir. Ce système quoique à bout de souffle, a montré qu’il excelle dans la duplicité et la tricherie. Il n’hésitera pas de surcroit à avoir recours à la violence pour conserver ses acquis. L’heure du changement a sonné et nos adversaires le savent. Il ne tient donc qu’à nous de répondre à la clameur du peuple qui nous réclame d’agir.

Le choix de Jean Pierre Fabre n’est pas offert ici comme le choix idéal pour tel ou tel parti, pour tel ou tel personne individuellement, mais comme choix idéal pour l’opposition dans son collectif. Je demande donc à tous les leaders des partis d’opposition, d’accepter le sacrifice personnel que demande le peuple, afin qu’ensemble nous allions à la victoire. Je demande à chaque leader de l’opposition de mettre la force de son intellect, de son cœur, et de son intégrité au service du peuple togolais. Nos ambitions individuelles sont saines et nécessaires pour le débat démocratique qui offre au peuple le droit de choisir des leaders pour les mener vers une vision de la cité. Ces ambitions auront leur place dans un Togo renouvelé. Mais aujourd’hui, il nous revient d’abord de renverser un système qui tue l’ambition et le travail, et qui ne récompense que la médiocrité, le zèle et la fumisterie. Inscrivons ensemble ce mandat comme celui de la transition du pays vers une ère véritablement démocratique.

La classe politique de notre pays compte de nombreux talents. Que nul n’en doute. Ceci étant, au jour d’aujourd’hui et au vu de la situation politique à laquelle nous sommes confrontés, je pense que Jean Pierre Fabre est le fils de la nation le mieux indiqué pour mener la coalition qui fera tomber le régime RPT. Il a longtemps prouvé à mes côtés ses qualités de rassembleur et de meneur d’hommes. Il aura aussi besoin de l’aide de ses ainés pour que nous donnions ensemble le meilleur de la classe politique à nos concitoyens. J’invite donc les leaders politiques à se mettre ensemble autour d’un plan de campagne et à élaborer un programme commun de gouvernement pour un mandat de transition.

Pour une nécessaire transition démocratique

La tâche qui nous attend est immense et il nous faudra faire appel aux efforts de tous les fils et filles de ce pays pour relever le défi de la reconstruction. Il nous faudra pour commencer envisager la réinstauration de la constitution de 1992 dont le peuple s’était librement doté et ensuite doter notre pays d’institutions crédibles et acceptées de tous. Le chantier de la réconciliation nationale est tout aussi important. Il nous faudra sans complaisance et en toute responsabilité revisiter les épisodes douloureux de notre histoire afin de solder les contentieux qui continuent de miner et de diviser nos compatriotes.

Les nombreux crimes de sangs et les crimes économiques qui ont tristement jalonné l’histoire de notre pays ne devront pas être ignorés. L’alternance n’est pas synonyme de chasse aux sorcières mais il est important de savoir ce qui s’est passé pour éviter que cela ne se reproduise. Pour toutes ces raisons, il me parait crucial d’envisager de mettre sur pied un gouvernement de coalition autour d’un programme prioritaire de redressement à la fois moral et économique du pays pendant un mandat de transition. Au terme de cette transition, il nous sera possible de créer les conditions d’une véritable élection propre et transparente à laquelle pourront participer tous ceux qui le souhaitent dans une compétition saine.

Mon appel à nos frères militaires

Envers les militaires, je renouvelle mon appel du 16 Janvier dernier. Nous comptons sur l’armée et les forces de sécurité, pour qu’elles contribuent à assurer la tenue d’un scrutin dans la paix et la sécurité de tous. Ces corps armés auront un rôle important à jouer dans le projet de société que nous voulons bâtir dans la paix et la démocratie. Demain, nous devrons les inviter à nous aider à accomplir une réforme constructive de l’armée togolaise, pour que celle-ci soit mieux préparée à la tâche qui lui reviendra dans un Togo renouvelé.

Mes frères, mes fils, soyez à l’écoute du peuple dont vous émanez tous. Vous servez une noble cause, pour laquelle il vous est toujours demandé d’énormes sacrifices individuels. Il est temps de reprendre la place qui vous revient dans la noble marche de l’histoire. Je me ferais ici l’écho d’un de vos plus illustres officiers, un des fils du Nord du pays et un des proches du feu dictateur, qui disait en 2003 en s’adressant a ses frères d’armes : « Ne restons pas sourds à l’appel du peuple. La tyrannie, l’injustice, et l’arbitraire doivent céder la place à un monde d’amour, de pardon, d’équité et de justice. » … « On ne peut plus déverser les militaires dans les rues pour frapper et maltraiter les populations... Le peuple a assez souffert comme ca. Ca suffit. » … « Depuis 1963, nous n’avons fait que servir un homme, souvent jusqu’au sacrifice suprême. Qu’avons-nous reçu en retour ? Ingratitude, conspiration, et exécution sommaire. Triste sort que d’être militaire sous Eyadema… » … « Notre armée doit désormais être une armée républicaine. Elle doit se mettre au service du peuple. Je sais que la grande majorité, certes silencieuse, a compris la mission qui lui est dévolue. La minorité qui jette le discrédit sur notre corps, vous la connaissez. » … « Soyons unis. Cessons de croire que l’armée est une histoire de Nord-contre-Sud, ou de Kabyè-contre-autres ethnies. L’armée, notre armée, est une et indivisible. » … « Peuple Togolais, tu es valeureux. Ta bravoure est sans limite. Comme le roseau, tu as cent fois plié, mais tu n’as jamais rompu. La délivrance est proche car le jour de gloire pour notre pays est arrivé. Que l’éternel bénisse le Togo. »

C’est par ces paroles simples, qui viennent de leurs rangs, que je voulais m’adresser à nos frères servant dans l’armée et les forces de sécurité. Vous faites un métier noble. C’est sous votre protection fraternelle que nous ferons face dans la paix, devant la vérité des urnes, au régime qui garde en otage notre pays.

Pour finir…

Togolaises, Togolais, je vous demande solennellement de voter pour le candidat de l’Union Jean Pierre Fabre le jour des élections. Ayez le courage de vous exprimer, une fois encore. Nous avons deux semaines avant le 5 Mars. Le peuple compte sur les bonnes volontés de tous. Je serai au rendez vous, avec vous, pour ce combat ultime. Je prendrai une part active à la campagne à la tête de mon parti l’UFC et de concert avec les autres membres de la coalition. Mes compatriotes, la nuit est longue, mais le jour approche.

Que Dieu bénisse et protège notre cher Togo !

Fait à Paris le 23 Février 2010
Gilchrist S. Olympio

 

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