Société

La grandeur du geste du Pape Benoît XVI

par Pascal Kossivi ADJAMAGBO , le 24 février 2013, publié sur ufctogo.com
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Comme l’a si justement exprimé le doyen des Cardinaux, Mgr Angelo Sodano, l’annonce le 11 février 2013 par le Pape Benoît XVI de sa démission a résonné comme « un coup de tonnerre dans un ciel serein » et restera dans l’histoire comme « un éclair sans précédent dans le ciel de l’Eglise », faisant de tous les contemporains du Pape Benoît XVI des témoins privilégiés de l’histoire de l’Eglise terrestre et céleste, plus précisément du pèlerinage de l’Eglise terrestre le long du temps vers l’éternité pour rejoindre l’Eglise céleste. C’est cette conviction intime qui est exprimée avec une fraîcheur étonnante et une actualité poignante par l’auteur anonyme de la « lettre à Diognète » datant de la fin du second siècle en écrivant : « Les chrétiens s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère… Ils sont dans le monde, mais ne vivent pas selon le monde…Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, mais leur manière de vivre dépasse de beaucoup ces lois… En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde… La responsabilité que Dieu leur a confiée est si importante qu’il ne leur est pas permis de déserter ». La « lettre à Diognète » fait ainsi écho à la « lettre de Saint Paul aux Philippiens » où il a écrit : « En effet je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens vivent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont tous à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne tendent que vers les choses de la terre. Mais nous, nous sommes citoyens des cieux » (Philippiens 3, 18-20).

Le point d’orgue de ce « coup de tonnerre » a été le passage suivant de la déclaration du Pape : « C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Evêque de Rome, Successeur de Saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005 ». Dans toute l’histoire bimillénaire de l’Eglise, le seul exemple comparable d’un tel « renoncement en pleine liberté », sans donc des contraintes du gouvernement de l’Eglise, est celui du Pape Célestin V en 1294, un ancien et pieux ermite de 80 ans qui au bout de cinq mois ne se sentait toujours pas à l’aise dans son ministère d’Evêque de Rome, contrairement au Pape Benoît XVI, qui, à la différence de son prédécesseur le Pape Jean-Paul II, a renoncé pour des raisons de santé et de vieillesse à exercer jusqu’à la limite de son dernier souffle « les pouvoirs qui lui sont conférés ».

C’est la grandeur unanimement reconnu du geste auguste et historique du Pape Benoît XVI représenté par ce « renoncement en pleine liberté » qui force le respect de tous les dirigeants politiques ou religieux du monde entier indépendamment de leurs convictions ou pratiques religieuses, comme l’a exprimé le président français François Hollande en déclarant à Pierrefitte-sur-Seine le 11 février 2013 : « Je n’ai pas de commentaire particulier sur cette décision, qui est éminemment respectable et qui fera qu’un nouveau pape sera choisi. La République salue le pape qui prend cette décision mais elle n’a pas à faire davantage de commentaire sur ce qui appartient d’abord à l’Eglise ».

Pour les fervents chrétiens, la grandeur du geste auguste et historique du Pape Benoît XVI tient surtout de « l’imitation de Jésus-Christ », selon la formule consacrée popularisée par le titre du célèbre traité de pitié et d’érudition du moine hollandais du 14-ème siècle Thomas Hemerken, faisant dire à Gandhi que « les occidentaux ont deux livres, la Bible et l’Imitation de Jésus-Christ », et faisant en particulier écho aux enseignements suivants du Christ : « apprenez de moi que je suis doux et humble de cours (Matthieu 11,29) … Si quelqu’un veut venir avec moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne chaque jour sa croix et qu’il me suive (Luc 9,23)… Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous. Au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude (Matthieu 20, 25-28) ».

Pour les philosophes et théologiens chrétiens, la grandeur du geste auguste et historique du Pape Benoît XVI tient aussi à « l’imitation de Dieu », plus précisément à « l’imitation du renoncement de Dieu dans la création », comme l’explique avec le génie qui lui est propre la philosophe et mystique Simone Weil dans son livre « La pesanteur et la grâce » : « « Nous croyons par tradition au sujet des Dieux, et nous voyons par expérience au sujet des hommes que toujours, par une nécessité de nature, tout être exerce tout le pouvoir dont il dispose » (Thucydide). Comme du gaz, l’âme tend à occuper la totalité de l’espace qui lui est accordé. Un gaz qui se rétracterait et laisserait du vide, ce serait contraire à la loi d’entropie. Il n’en est pas ainsi du Dieu des chrétiens. C’est un Dieu surnaturel au lieu que Jéhovah est un Dieu naturel. Ne pas exercer tout le pouvoir dont on dispose, c’est supporter le vide. Cela est contraire à toute les lois de la nature : la grâce seule le peut. La grâce comble, mais elle ne peut entrer que là où il y un vide pour le recevoir, et c’est elle qui fait ce vide ».

A la lumière de ces éclairages sur « l’imitation de Jésus-Christ » et « l’imitation de Dieu », les croyants chrétiens seront donc confortés dans leur conviction intime que le geste auguste et historique du Pape Benoît XVI est une œuvre irréfutable de la grâce divine qui les comble d’admiration, faisant de lui un témoin privilégié de l’Evangile qu’il est chargé d’enseigner, lui conférant ainsi une autorité morale exceptionnelle, sans doute la plus grande dans l’histoire de l’Eglise après le Premier Pape Saint Pierre, et illustrant avec éloquence la remarque pertinente suivante du Pape Paul VI : « l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins »(Evangelii Nuntiandi, 41).

Pascal Adjamagbo
Licencié en théologie catholique
Collaborateur avec le Pape Benoît XVI à la revue de théologie Communio (1)

(1) Revue Catholique Internationale COMMUNIO (Français), IX, 2 mars-avril 1984, Le travail

 

© Copyright Pascal Kossivi ADJAMAGBO

Ingénieur de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées de Paris
Docteur d’Etat en Mathématiques et Agrégé de Mathématiques Professeur à l’Université Paris 6
Membre du Panel de Haut Niveau de l’Union Africaine pour la Science, la Technologie et l’Innovation

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