Droits de l’homme

Interview de André Kangni AFANOU, Secrétaire général du CACIT

par La Semaine (Togo) , le 1er septembre 2010, publié sur ufctogo.com

Depuis le début des travaux de la commission vérité, justice et réconciliation, beaucoup se demandent quel sort doit être réservé aux plaintes déposées en justice pour le compte des victimes par différentes structures dont le CACIT. Pour réfléchir sur la question, ce Collectif a organisé la semaine dernière une table ronde qui a regroupé des députés à l’assemblée nationale, des magistrats, des avocats, des journalistes, des officiers supérieurs des forces armées, de la gendarmerie, des défenseurs des droits de l’homme, des autorités religieuses et traditionnelles.
Dans une interview accordé au journal « La Semaine », le Secrétaire général du CACIT, André Kangni AFANOU a bien voulu revenir sur cette activité.

 

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André Kangni AFANOU, Secrétaire général du CACIT

Quelle importance revêt pour le CACIT cette table ronde ?

Cette activité est importante pour nous à plus d’un titre. Pour mieux en saisir la portée, il suffit de voir le contexte qui prévaut actuellement au Togo à savoir d’abord des victimes de 2005 et d’avant qui continuent par se demander si justice leur sera faite et si elles peuvent espérer obtenir des réparations adéquates par rapport aux torts qui leur ont été causés, ensuite la Commission vérité, justice et réconciliation qui a entamé ses travaux et enfin les organisations de défenses des droits de l’homme qui continuent, aussi bien au Togo qu’en dehors du pays, par demander que l’on mette fin à l’impunité dans le pays. Tout ceci a lieu alors que les violations des droits de l’homme sont encore observées à différents niveaux dans le pays.

Et ce qui est paradoxale dans ce contexte, c’est que tous les acteurs, ou presque, continuent de parler de réconciliation et de la nécessité pour les Togolais de se mettre ensemble pour construire l’avenir. En ce qui nous concerne, nous adhérons à cet impératif de réconciliation et nous disons tout simplement qu’il faut tout faire pour asseoir cette réconciliation sur des bases véritablement durables. Souvenez-vous en effet des expériences passées au Togo ou même de l’histoire politique d’autres pays comme la Sierra-Leone avec l’accord de Lomé entre Fodey Sankoh et le régime sierraléonais d’alors ou même l’Angola avec l’accord entre le MPLA du président Dos Santos et l’Unita de Jonas Savimbi. Dans ces deux cas, faute d’avoir posé des bases sérieuses pour la réconciliation, on a assisté à une recrudescence de la violence. Par contre, quand on voit ce qui s’est passé en Afrique du Sud il y a quelques années sous le président Mandela, quand on voir ce qu’il y a eu il y a quelques semaines au Kenya avec Raila Odinga et Moi Kibaki qui défendent ensemble le même projet de constitution, on ne peut que souhaiter un processus sincère et durable pour notre pays le Togo.

Et la table ronde vise justement à voir dans quelle mesure les travaux de la Commission vérité, justice et réconciliation et les plaintes que le CACIT a déposé en justice peuvent concourir à un réel apaisement et à la fin de l’impunité au Togo. Nous sommes heureux d’avoir pu compter parmi nous des personnalités importantes à l’instar de Mgr Barrigah lui-même, du premier ministre Koffigoh, des députés à l’assemblée nationale, des représentants de la Commission nationale des droits de l’homme, des magistrats, des officiers supérieurs des forces de l’ordre et de sécurité, des journalistes, des autorités traditionnelles et religieuses et des défenseurs des droits de l’homme. Une seule question nous a préoccupé à savoir si, dans la quête de réconciliation, les plaintes en justice, à l’instar de celles déposées par le CACIT, pouvaient être prises en compte parallèlement aux travaux de la Commission et quelles sont les écueils à éviter pour que l’instruction de ces plaintes servent d’autres causes que celles de la réconciliation.

Que peuvent changer les recommandations issues de ces assises dans actions pour la réparation ?

Il faut juste rappeler dans un premier temps que les participants à la table ronde ont dans un premier temps réaffirmé la complémentarité des actions entre la CVJR, l’appareil judiciaire et les organisations de la société civile. Ils ont alors formulé des recommandations pour que l’instruction de ces plaintes soit effective.

Pour nous, ces recommandations sont importantes dans la mesure où elles viennent nous conforter dans l’idée que les magistrats togolais peuvent, si on leur fait confiance, instruire valablement les plaintes qui sont déposées auprès de leurs juridictions respectives. Nous sommes surtout heureux de la possibilité qui a été affirmée d’une convergence entre les actions de la CVJR et celles initiées sous la houlette du CACIT auprès des tribunaux.

Avec ces recommandations, nous espérons donc que nos magistrats qui sont maintenant informés des défis et contraintes qui peuvent exister et qui surtout savent les voies et moyens pour une instruction judicieuse de ces dossiers, vont entamer l’instruction de ceux-ci.

Quel bilan dressez vous au CACIT de la lutte contre l’impunité au Togo ?

Au CACIT, nous sommes parmi ceux qui estiment que la situation des droits de l’homme a beaucoup évolué dans le pays. Aujourd’hui les textes existent pour protéger les citoyens, la société civile dispose d’une marge de manœuvre plus grande, certains droits et libertés sont plus garanties qu’avant et surtout les autorités, du moins dans leurs discours officielles, ont clairement choisi la voie la lutte contre l’impunité. Souvenez-vous du discours prononcé en juillet 2007 à Atakpamé par le président Faure qui y disait que « plus jamais … »

En même temps que nous sommes satisfait de ces aspects, nous avons de sérieuses raisons de nous inquiéter quand on sait que jusqu’à ce jour les auteurs présumés des violences politiques de 2005, dont certains sont connus, continuent de côtoyer librement nos concitoyens sans être aucunement inquiétés ; de plus, un certain nombre d’évènement comme le décès de Atsutsè Agbobli continue de demeurer un mystère et on se demande ce que les autorités attendent pour diligenter une enquête véritablement indépendante sur la question. En outre, un certain nombre d’évènements malheureux auxquels on a assisté ces dernières semaines avec des préfets qui interdisent de façon capricieuse des manifestations pacifiques à l’intérieur du pays sans que leur hiérarchie ne les rappelle à l’ordre, des personnes qui sont détenues depuis des mois sans être jugées et, dans certains cas, sur des bases ridicules (je pense à Guillaume Coco et Fulbert Attisso), des bastonnades et des menaces contre les journalistes nous donnent de réels sujets d’inquiétudes non seulement à nous mais à nos collègues militants des droits de l’homme aussi bien au Togo qu’à l’extérieur du pays. Nos collègues des autres pays ne cessent pas de nous appeler et de nous interpeller pour savoir ce qui se passent au juste et ce qu’ils peuvent faire pour nous aider à ce que les droits de l’homme prévalent et que l’impunité cesse.

Nous pensons que les uns et les autres doivent savoir qu’un environnement où l’impunité prévaut et où les citoyens sont sans cesse dans la hantise d’une arrestation et/ ou d’une bastonnade, un environnement où tous les jours les juges doivent recevoir des plaintes alors que, dans leur âme et conscience, ils savent que les raisons pour lesquelles les citoyens sont envoyés devant eux sont plus politiques qu’autre chose, cet environnement là, n’est pas favorable à la consolidation de la paix sociale, encore moins à un vrai démarrage de l’activité économique avec le retour des investisseurs. Or le souci du chef de l’Etat et de son gouvernement, c’est la lutte contre la pauvreté et la relance de l’économie. Faisons donc en sorte qu’avec la fin de l’impunité et le respect des droits de l’homme, le pays soit plus attractif aux potentiels partenaires et investisseurs que ces voisins béninois et ghanéen. Que Dieu nous y aide.

Propos recueillis par David Amékoudji, Journal « La Semaine »

 

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