Droits de l’homme

Violences électorales

par L'Humanité (France) , le 29 juillet 2005, publié sur ufctogo.com

« Les forces de sécurité togolaises soutenues, dans la majorité des cas, par des milices entraînées par les militaires ont commis de très graves atteintes aux droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires, des enlèvements, des actes de torture et de mauvais traitement, y compris des viols et des tentatives de viol, ainsi que des arrestations arbitraires. »

 

Amnesty International estime que de nombreuses violations des droits de l’homme ont accompagné la présidentielle d’avril dernier.

« Les forces de sécurité togolaises soutenues, dans la majorité des cas, par des milices entraînées par les militaires ont commis de très graves atteintes aux droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires, des enlèvements, des actes de torture et de mauvais traitement, y compris des viols et des tentatives de viol, ainsi que des arrestations arbitraires. » Ce constat émane de l’organisation Amnesty International qui, au terme de deux mois d’enquêtes auprès des Togolais réfugiés au Bénin, a publié récemment un rapport sur les violences commises au Togo dans les jours qui ont précédé et suivi l’élection présidentielle du 24 avril. Impossible pour autant de fixer un bilan exhaustif de la répression, les autorités togolaises ayant « tout fait pour effacer les traces des exactions en interdisant l’accès des hôpitaux aux journalistes et parfois aux familles, et en faisant disparaître les registres des hôpitaux et des morgues ». Malgré ces difficultés, Amnesty a été en mesure de dresser la liste nominale de 150 personnes décédées durant cette période, tout en estimant que « le bilan total est bien plus élevé ».

Au-delà des opposants déclarés au pouvoir, la répression a visé tous ceux qui se sont élevés contre les conditions contestables dans lesquelles Faure Gnassingbé, fils du président Eyadéma qui a régné sans partage pendant trente-huit ans sur le Togo, a été élu à la tête de l’État. Le simple fait d’avoir participé à une manifestation, d’arborer du jaune, couleur de l’opposition, ou d’être dénoncé par un voisin a pu suffire pour être tabassé, harcelé par la police, voire arrêté. Outre ces violences ciblées, qui dans certains cas ont concerné des adolescents, des femmes ou même des personnes âgées, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles dans les foules de manifestants. Le nombre de blessés par balles « confirme le recours systématique aux armes de guerre face à des manifestants qui, dans leur grande majorité, ne disposaient pas d’armes à feu », estime Amnesty. L’organisation insiste aussi sur le fait que le nombre de blessures situées dans la partie supérieure du corps indique « l’intention délibérée de tuer ». L’armée et les milices ont ainsi continué de constituer « un appareil de répression au service exclusif du pouvoir », comme cela a été le cas durant les trente-huit ans de la présidence Eyadéma, bloquant toute possibilité d’évolution politique pacifique et poussant les Togolais au désespoir et à l’exil.

Amnesty n’épargne pas non plus les acteurs étrangers. La bénédiction accordée par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest et au-delà par l’ensemble de la communauté internationale, à la victoire contestable de Faure Gnassingbé, tout comme le silence face aux exactions ont plongé la population togolaise dans « un désespoir absolu ». Dans ces conditions, la France - surtout est jugée coupable d’avoir maintenu telle quelle sa coopération militaire avec le Togo, en contradiction avec les décisions de l’Union européenne. L’organisation rappelle ainsi que les balles en caoutchouc et les grenades lacrymogènes utilisées lors de la répression sont de fabrication française, et appelle Paris à s’assurer que « le matériel de sécurité qu’elle fournit et la formation qu’elle dispense ne sont pas utilisés pour commettre des violations des droits fondamentaux ».

Camille Bauer

 

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