Evala

Viande de chiens, ruse et combativité pour devenir adulte dans le nord du Togo

par AFP , le 23 août 2004, publié sur ufctogo.com

 

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Viande de chien, possédant "certaines vertus", selon la tradition Kabyè - Photo © koreananimals.org

Agnala, originaire de Soumdina (environ 430 km au nord-est de Lomé) et élève de seconde, se prépare activement pour la prochaine épreuve de lutte traditionnelle, véritable rite initiatique auquel sont soumis les jeunes Kabyè de cette ethnie du nord pour accéder à l’âge d’homme.

Le "ahoza" (futur lutteur en langue Kabyè), âgé de 17 ans, va devoir affronter, jusqu’à épuisement, plusieurs jeunes de son canton pour les trois années à venir.

En pays Kabyè, plus de 5.000 jeunes, au seuil de l’âge adulte, s’affrontent chaque année sur les places publiques lors des "Evala" ou fête annuelle des "muscles", la plus grande manifestation initiatique de la localité.

Offrandes de chiens, petits sacrifices pour invoquer les ancêtres : autant de rites pour accéder à la grande communauté des hommes.

"C’est une véritable épreuve. Mon oncle m’avait psychologiquement préparé quelques semaines avant le début des manifestations. C’est d’ailleurs lui qui m’a offert un chien", raconte Essohanam, fier d’avoir terrassé la plupart de ses adversaires en juillet, lors des derniers Evala.

A l’instar de Essohanam, chaque "évalo" (un lutteur en Kabyè) et son petit groupe se regroupent, quelques jours avant les manifestations, dans des camps d’entraînement où ils consomment notamment de la viande de chien, animal possédant "certaines vertus", selon la tradition Kabyè.

Les notables et les chefs de villages se mobilisent autour de leurs lutteurs. Certains se sont même cotisés pour leur offrir des chiens.

"Le lutteur qui consomme la viande de chien possède l’énergie nécessaire pour affronter ses adversaires. Il est endurant, combatif et surtout rusé", explique un notable de Pya, village natal du président togolais Gnassingbé Eyadéma qui assiste également à ces manifestations en tant qu’ancien lutteur de son canton.

"Mais celui qui n’est pas évalo ne doit pas consommer cette viande, car la tradition l’interdit. Alors le jeune qui s’entêtera, fera seulement face à la colère des ancêtres", avertit le "vieux" assis dans un fauteuil en raphia, une petite calebasse en main, remplie de "Tchoucoutou", la bière locale à base de sorgho.

Sur les terrains de lutte, les empoignades sont toujours rudes et plusieurs centaines de blessés sont parfois enregistrés. Les cas graves sont transportés d’urgence au grand hôpital de la région, tandis que les autres blessés sont soignés sur place par les services de la Croix rouge.

En juillet dernier, plus de cent soixante-dix blessés ont été recensés lors des finales disputées sur les terrains de Lama.

"Ce n’est pas la guerre, mais plutôt notre tradition et tous les jeunes sont tenus de respecter ce qui est cher à nos parents. Aucun jeune Kabyè ne peut s’affirmer dans la société sans avoir lutté pendant trois années consécutives. Pire, il ne peut se marier", affirme Banabessè, le front barré d’une cicatrice, souvenir de son dernier combat sur le terrain de Kouméa dans les années soixante-dix.

"Mon adversaire, plus rapide et plus rusé, avait profité d’une petite erreur que j’avais commise pour me soulever. J’ai mordu la poussière, après avoir cogné le frond contre le sol", se souvient encore et ingénieur agronome.

AFP

 

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