Eyadéma

Vers une présidence à vie

par RFI (France) , le 31 décembre 2002, publié sur ufctogo.com

En modifiant l’article 59 de la Constitution, l’Assemblée nationale offre au général Eyadema la possibilité de se représenter pour un troisième mandat de cinq ans. Les députés togolais ont estimé que la limitation des mandats présidentiels portait « atteinte à la liberté du peuple de choisir librement son président ».

 

C’était l’une des dispositions essentielles de l’accord-cadre conclu entre l’opposition et la mouvance présidentielle en juillet 1999 : deux mandats présidentiels de cinq ans, et pas plus. Mais au fur et à mesure qu’approchait l’échéance de l’élection présidentielle, au mois de juin 2003, la question taraudait tous les acteurs et observateurs de la vie politique togolaise. Désormais l’affaire est réglée : le général Gnassingbé Eyadéma, arrivé au pouvoir après un putsch en 1967 et doyen des chefs d’Etat africains en exercice, pourra briguer un troisième mandat de cinq ans en juin 2003.

La modification de la Constitution adoptée au cours de cette nuit du 30 au 31 décembre avait été accompagnée, au cours de l’année écoulée, d’un retour en force du sujet sur la scène politique nationale. Depuis plus d’un an, en effet, les amis du chef de l’Etat togolais avaient entamé les travaux préliminaires, conduits notamment par le président de l’Assemblée nationale et l’ancien Premier ministre. Les deux hommes avaient été démentis par le président lui-même qui avait alors maintes fois réaffirmé son intention de respecter à la lettre la Loi fondamentale. « En 2003, je vais me reposer », avait dit le président Eyadéma à l’AFP en juillet 2001. Désormais il dispose donc d’un texte qui lui laisse le choix de poursuivre sa carrière dans le cadre d’une légalité constitutionnelle ajustée à sa mesure.

Certes, Gnassingbé Eyadéma n’est pas obligé de s’en servir. Après plus de trente-cinq ans passés à la tête du pays, au cours desquels il aura vu le paysage politique de toute la région se transformer plus ou moins radicalement sous l’influence d’une incontestable démocratisation des régimes, il peut toujours choisir de prendre sa retraite. Mais ses opposants semblent au contraire persuadés qu’il ne le fera pas et que la modification de l’article 59 n’a pas d’autre objectif que d’assurer la pérennité de son pouvoir. L’opposition, qui anticipait un mauvais coup, estime que le processus qui a conduit à cette décision est une « mascarade » (Edem Kodjo, Convergence patriotique panafricaine), qu’il s’agit d’un « acte de parjure » de la part du président (Léopold Gnininvi, le Front), « un coup de force » contre lequel le peuple togolais est appelé à se mobiliser immédiatement (Jean-Pierre Fabre, Union des forces de changement).
Les ratages du calendrier électoral

Sur le plan international, ce dernier épisode risque de ternir un peu plus la réputation de ce pays et renvoyer à plus tard la normalisation de ses relations avec la communauté internationale. La dégradation de ces relations remontent au début des années 90, avec la répression sanglante des manifestations d’opposants réclamant une libéralisation du régime, toujours promise, toujours remise. Alors que le continent s’affranchit peu à peu de ses dictateurs, le régime togolais s’enfonce dans une dérive autoritaire qui entraîne le pays dans une crise économique et sociale dont il ne se relève pas. En 1992 l’Union européenne (UE) rompt ses relations avec Lomé, puis les reprend en 1995 pour finalement, face à une mauvaise volonté politique évidente de la part des autorités togolaises, les interrompre à nouveau en 1998. Le 2 juillet dernier, le directeur de la banque mondiale chargée du secteur de l’énergie en Afrique plaçait le Togo devant le Zimbabwe dans la liste des pays sources de difficultés.

Entre-temps tous les grands rendez-vous du calendrier électoral sont des ratages successifs au cours desquels les électeurs, impuissants, assistent à la confiscation de leurs votes. Les leaders d’opposition vivent dans la menace ou en exil. L’UE, la Francophonie, tentent des médiations. Elles se solderont par des échecs. Et circule de plus en plus l’idée que l’intérêt de la classe dirigeante togolaise est que l’aide publique ne reprenne pas, compte tenu des conditions de démocratisation posées par la communauté internationale pour la reprise de cette aide. Un spécialiste allemand cité par le quotidien français Le Figaro, déclarait l’année dernière : « De toute façon, là-haut, leurs poches sont déjà pleines... »

Au cours de la nuit, l’amendement de la Constitution togolaise n’a été que pure formalité. Le parti présidentiel totalise 72 sièges sur 81 à l’Assemblée nationale depuis le scrutin législatif d’octobre dernier, boycotté par l’opposition. La modification de l’article 59 a donc été approuvée à l’unanimité. Autre changement : ce sera un scrutin à un seul tour, et non pas deux, ce qui évitera, le cas échéant, au président sortant l’humiliation d’avoir à affronter en combat singulier un opposant devant les électeurs.

Georges ABOU - RFI

 

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