Droits de l’homme

Un juge ordonne l’inculpation et la mise en résidence surveillée de Pinochet

par AFP , le 13 décembre 2004, publié sur ufctogo.com

 

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Le général-dictateur aux lunettes noires Augusto Pinochet

Le juge chilien Juan Guzman Tapia a annoncé lundi qu’il avait ordonné la mise en résidence surveillée et l’inculpation de l’ex-dictateur Augusto Pinochet pour les crimes commis pendant l’Opération Condor, le programme des dictatures sud-américaines pour éliminer les opposants de gauche et d’extrême gauche.

Le magistrat a expliqué que la santé mentale du général Pinochet, âgé de 89 ans et qui a gouverné le Chili de 1973 à 1990, lui permettait d’être jugé, citant à l’appui "la cohérence et la compréhension des questions et ses réponses pertinentes" pendant son interrogatoire le 25 septembre dernier.

Cette décision survient alors qu’il y a un mois, pour la première fois, l’armée chilienne a reconnu la responsabilité des militaires dans les violations des droits de l’homme sous la dictature et que, début décembre, le gouvernement du président Ricardo Lagos a dévoilé un long rapport sur la torture et les sévices sous la dictature.

Le juge Guzman a précisé qu’il avait pris la décision d’inculper le général Pinochet pour la séquestration de neuf victimes de l’Opération Condor, dont les corps n’ont jamais été retrouvés, et pour l’homicide d’une de ces personnes.

Cette opération avait eu pour objectif l’élimination physique d’opposants de gauche et d’extrême gauche sous les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Paraguay et Uruguay).

Les familles des victimes se sont félicitées de la décision du juge.

"Lorsqu’il existe la volonté d’enquêter, en s’appuyant sur les dossiers judiciaires qui se trouvent dans les tribunaux depuis presque 30 ans, il est possible de juger tous ceux qui sont coupables de crimes contre l’humanité", a déclaré Viviana Diaz, secrétaire générale du Rassemblement des proches des détenus disparus, l’une des principales associations.

Le général Pinochet devra demeurer à son domicile du quartier de La Dehesa, dans l’est de la capitale chilienne.

Ses avocats ont annoncé qu’il déposeraient un recours devant la Cour d’appel et "si besoin" devant la Cour suprême.

"C’est un abus face aux droits de l’homme les plus élémentaires d’une personne qui est inculpée sans avoir aucune possibilité de se défendre personnellement au cours d’un jugement comme peut le faire n’importe quel Chilien", a affirmé le responsable de l’équipe des avocats de l’ancien dictateur, Me Pablo Rodriguez.

En novembre, le magistrat avait reporté sa décision sur un éventuel jugement de l’ex-dictateur, déclarant vouloir établir avec certitude si le général Pinochet était bien en état d’être jugé.

Guzman Tapia est le même juge qui avait arrêté Pinochet pendant six semaines en février et mars 2001 quand il fut inculpé pour un procès concernant la "Caravane de la mort", un groupe de militaires qui a parcouru le Chili en octobre 1973, le mois suivant le putsch du général Pinochet, pour commettre enlèvements et assassinats.

Cependant, en juillet 2002, la Cour Suprême avait prononcé un non-lieu, en se fondant sur un rapport médical indiquant qu’il était atteint d’une "démence modérée" qui ne lui permettait pas d’assurer sa défense devant les tribunaux.

Le 26 août dernier, dans le cadre du dossier de l’Opération Condor, la plus haute instance judiciaire chilienne avait pourtant levé l’immunité de Pinochet, ouvrant la voie à un autre procès, après une nouvelle demande de plaignants.

Après cet arrêt, le juge Guzman Tapia avait ordonné de nouveaux examens médicaux pour savoir si l’ancien dictateur pouvait être jugé.

Les ennuis judiciaires de Pinochet ne se limitent pas à ce dossier puisque son immunité vient d’être levée le 2 décembre par la Cour d’appel de Santiago pour ses responsabilités dans l’assassinat à Buenos Aires le 30 septembre 1974 du général chilien Carlos Prats et de sa femme, Sofia Cuthbert.

Prats avait été commandant en chef des armées, vice-président et ministre de l’Intérieur du président socialiste Salvador Allende, qui se suicida le jour du putsch de Pinochet, le 11 septembre 1973.

La décision de la Cour d’appel doit encore être ratifiée par la Cour suprême.

Une autre enquête judiciaire a été déclenchée après la révélation en juillet dernier de l’existence de fonds secrets de l’ex-dictateur à la Riggs Bank de Washington entre 1994 et 2002, qui pourraient avoir dépassé les 15 millions de dollars.

Le juge Sergio Munoz a été désignée pour déterminer la légalité de l’origine de ces fonds et un avocat, Alfonso Insunza, a annoncé jeudi dernier qu’il déposerait cette semaine une nouvelle demande de levée de l’immunité de Pinochet dans ce dossier.

AFP

 

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