France-Angola

Un envoyé de Chirac chez Dos Santos

par RFI (France) , le 16 juin 2004, publié sur ufctogo.com

Un missi dominici du président français Jacques Chirac, Michel de Bonnecorse, a rencontré lundi [14 juin 2004] le président Dos Santos pour tenter de mettre fin à la brouille franco-angolaise déclenchée par la plainte déposée en octobre 2001 par le ministre français de la Défense de l’époque, Alain Richard (sous Lionel Jospin) contre le Franco-Brésilien Pierre Falcone.

 

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Le président José Eduardo Dos Santos. Le pouvoir angolais veut la levée de l’action judiciaire française contre Pierre Falcone. (Photo : AFP)

En France, un décret de 1939 stipule en effet que les poursuites pour trafic d’armes ne peuvent être engagées que par « le ministre compétent » et c’est cette plainte que Luanda veut que Paris fasse retirer. En attendant, le nouvel ambassadeur de France désespère de pouvoir remettre ses lettres de créances et le pétrolier français Total s’inquiète.

Depuis son arrivée à Luanda le 17 février dernier, le nouvel ambassadeur de France, Guy Azaïs, attend toujours de pouvoir présenter ses lettres de créances au président Dos Santos. Il n’a d’ailleurs vu jusqu’à présent aucun responsable de la diplomatie angolaise et son visa a expiré le 15 juin, le jour même où Michel de Bonnecorse rencontrait à Luanda le président José Eduardo Dos Santos. Ce dernier avait du reste rappelé le représentant de sa diplomatie à Paris il y a quelques semaines, sans plus d’explications. Visiblement, fort de son statut de puissance pétrolière assidûment courtisée par Washington et la Chevron, l’Angola du président Dos Santos ne désespère pas de faire baisser pavillon à la diplomatie française empêtrée par une affaire de livraison d’armes à tiroirs politico-judiciaires internationaux, l’affaire Falcone, dite Angolagate.

L’affaire Falcone court du Nord au Sud de l’Atlantique où un Franco-Brésilien, Pierre Falcone et son comparse israélo-russe, Arcadi Gaydamak ont livré des armes slovaques au régime Dos Santos au début des années quatre-vingt-dix, quand la guerre a repris. Outre la société Brenco fondée en 1985 par Falcone, les deux marchands de canons se sont appuyés sur une société de droit privé relevant du ministère français de l’Intérieur, la Société française d’exportation de matériels, systèmes et services (de sécurité), la Sofremi. Au passage, Falcone et sa Brenco ont consenti un arrosage de complaisance à large spectre puisque dans les listes du juge français qui instruit l’affaire se côtoient le fils du défunt président socialiste Mitterrand, Jean-Christophe, son ancien sherpa, Jacques Attali, l’auteur de best-sellers Paul-Loup Sulitzer ou encore l’ancien ministre de l’Intérieur de droite, Charles Pasqua (1993-1995), aujourd’hui à découvert d’immunité parlementaire, son fils Pierre, déjà replié en Tunisie, et certains de leurs proches, comme le préfet Jean-Charles Marchiani.

En avril 2001, José Eduardo Dos Santos avait saisi son homologue français pour s’indigner de la querelle juridique qui lui était faite, injustement selon lui, puisque, expliquait-il, ces armes avaient été achetées et payées à un autre fournisseur que la France, n’avaient pas transité sur le sol français et correspondaient au besoin légitime d’un Etat souverain en guerre contre une rébellion, l’Unita de Jonas Savimbi. Quant aux commissions et autres factures détenues par le juge Courroye, le président angolais les balaie aujourd’hui encore d’une main d’autant plus nerveuse que Falcone et Gaydamak sont également poursuivis par le juge suisse Daniel Devaud. Or, si en France l’affaire Falcone risque surtout d’être préjudiciable à ses chevilles ouvrières françaises condamnables pour pots-de-vin ou infraction fiscale, l’enquête du juge genevois met directement en cause le chef de l’Etat angolais et sa cour. Entre 1996 et 2000, ces derniers se seraient en effet partagé quelque 634 millions de dollars prélevés sur les fonds affectés au remboursement de la dette angolaise à la Russie.

Une manière diplomatique de faire taire la justice

L’Angolagate menace de coûter cher à Total-Fina-Elf qui rivalise en particulier avec la Chevron américaine dans les eaux territoriales du deuxième producteur de brut africain (bientôt un milliard de barils jours. C’est l’argument principal de Luanda, en filigrane de la partie de bras de fer diplomatique. Régulièrement les plus hautes autorités de l’Etat et de la finance américaine déroulent le tapis rouge devant un président Dos Santos désormais sûr de lui. Il a par ailleurs toujours répugné à jouer au chat et à la souris, du moins quand il prévoyait que le second rôle lui était destiné. Il n’est par exemple jamais allé dans les sommets franco-africain où il risquait d’être acculé à quelque engagement public. Et lorsqu’il s’est agi pour Paris de tenter d’obtenir sa voix dans le concert des adversaires de la guerre américaine en Irak, il a fallu lui dépêcher un envoyé spécial qui a d’ailleurs fait chou blanc à Luanda.

Quand le juge Courroye a voulu faire arrêter le Français Falcone, ce dernier a sorti de sa poche un passeport diplomatique de ministre plénipotentiaire de l’Angola auprès de l’Unesco. Entre temps, le 18 septembre 2003, le Quai d’Orsay l’avait accrédité, lui remettant la carte spécifiant qu’il bénéficie effectivement « dans l’exercice de ses fonctions de toutes les immunités prévues dans la Convention de Vienne ». Mais gagner cette manche ne suffit pas au pouvoir angolais qui veut purement et simplement la levée de l’action de la justice française. Selon Luanda, celle-ci serait venue contrarier un marché conclu sur parole entre la présidence angolaise et l’Etat français, le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua recommandant en effet au début des années quatre-vingt-dix un revirement inopiné en faveur de l’ancien marxiste.

Consacré sauveur de la République à Luanda où il multiplie les conférences de presse pour jurer qu’il n’a pas gagné un sou sur ses livraisons d’armes, Pierre Falcone évite quand même Paris et son fauteuil à l’Unesco. Début mai par exemple, il était à Lisbonne où la police des frontières lui a rapidement laissé prendre son avion pour Londres, l’immunité diplomatique paraissant plus respectable que le mandat d’arrêt international du juge français Courroye. L’affaire a quand même secoué la classe politique portugaise, les socialistes s’interrogeant sur les relations « périlleuses » entre Lisbonne et Luanda. Pour sa part, l’insaisissable Falcone continue de vaquer à ses sulfureuses affaires internationales. L’Angola lui sert de base arrière.

Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak font désormais partie de la « maison » Dos Santos. Rémunérés en pétrole, ils se sont vu également consentir propriétés foncières et concessions diamantifères en Angola. Mais surtout, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, ils ont ficelé suffisamment d’affaires d’Etat pour espérer ne pas même servir de fusibles. L’immunité diplomatique de Falcone interdit de l’interroger, mais aussi de fouiller ses résidences, bagages ou agendas. L’instruction française est donc bloquée. C’est peut être cette manière diplomatique de faire taire la justice française que l’envoyé du président Chirac a tenté de faire valoir auprès du président Dos Santos. Ce dernier est visiblement toujours ulcéré par ce qu’il considère comme un acharnement de Paris, faute de croire à l’existence d’une quelconque justice indépendante du pouvoir politique. Il faudra attendre pour connaître le contenu du nouveau marché qu’il vient de proposer à son homologue français. Certains autres familiers de sa « maison » sont désormais interdits de séjour en France où ils ont des attaches matérielles. Avec celui de Falcone, leur « blanchiment » est sans doute au menu.

Monique MAS

 

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