Françafrique

Un désastre français

par L'Humanité (France) , le 25 avril 2005, publié sur ufctogo.com

La rancoeur contre l’ancienne puissance coloniale monte dans une population excédée par le rôle que Paris joue .

 

« Si vous, les Français, vous gagnez les élections, on va vous couper la tête. Vous nous avez trahis. » La grand-mère en pagne coloré qui lance cette phrase sur le marché de Lomé plaisante à moitié. Mais le geste suggestif qu’elle fait avec son pouce sur son cou, tout comme l’assimilation d’une victoire du pouvoir à celle de l’ancienne métropole, en dit long sur l’état d’esprit qui règne à Lomé. Dans cette ville où l’opposition est majoritaire, la colère monte contre la France, accusée d’avoir tout fait pour assurer la victoire de Faure Gnasimbé, fils de l’ex-président Eyadema, décédé le 5 février après avoir gouverné son pays pendant trente-huit ans. La rue reproche aussi à Paris d’avoir fait pression sur la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui, après avoir tapé du poing sur la table quand, à la mort du président, l’armée a imposé son fils à la tête de l’État, s’est faite étonnamment discrète. Censée surveiller le scrutin, l’organisation n’a pas dit un mot sur les malversations accompagnant l’organisation des élections et s’est contentée d’envoyer 150 observateurs civils. Vendredi, elle a qualifié d’« irresponsable » l’appel à reporter des élections qui risquent de plonger le pays dans la violence, prononcé la veille par le ministre de l’Intérieur, pourtant homme du sérail. La frustration des populations est d’autant plus grande que l’Union européenne a décidé de s’aligner sur les décisions de la CEDEAO. Une décision à laquelle la France pourrait ne pas être étrangère. Il y a près d’un an l’auteur d’un rapport de la Fédération internationale des droits de l’homme sur le Togo constatait déjà l’influence prépondérante de Paris sur les décisions de l’Union.

La suspicion des Loméens est d’autant plus grande que Paris a toujours gardé une main sur les affaires du pays. « N’avons-nous pas nous aussi droit à notre indépendance ? » demande un jeune sympathisant de l’opposition. Entre le meurtre en 1963 de Sylvanus Olympio, père de l’indépendance, et les félicitations adressées par Jacques Chirac à Eyadema après les élections de 2003, avant même la proclamation des résultats et alors que le président togolais avait l’année précédente modifié la constitution pour se maintenir au pouvoir, Paris n’a jamais cessé de soutenir un régime qu’il avait mis en place. Une attitude légèrement modifiée depuis qu’en dévaluant en 1993 le franc CFA, la France s’est débarrassée de certaines prérogatives au profit des institutions financières internationales. Reste que le soutien au système Eyadema ne s’est pas démenti, comme l’a prouvé la déclaration de Jacques Chirac qualifiant à sa mort l’ex-président d’« ami personnel » et « d’ami de la France ». En partie privatisée, cette connivence française s’illustre également par la présence dans le pays d’un certain nombre de Français proches du pouvoir togolais et impliqués dans des affaires et trafics en tous genres (1).

Cette attitude de la France relève de la stratégie à court terme. Loin d’avoir pris la leçon d’une crise ivoirienne, Paris semble prêt à commettre les mêmes erreurs. Le soutien sans faille à un régime dictatorial dans le refus du dialogue politique, l’utilisation à usage privé des richesses du pays, la violence et l’instrumentalisation de la question ethnique portent les germes du conflit et de l’éclatement. Au risque de mettre en danger ses ressortissants installés sur place et, à plus long terme, ses intérêts et sa présence dans la région.

C. B.

 

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