Démocratisation

Un Forum de l’OCDE à Cotonou pour le respect des valeurs démocratiques

par Afrik.com , le 5 juillet 2005, publié sur ufctogo.com

Du 28 juin au 1 juillet 2005, s’est tenue à Cotonou, République du Bénin, à l’initiative du Club Sahel de l’OCDE (Organisation de Coopération et de développemenrt économique) et du Club de veille pour la Paix en afrique de l’Ouest, un « Forum des partis politiques, des medias et de la Société Civile en Afrique de l’Ouest » en vue de créer un cadre permanent de dialogue entre les acteurs de la région pour la formation d’une opinion publique ouest-africaine en faveur de la démocratie et de la paix.

 

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Ce forum a réuni deux cent cinquante participants des quinze pays membres de la
CEDEAO, du Cameroun, de la Mauritanie et du Tchad et rassemblé des représentants des partis politiques, des médias et de la société civile de chaque pays, des institutions continentales (l’Union africaine) et régionales (la CEDEAO), des réseaux et des mouvements transnationaux et des partenaires au développement.
Cette rencontre visait quatre objectifs :

I. Organiser une mise en dialogue et contribuer au décloisonnement des acteurs de
premier plan dans la démocratie que sont les partis politiques, les médias et la société
civile ;

II. Aider à identifier les questions stratégiques, les risques et les défis majeurs qui se
posent en Afrique de l’Ouest dans la construction de la paix et de la démocratie dans la région ;

III. Faciliter des échanges informés et constructifs entre les différents types d’acteurs
sociopolitiques sur leurs rôles et responsabilités respectifs dans la construction de la
paix et de la démocratie en Afrique de l’Ouest, et sur des perspectives d’actions conjointes pour sa consolidation ;

IV. Contribuer à mobiliser un large éventail d’acteurs autour d’initiatives et d’actions
pouvant conduire à des décisions innovantes pour la sauvegarde de la paix et l’ancrage de la démocratie en Afrique de l’Ouest.

Les participants ont abordé les enjeux de la paix et de la démocratie dans un contexte de mutations économiques, sociopolitiques, culturelles et institutionnelles majeures, d’ouverture aux autres régions du continent et au reste du monde. Ils se sont aussi interrogés sur le rôle et la responsabilité des trois catégories d’acteurs. Des échanges ont permis de croiser les perspectives et les points de vue afin de construire une vision partagée de la situation actuelle et d’aboutir à un consensus sur le contenu et la mise en œuvre des actions nécessaires pour sortir la région des situations de conflit, consolider la démocratie et relever le défi du développement dans le respect des différences.

Les travaux et débats ont été orientés autour des questions suivantes :
1 - Quels enseignements tirer des crises passées et en cours dans la région, dont l’origine et/ou l’enjeu sont d’ordre politique ?
2 - Comment les acteurs peuvent-ils d’une commune volonté, prévenir le prolongement et la répétition de telles crises ?
3 - Comment concrétiser et inscrire dans la durée une logique et une pratique de dialogue, de concertation pour contenir les différences et les contradictions qui en procèdent dans le cadre de l’expression démocratique et pacifique ?
4 - Quels sont les rôles et les responsabilités de chaque acteur dans la concrétisation durable d’une telle perspective ?
5 - Comment relever le défi d’un développement durable dans la région dans le respect des différences ?
6 - Dans quelle mesure et comment le Forum peut-il y contribuer en devenant périodique et en s’articulant aux mécanismes de la CEDEAO destinés à la construction et à la consolidation de la paix et la démocratie dans la région ?

Les résultats attendus de cet événement sont les suivants :
- Contribution à une meilleure compréhension des risques et des défis pesant sur
l’enracinement de la démocratie et la construction de la paix dans la région ;
- Contribution à la mise en dialogue des acteurs sociopolitiques et institutionnels
ouest-africains sur leur rôle, leurs capacités et responsabilités dans la promotion
de la paix et de la démocratie ;
- Pérennisation du Forum comme cadre de dialogue permanent fonctionnant par des
sessions dont la périodicité sera définie ;
- Consolidation du processus démocratique et de la stabilité en Afrique de l’Ouest en
vue d’un développement durable et équitable ;
- Mise au point d’une stratégie consensuelle de plaidoyer pour la ratification et la
mise en œuvre du Protocole additionnel pour la Démocratie et la Bonne gouvernance au niveau de l’espace CEDEAO.

Dans une déclaration finale, dite Déclaration de Cotonou, le Forum indique que l`application des principes démocratiques pour l`instauration de la paix et de la stabilité politique se traduit, notamment, par le respect de la Constitution adoptée démocratiquement par chaque entité étatique du continent et l`abandon des pratiques du monolithisme hérité des régimes de parti unique.

Ce respect des valeurs démocratiques se traduit également par le respect effectif des droits démocratiques constitutionnellement reconnus, la mise en place d`organismes autonomes pour l`organisation transparente et régulière des élections et enfin, des mesures sécuritaires (code électoral, statut de l`opposition, statut des anciens chefs d`Etat) susceptibles de mettre en confiance les acteurs afin de stabiliser et enraciner la démocratie.

M. Ali Nouhoum Diallo, président du Parlement de la Communauté économique des Etats de l`Afrique de l`Ouest (CEDEAO), a reconnu que le non-respect des valeurs démocratiques engendre les problèmes de l`alternance démocratiques, les révisions constitutionnelles, la clause d`exclusion politique et des élections controversées sur le continent.
"Lorsque, par les dispositions de la loi ou par des pratiques politiques, l`opposition politique n`a aucune chance d`accéder au pouvoir, il y a forcément un malaise politique lourd de toutes sortes de conflits dont les conflits armés, l`opposition pouvant en effet voir en la guerre le seul moyen pour elle d`accéder au pouvoir", a-t-il expliqué, soulignant que l`alternance démocratique et pacifique devrait être un des baromètres déterminant de la stabilité de tout système démocratique.

S`agissant des clauses d`exclusion politique, le Pr Diallo a estimé qu`il y a en Afrique des clauses d`exclusion politique écrites ou non-écrites qui ne permettent pas souvent à tous les citoyens, indépendamment de leurs origines géographiques, religieuses et ethniques, de se présenter aux élections, d`être électeurs et d`être éligibles.

"Les références à la résidence, à la nationalité, à la religion, aux origines ethniques ou géographiques, dès qu`elles sont inscrites dans la loi électorale, ou tout simplement cristallisées dans le subconscient d`une majorité de citoyens, deviennent des facteurs de blocage politique et d`exclusion d`une catégorie de citoyens qui ne peuvent plus faire prévaloir leurs droits", a-t-il indiqué.

Il a fait également observer qu`en Afrique, les résultats des élections restent toujours un sujet de controverse, pas à cause de mauvais perdants, mais parfois en raison des règles du jeu pas très transparentes qui ne garantissent pas à tous l`égalité de chances.

"C`est un phénomène fréquent en Afrique que les lendemains d`une victoire électorale restent très souvent douloureux, où le vainqueur se trouve plutôt embarrassé, soit par son score sans appel, soit par des troubles politiques graves qui, quoiqu`on dise, restent le signe d`un échec politique, à savoir que les urnes n`ont pas réussi à départager les protagonistes", a-t-il déploré.

Les élections présidentielles du 24 avril dernier au Togo ont fait l’objet de discussions. Jean-Pierre Fabre, Secrétaire-général de l’Union des forces de changement (UFC), a a dénoncé la position de la Cedeao dans le processus politique au Togo et a indiqué que les populations ouest-africaines devaient être impliquées dans de "sérieuses résolutions" et apprendre à prendre leur destin en main.
"Ce qui s’est passé au Togo a été planifié et exécuté par la Cedeao instrumentalisée par une puissance coloniale", a déclaré M. Fabre qui assistait à Cotonou au Bénin à un forum des partis politiques, des médias et de la société civile des pays de l’Afrique de l’ouest avec la participation du Tchad et du Cameroun.
"Je tiens à rendre responsable la Cedeao de la mort de centaines de Togolais et du départ en exil de plusieurs milliers d’autres", a-t-il ajouté, disant qu’il faut qu’on tire les " conséquences de ce qui s’est passé" au Togo pour que plus jamais cela ne se répète
Il a résumé sa participation à ce forum en une présence pour informer davantage les acteurs politiques, les médias et la société civile de l’Afrique de la situation politique au Togo et des événements qui se sont succédés depuis le décès le 5 février dernier du président Gnassingbé Eyadèma après un règne de 38 ans.

Le général Cheick Oumar Diarra, secrétaire exécutif adjoint aux Affaires politiques, de défense et de sécurité de la Cedeao, a laborieusement répondu à Jean-Pierre Fabre. Sur la requête de l’opposition consistant à repousser la date du scrutin présidentiel pour mettre à jour des listes électorales caduques, la Cedeao s’en est tenue à l’ordre constitutionnel. Elle n’a accordé que dix jours pour leur réexamen, même si elle les savait « peu crédibles », a indiqué le général malien, faisant s’esclaffer Jean-Pierre Fabre.
Quant au fameux soldat filmé par RFO (Radio-télévision France Outre mer) en train de transporter une urne, il la « protégeait » contre les « tentatives de destructions ». Le refrain entonné par la Cedeao et répété hier : Avec cynisme et mauvaise foi, le malien affirma que : « Les irrégularités en cause n’ont pas affecté le résultat final ». Certes affirme t-il il y a un déficit démocratique au Togo mais la solution est dans les mains des Togolais. Nous n’avons pas eu ce que nous voulions .

En marge de ce forum, Jean-Pierre Fabre a accordé un entretien à Saïd Aït-Hatrit, correspondant du journal El Watan et du site internet Afrik.com

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Jean-Pierre Fabre, le secrétaire général de l’Union des forces de changement, principal parti d’opposition togolais, était à Cotonou pour faire entendre sa voix au « Forum des partis, des médias et de la société civile en Afrique de l’Ouest ». Il revient pour Afrik sur l’avenir de son pays, sur le rôle de la Cedeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et de la France dans la crise actuelle

« Je suis venu pour porter le problème du Togo à la connaissance des autres partis ».

Afrik : Savez-vous pourquoi le RPT n’est pas représenté à ce forum ?

Jean-Pierre Fabre : Il l’est. Leur représentant est arrivé ce matin (mercredi 29 juin). Je l’ai croisé tout à l’heure mais je ne le connaissais pas. Je ne l’avais jamais vu. Nous avons discuté quelques minutes.

Afrik : Que lui avez-vous dit ?

Jean-Pierre Fabre : Pourquoi vous nous massacrez ?

Afrik : Que vous a-t-il répondu ?

Jean-Pierre Fabre : Pourquoi vous nous massacrez ?... Mais nous sommes mains nues, lui ai je répondu...

Afrik : Pourquoi participez-vous à ce forum ?

Jean-Pierre Fabre : Je suis venu pour porter le problème du Togo à la connaissance des autres partis. Je ne suis pas venu pour autre chose. Maintenant, si le forum peu prendre des décisions importantes, tant mieux.

Afrik : La crise togolaise n’a-t-elle pas été assez traitée dans les médias ?

Jean-Pierre Fabre : Si, mais on ne donne pas d’informations précises. Quand j’écoute le général Diarra - Secrétaire exécutif adjoint aux Affaires politiques, de défense et de sécurité de la Cedeao, intervenant dans le forum - en parler, je suis convaincu du manque de sincérité de la Cedeao. Oser dire qu’au début, c’est l’opposition qui a mis le feu aux poudres... Dire que le soldat filmé en train de porter une urne la sauvait des dégradations des opposants... Mais c’est la version de Faure Gnassingbe que M. Diarra nous ressert. C’est très africain de chercher à justifier l’injustifiable, de dire ’mais vous n’avez pas l’ensemble de la scène, telle est la vérité’. Je suis allé le voir pour lui dire qu’il avait autre chose derrière la tête. En réalité, la Cedeao exécute le plan de la France. Paris s’est caché derrière la Cedeao mais a soutenu un maintien du système.

Afrik : Vous semblez être en colère contre la cedeao...

Jean-Pierre Fabre : Lorsque nous sommes allés à Abuja, le Président Obasanjo (également président en exercice de l’Union africaine, UA) disait que ce qu’a fait le président de la Commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré - il a nommé l’ex-chef d’Etat zambien Kenneth Kaunda comme envoyé spécial au Togo - est un non-sens. Moi, je disais que l’injustice crée la frustration, qui engendre la violence. Ce que le chef de l’Etat nigérian prenait pour une menace. Mais ce n’en n’est pas une. En tant que représentant d’un parti, je n’appelle pas à la violence. Mais des gens peuvent penser que c’est le seul moyen pour amener la fin du régime. Le message des médiateurs est ’vous vous êtes fait voler, vous n’êtes pas les premiers, patientez’.

Afrik : Patienter pour éviter que le sang ne coule de nouveau ou pour un autre motif ?

Jean-Pierre Fabre : Olusegun Obasanjo exécute le plan de la France en contrepartie d’une réduction de la dette de son pays et du soutien de Paris pour un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Afrik : Aujourd’hui, quel est votre avenir ? Iriez-vous à des législatives si elles étaient organisées ?

Jean-Pierre Fabre : Non, nous ne pourrions pas, car dans ces conditions, elles seraient encore volées. Depuis le rejet de la plateforme politique que nos camarades sont allés précipitamment remettre, sans que l’UFC ne l’ait ratifiée, nous sommes toujours dans la Coalition et continuons à discuter ensemble.

Afrik : Durant tout le processus, n’avez-vous pas fait figure d’ogre, au sein de la coalition, en demandant notamment à ce que le Premier ministre soit choisi dans votre parti et dans aucun autre...

Jean-Pierre Fabre : Quand nous sommes ensemble, chacun doit reconnaître sa place. Nous ne devons pas minimiser celles des autres partis, mais nous souhaiterions également que l’on reconnaisse la notre. Et quand nous disons quelque chose, nous aimons que l’on nous suive.

Afrik : Lors des précédents scrutins, l’opposition a été critiquée pour n’avoir pas réussi à s’unir. Considérez-vous avoir fait des progrès sur ce point ?

Jean-Pierre Fabre : Ce n’est pas évident. Nous n’avons pas la même culture, pas les mêmes origines politiques, certains partis fricotent un peu, beaucoup, passionnément avec le pouvoir... Mais nous avons réussi à travailler ensemble et à dégager un seul candidat. Il faut voir les efforts que cela nous a demandés ! Nous avons réussi à empêcher les gens, notamment la communauté internationale, d’imputer l’échec des élections à l’opposition.

Afrik : Avez-vous l’impression de vous retrouver dans la même situation qu’avant la mort d’Etienne Gnassingbe Eyadéma ?

Jean-Pierre Fabre :Exactement la même. A la différence que le fils est plus rusé que son père et va créer plus de difficultés que lui

 

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