Le Chevalier de Saint-George

Un Africain à la cour du Roi-Soleil

par RFI (France) , le 10 septembre 2004, publié sur ufctogo.com

Dans le cadre grandiose des jardins du château de Versailles, Bartabas-le centaure conjugue l’art équestre, la musique, la danse, l’escrime, l’acrobatie, et la pyrotechnie autour de Chevalier de Saint-George, sportif de haut niveau, remarqué pour son excellence pluridisciplinaire, et musicien compositeur admiré par Mozart. Fils mulâtre d’un gentilhomme et d’une esclave, il traversa l’histoire en étant surnommé « le Mozart noir ». Jusqu’au 11 septembre, Versailles ressuscite somptueusement un homme au destin hors du commun.

 

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L’affiche du spectacle. DR

Pour la quarantième édition des Fêtes de nuit au château de Versailles, Bartabas et les élèves de son Académie du spectacle équestre -inaugurée l’an dernier dans la Grande écurie du château de Versailles- embarquent plus de 8000 personnes, dans une féerie royale, entre jeux de feux et de lumière sur les plans d’eaux du Bassin de Neptune. A la manière des bonimenteurs, un comédien raconte la vie hors norme de l’Africain aventurier, « virtuose de l’archet et du fleuret », qui fut à son époque un modèle pour toute une génération d’aristocrates et qui se tailla la réputation de « la plus fine lame d’Europe ». Quatorze tableaux sont mis en scène dans les jardins dessinés par André Le Nôtre, accompagnés des élégantes compositions de Joseph de Bologne-Saint-George, alias Chevalier de Saint-George, admiré par Wolfang Amadeus Mozart.
Pour célébrer ce héros de cape et d’épée, chaque tableau est illustré par des carrousels, des reprises équestre de haute école, et des parades avec des attelages : cinquante chevaux participent à la représentation, des écuyers voltigeurs hors pair, des danseurs, des escrimeurs, et des percussionnistes qui appartiennent à l’ensemble Balkouta. Le violoniste virtuose apparaît à cheval, revêtu d’un ample vêtement rouge avec son instrument favori, et le récitant du cirque Zampano déroule la vie de cet homme des Lumières. On regrette simplement que chaque page tournée soit ponctuée d’un coup de sifflet strident qui déchire les tympans : on aurait préféré un roulement de tambour moins agressif, et tout aussi dans le ton d’une présentation de cirque, souhaitée « naïve et assez drôle » par Bartabas. Le spectacle est rodé, rythmé, rigoureux. Les illuminations du Château et de l’allée en perspective constituent un véritable écrin, et ajoutent au merveilleux. Le feu d’artifice qui embrase la fin de la représentation est somptueux.

Simple comme un conte, la vie du gentilhomme reprend donc un souffle haut en couleur à la cour du Roi-Soleil. Parmi les temps forts du spectacle, on peut citer les tableaux d’ouverture et de clôture du spectacle par la troupe Balkouta, où les danseurs et les percussionnistes font vibrer l’espace aux rythme d’une musique guadeloupéenne qui puise dans la tradition. L’abolition de l’esclavage est symbolisée par une harde de chevaux en liberté, qui peu à peu s’organisent, se rallient, et emboîtent le pas d’une même allure policée derrière le prince équestre, l’épisode allie poésie, beauté plastique, et performance technique.

Symbole social du refus de l’esclavage

Né esclave des amours adultérins de Georges de Bologne-Saint-George et d’une esclave guadeloupéenne, Nanon, Joseph est affranchi à l’âge de 10 ans par son propre père. Ce dernier, un protestant franco-hollandais, décide de l’éduquer comme « tout jeune homme de qualité ». Brillant, doué, au soin des meilleurs professeurs, maître d’armes et écuyer, le jeune chevalier devient vite un musicien virtuose, compositeur de concertos et d’opéras. Admis comme directeur de musique de Marie-Antoinette, il ne sera toutefois jamais directeur de l’Académie royale de musique, à cause de sa couleur. Séducteur, favori des femmes puissantes dans le secret des alcôves, sa couleur lui valu toute sa vie bien des humiliations, et des discriminations. Botté en touche, son désir de revanche personnelle le conduisit toute sa vie à rechercher l’excellence et la distinction, et le détermina dans sa lutte contre l’esclavage qui sévissait alors encore aux Antilles.

Africain en terre d’Amérique, le Chevalier de Saint-George est le symbole social du refus de l’esclavage, il mène de front un combat politique et artistique. Surnommé également « Voltaire », ou « le Watteau de la musique », ou bien encore « le Nègre des Lumières », il est devenu « un mythe et un symbole : fruit de la rencontre entre trois continents, homme des Lumières, européen convaincu, c’est un héros moderne », souligne Claude Ribbe, historien passionné du Chevalier de Saint-George. Franc-maçon, agent secret du Duc d’Orléans, peut-être même pour le Secret du Roi, l’homme s’illustra aussi en tant que « héros de la Révolution, premier colonel français « de sang mêlé » à la tête de la Légion des Américains composée d’anciens esclaves ou descendants d’esclaves, emprisonné et sauvé par Thermidor ».

Dominique Raizon

 

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