Camair

Transport aérien : Cameroon Airlines interdite en France

par Le Messager (Cameroun) , le 16 septembre 2005, publié sur ufctogo.com

Alors que la compagnie aérienne nationale a amorcé sa phase de restructuration, il y a comme un gros nuage qui risque d’obstruer sa destination hexagonale...

 

Des informations concordantes circulant dans les milieux du transport aérien font état, depuis quelque temps déjà, du sort incertain de l’unique desserte européenne de la Cameroon Airlines (Camair). Selon des sources crédibles à l’autorité aéronautique nationale du Cameroun (Ccaa), son homologue français la direction générale de l’aviation civile française (Dgac) s’apprêterait à interdire le survol du territoire français par les aéronefs de la compagnie camerounaise. Les raisons de cette décision redoutée ne sont pas données. Mais il n’en a pas fallu du temps pour qu’à la Camair, dirigeants et personnels prennent très au sérieux une telle perspective.

D’autant que fin août, la presse française (Rfi, Le Figaro et Le Monde notamment) ont, de manière insistante distillé des rumeurs, à la suite de la publication de la fameuse liste des compagnies interdites en France, que la Camair, bien que pas concernée n’est pas absolument fiable. Pour les besoins de la cause ressortaient un vieux contentieux d’immigration qui opposa la Camair aux autorités anglaises il y a plus de trois ans. Et qui valut l’interdiction à notre compagnie de survoler le territoire anglais, pour non paiement des arriérés de pénalités d’un montant de quelque 300 millions de Fcfa. Depuis le 2 avril 2004, pourtant, le contentieux est réglé au point que le ministère anglais des transports a notifié à la partie camerounaise son droit de reprendre ses vols. C’est notre compagnie qui hésite à rouvrir la desserte de Londres.

Mais tous ces faits ne valent rien aux yeux des Français qui semblent vouloir, sur l’ Afrique centrale, la perte de Camair, quelques années après celle d’Air Afrique. La presse y finit par laisser penser que le maintien de la Camair parmi les compagnies desservant la France était liée à des considérations autres - politiques et diplomatiques par exemple- que techniques. Les dirigeants de la Camair qui avaient rapidement perçu le caractère pernicieux de ces informations les avaient immédiatement démenties. Mais rien ne semble arrêter la machine anti-Camair.

Rouleau compresseur

Récemment encore, “ Le Figaro ” - encore lui- faisait état des contrôles que les avions de notre compagnie auraient subi à l’aéroport français Charles De Gaulle. Pour les autorités de la Ccaa tout comme les dirigeants de la Camair - qui ont d’ailleurs confirmé au Messager ces informations - ce sont des contrôles banals qui s’opèrent par l’autorité aéronautique de céans sur tous les appareils séjournant dans l’espace territorial concerné. “ Il est normal que l’autorité civile fasse les contrôles sur toutes les compagnies étrangères qui desservent nos escales en utilisant nos procédures spécifiques à la surveillance des avions et à la sécurité des aéronefs étrangers. C’est le même examen que doit passer la Camair à Roissy Charles De gaulle ” explique le Dg de la Ccaa. Qui précise que “ lorsque des inconvénients sont constatés, il est immédiatement demandé à la compagnie d’apporter des rectificatifs (...) ” Et de conclure : “ Ces inspections sont normales et visent simplement à se rassurer que les normes de sécurité sont bien suivies par les compagnies ”. Certes, apprenons-nous, il a pu, dans le cas d’espèce, être relevé des “ écarts ” sur la Camair. Tout de même comme il y en aurait eu sur les compagnies étrangères desservant le Cameroun, dont particulièrement Air France. Mais les dirigeants camerounais insistent pour dire que le contrôle de Paris était des plus banals. Et l’écart constaté rapidement délesté. Tout aurait dû alors rentrer dans l’ordre.

Erreur ! les Français qui semblent vouloir absolument voir la Camair ne plus desservir Paris multiplieraient depuis des menaces. Ainsi, apprend-t-on, elles ont récemment mis en doute un audit technique de la Camair réalisé par l’autorité aéronautique nationale camerounaise (Ccaa). Motif : parmi les auditeurs, la Ccaa aurait recouru aux agents de la Camair. Les deux institutions (Dgac et Ccaa) sont pourtant toutes membres de l’Oaci dont les normes standard sont communes et universelles. L’on s’étonne au Cameroun que les responsables français, en cas de doute, préfèrent distiller des rumeurs dans la presse au lieu de saisir l’Oaci compétente pour départager les deux parties.

Il y alors du point de vue des responsables camerounais en général mais des employés de la Camair, un mauvais jeu français qui ne peut rester impuni en cas d’exécution de la menace de l’interdiction de leur compagnie employeur. C’est ainsi qu’à l’escale de Douala hier, alors que nous allions sous presse, le personnel de la Camair chargé de l’assistance au sol était mobilisé par leurs syndicats pour porter les avions étrangers, particulièrement Air France. Un vol de cette compagnie, dont les employés de la Camair sont convaincus, que la main de la compagnie publique française, qui a perdu des parts de marché importantes sur Douala-Paris-Douala, depuis l’arrivée de Royal Air Maroc mais surtout depuis la baisse de ses tarifs par Camair serait la première à tirer profit sur la Ligne de Paris au départ de Douala, était prévue à 22h45. Les camarades du syndicaliste Eyango, président de Syntas, étaient sur le pied de guerre pour organiser ce qui s’apparenterait alors à une opération de représailles.

A la direction de la Camair que nous avons jointe hier après-midi, on se montrait préoccupé par les rumeurs récurrentes sur une éventuelle interdiction de la Camair à Paris. On en était d’autant plus préoccupé, qu’on n’a pas oublié la campagne de la presse française de fin août dernier. On y refusait alors de se prononcer publiquement sur les menaces de représailles des employés. “ Même si nous n’encourageons pas les mesures de ce type, nous comprenons que des employés dont l’essentiel de la vie tourne autour de l’activité de la compagnie, s’inquiètent et tentent même des mesures désespérées ” dit un haut responsable de l’escale Camair à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen. “ Nous espérons qu’on en arrivera pas là. Mais cela dépend davantage des autorités françaises qui savent très bien qu’en terme de fiabilité, toutes proportions gardées, les avions de la compagnies française ont connu plus de problème cet été que les nôtres ” dit un autre au siège à Bonanjo.

Le personnel Camair sur le pied de guerre

Les autorités camerounaises en charge de la sécurité aérienne ont bien perçu ce qui serait un complot français contre la Compagnie nationale camerounaise. Le directeur général de la Ccaa ne rassurait-il pas hier, dans une interview à Cameroon Tribune, les usagers sur la fiabilité de la Camair ? Présentant en effet un rapport d’étape d’un audit technique des installations et des avions de la Camair exigé par la même Dgac, M. Ignatus Sama Juma déclarait que “ pour le moment il n’y a aucune raison de s’inquiéter ”. Il semble que cela ne satisfasse pas les Français, qui maintiendraient la pression pour obliger l’autorité aéronautique camerounaise à dissuader la Camair d’affréter des vols sur Paris. Histoire, pour éviter les représailles annoncées par les agents Camair, de faire porter cette grave décision par les autorités aéronautique camerounaises.
Un vol Camair Douala-Paris est prévu ce soir. Les employés de la Camair qui étaient déjà sur le pied de guerre attendent de voir si les autorités camerounaises céderaient à cette pression. Ce qui serait alors la mort de la Camair. Car le long-courrier (Douala-Paris-Douala), qui est la ligne la plus régulière et la plus pleine de la Camair représenterait plus de 75 % du chiffre d’affaires de la compagnie camerounaise. Une cessation de cette desserte signifierait, sans exagération aucune, la fermeture pure et simple de la compagnie. Et si c’était cela l’objectif des autorités françaises ?

Alex Gustave AZEBAZE, Le Messager (Cameroun)


UPDATE 16/09/2005 16H42 AFP

PARIS (AFP) - Les autorités françaises de l’aviation civile (DGAC) ont annoncé vendredi la suspension immédiate des vols de la compagnie aérienne Cameroon Airlines "pour des raisons de sécurité" et son interdiction en France pour une durée indéterminée.

"Cette suspension intervient à la suite de contrôles réalisés, au printemps dernier, sur les appareils de la compagnie, révélant de nombreux écarts aux normes internationales, notamment dans le domaine du chargement des appareils, du transport de marchandises dangereuses, de la documentation nécessaire à la navigation et de la maintenance des pneumatiques", écrit la DGAC dans un communiqué.

Les autorités françaises et camerounaises ont alors coopéré pour s’assurer que ces écarts seraient corrigés de manière durable, poursuit la DGAC, selon laquelle "un plan d’actions a été défini et mis en oeuvre".

"Toutefois, de nouveaux contrôles réalisés au cours des mois de juillet et d’août 2005 ont montré que des anomalies persistantes demeuraient", selon la DGAC.

"La DGAC française a demandé qu’un audit des conditions d’exploitation conduise, avant le 15 septembre, à des conclusions satisfaisantes, ce qui n’a pas été le cas", selon le communiqué.

"La suspension pourra être levée dès que des résultats d’audit satisfaisants auront été transmis à la DGAC", précise-t-elle.

Cinq compagnies figurent déjà sur la liste noire française publiée fin août : la LAM (Linhas Aéreas de Moçambique), Air Koryo (Corée du nord), Air Saint-Thomas (Etats-Unis), International Air Service (Liberia) et Phuket Airlines (Thaïlande).

AFP (France)

 

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