Point de vue

Togo : le risque de guerre civile, la France ambiguë, par Kofi Yamgnane

par Le Monde (France) , le 3 mars 2005, publié sur ufctogo.com

Un retour au calme implique l’organisation d’élections présidentielle et législatives transparentes, démocratiques, dans le cadre de la Constitution d’octobre 1992, votée et reconnue par tous les Togolais.

 

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Depuis la mort de M. Eyadéma, le président du Togo depuis trente-huit ans - un président contesté et détesté des Togolais -, la France n’a pas su ou pas voulu parler clairement aux putschistes, ni prononcer les paroles que pouvaient attendre les Togolais d’une grande puissance écoutée en Afrique et dont le peuple est aimé des Africains.

Au contraire, en qualifiant le dictateur défunt "d’ami personnel et ami de la France", le président de la République a pris le risque de se faire traiter de "complice" d’un homme abhorré par son peuple et de son régime, mille fois dénoncé pour ses crimes par les plus grandes organisations des droits de l’homme. Les Togolais se sont sentis "insultés" par la France. Dès lors, comment s’étonner de les voir vouloir s’en prendre aux intérêts de la France et de ses 2 500 ressortissants installés au Togo ?

Quels intérêts si puissants la France se sent-elle obligée de protéger, au point d’ouvrir un deuxième "front" en Afrique après celui déjà si peu compréhensible ouvert en Côte d’Ivoire ? Quelles complicités dans les actions et les méthodes du sergent autocrate avions-nous à couvrir ? Même les Etats-Unis avaient exigé "la démission immédiate" de - son fils et successeur - Faure Eyadéma. Quant aux membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de l’Union africaine (UA), ils ont demandé des sanctions contre le Togo : interdiction aux tenants d’un régime illégal de voyager dans leur périmètre, embargo sur les ventes d’armes...

Notons avec satisfaction qu’un communiqué du Quai d’Orsay (20 février) indiquait que notre pays a décidé de soutenir les décisions de la Cedeao. Mais pour qu’une telle position, même très tardive, soit crédible, les Togolais attendent de la France qu’elle aille jusqu’au bout, c’est-à-dire qu’elle ferme ses frontières aux putschistes, qu’elle instaure un embargo sur les ventes d’armes françaises ou devant transiter par le territoire national. Et ce, aussi longtemps qu’il sera nécessaire pour faire plier le pouvoir illégitime installé par la force des armes à Lomé.

Désormais, la démission de M. Faure Yadéma est acquise, mais cette condition ne suffira pas à ramener la paix sociale. Le 1er mars, quatre corps ont encore été retrouvés dans la lagune de Bé. Des milices armées continuent de terroriser la population et préparent la guerre civile.

Un retour au calme implique :

- la dévolution du pouvoir intérimaire à un administrateur extérieur aux querelles intra-togolaises, nommé, comme au Kosovo ou en Irak, par la Communauté internationale : Cedeao, UA, Union européenne, ONU ; le déploiement d’une force de sécurité durant la période d’intérim, comme la Minurca en Centrafrique ; enfin une période d’intérim aussi longue que nécessaire pour :

- établir les listes et les cartes électorales ;

- organiser des élections présidentielle et législatives transparentes, démocratiques, dans le cadre de la Constitution d’octobre 1992, votée et reconnue par tous les Togolais

C’est devant cet administrateur neutre que les candidats à la présidentielle devront prendre l’engagement de proclamer, après l’investiture, une amnistie générale pour tous les protagonistes du coup d’Etat du 6 février, militaires et civils.

C’est la seule façon de ramener la paix sociale et la sérénité dans la vie politique du Togo, et il est du devoir de la France d’y contribuer.

Kofi Yamgnane, ancien ministre, est vice-président (PS) du conseil général du Finistère.

 

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