Droits de l’homme

Togo : la tempête après la paix des cimetières

par Le Courrier (Suisse) , le 16 juin 2004, publié sur ufctogo.com

Créée ce printemps, l’association Missite a organisé, vendredi dernier, à Genève une conférence sur la situation des droits de l’homme au Togo. Catastrophique.

 

« Même domiciliés en Suisse, mes compatriotes ont peur de s’exprimer. » Pour leur redonner le droit de parole, mais aussi pour dénoncer les méfaits d’une dictature vieille de trente-sept ans, Eric Akoussan, lui-même réfugié dans notre pays depuis trois ans, a créé, ce printemps, l’association Missite. « Tant pis, j’aurai des ennuis si je dois rentrer au Togo, mais nous ne pouvons plus continuer à nous taire. » Et pour cause.

Vendredi dernier à La Maison des associations de Genève, Missite organisait sa première manifestation publique et invitait Catherine Morand, coordinatrice d’Amnesty Suisse pour l’Afrique de l’Ouest, à présenter la situation des droits de l’homme au Togo. Le bilan est tombé comme une chape de plomb. Dans ce pays, pourtant appelé jusqu’au début des années nonante « la Suisse de l’Afrique », on ne compte aujourd’hui plus les cas de torture et de mauvais traitements ni les emprisonnements arbitraires et les atteintes à la liberté d’expression. La presse a été muselée, l’opposition divisée. Même les défenseurs des droits de l’homme craignent pour leur vie. « En 1999, nous avons sorti un rapport choc sur la situation au Togo, et plusieurs collaborateurs locaux ont été enlevés, torturés, voire assassinés », souligne Catherine Morand. Depuis début 2003, le climat s’est encore durci, après des changements législatifs considérés comme une pure manoeuvre du président Eyadéma pour permettre sa réélection après plus de trente-cinq ans de règne absolu. Observateurs étrangers et militants de l’opposition ont dénoncé la malversation, mais n’ont récolté qu’un regain de répression. D’ailleurs, le même scénario se reproduit tous les cinq ans depuis l’avènement en 1992 d’une démocratie d’apparat et du vent de liberté vite réprimé qu’elle a soulevé.

SOUTIEN DE LA FRANCE

« Les dirigeants de notre pays ne pensent qu’au pouvoir et à l’argent. Ils ne s’intéressent pas du tout au peuple et à son avenir. Malheureusement l’opposition n’arrive pas à s’entendre sur une politique commune », déplore Eric Akoussan. « Il faut aussi dire qu’elle est infiltrée par des sbires du président et que ses membres craignent d’être dénoncés et arrêtés », précise Catherine Morand.

Mais là n’est pas la seule stratégie du gouvernement pour diviser les rangs. Il entretient depuis sa mise en place une fausse querelle entre les habitants du Nord (dont est originaire le président) et ceux du Sud. Les premiers sont censés soutenir Eyadéma et bénéficier de certains privilèges, et les seconds le braver. « Alors qu’on trouve des dissidents dans les deux camps, souligne Eric Akoussan. Mais cette rivalité est si fortement ancrée qu’il est difficile de la démentir. Je me souviens, enfant, avoir frappé un camarade d’école parce qu’il était originaire du Nord et moi du Sud. »

Catherine Morand, de son côté, rappelle le rôle ambigu de la France, « indéfectible alliée depuis l’institution d’Eyadéma ». « Peut-être parce qu’elle a fait assassiner le premier président du Togo indépendant, car les seuls intérêts économiques et stratégiques - minimes - ne suffisent pas à expliquer son soutien. » Quoi qu’il en soit, Amnesty dénonce la position de la France et ses transferts dans les domaines militaire, de sécurité ou de police. « Mais c’est aussi en partie grâce à elle que l’Union européenne a accepté en avril dernier de reconduire son aide au Togo, suspendue depuis 1993 en raison des répressions sanglantes perpétrées par le gouvernement », nuance Catherine Morand. A Bruxelles, Eyadéma s’est d’ailleurs engagé, en contrepartie, à remplir une vingtaine de conditions pour rétablir la démocratie et l’Etat de droit.

Sur la lancée, Amnesty et d’autres associations ont publié un rapport sur la situation au Togo, et Missite s’est donné pour mission de relayer discours d’opposition et informations « objectives » et de soutenir toutes les initiatives étrangères et locales visant à améliorer les conditions de vie du peuple togolais. Comme le martèle Eric Akoussan, « espérons que cette fois les pourparlers avec Eyadéma n’accoucheront pas d’une souris ».
Rachel HALLER

Pour tout renseignement sur l’association Missite, contacter le 0788371628.

 

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