Présidentielle 2003

Togo : la manipulation au pouvoir, la vérité en prison

par Survie (France) , le 17 juin 2003, publié sur ufctogo.com

À la pointe des techniques françafricaines de manipulation politique, la dictature togolaise, ses conseillers et ses parrains français, tentent de faire passer pour un sacre démocratique la réélection truquée, par tous les bouts, du tyran Gnassingbé Eyadéma.

 

Les relevés établis par le réseau d’observateurs indépendants de la société civile togolaise montrent que, malgré tout l’appareil de contrainte et de propagande du régime, Eyadéma est arrivé loin derrière Bob Emmanuel Akitani, candidat du principal parti togolais, l’UFC de Gilchrist Olympio (fils du premier Président togolais, Sylvanus Olympio, assassiné en 1963 par Eyadéma). Il n’aura donc servi à rien d’écarter Gilchrist Olympio, vainqueur réel de l’élection de 1998. Eyadéma, qui n’a jamais été légitime, a été désavoué dans les urnes il y a cinq ans. Il l’est à nouveau aujourd’hui.
Mais la manipulation de la vérité (si chère à la Grande Loge nationale de France qui domine aujourd’hui outrageusement les composantes africaine et française de la Françafrique) ne s’arrête pas aux résultats électoraux. Des associations des droits de l’Homme comme l’ACAT et Amnesty, ainsi que des journalistes togolais particulièrement courageux, s’efforcent de faire savoir au monde les exactions, assassinats et tortures commis par ce régime “ami de la France”. Les directeurs de publication et de la rédaction du journal L’Événement ont été interpellés le 14 juin à Lomé pour « diffusion de fausses nouvelles, montage grossier et grotesque qui visent à salir l’image du pays ». À quoi se résume leur crime, de l’aveu même du gouvernement togolais : ils ont été pris en flagrant délit dans un cybercafé, avec les photos de personnes blessées par les forces de sécurité. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu les diffuser sur Internet. Ils n’y peuvent rien : sous une dictature, la vérité salit l’image du régime.

En 1999 déjà, un rapport d’Amnesty montrait qu’Eyadéma avait fait massacrer plus d’une centaine de personnes, civils et militaires. Le Président togolais et son homologue français, Jacques Chirac, avaient de concert évoqué une manipulation, avant qu’une commission d’enquête internationale ne reconnaisse le sérieux des accusations d’Amnesty. Plus que jamais, l’impunité est au pouvoir et la vérité en prison. L’urgence est d’abord d’obtenir la libération des deux journalistes incriminés. Puis la vérité sortira de ses camisoles, sur quatre décennies d’oppression néocoloniale du Togo.

Si des personnes sont blessées par les milices du pouvoir, c’est que les démocrates togolais manifestent légitimement leur rejet d’Eyadéma, ses suppôts et ses maîtres. Ils ont l’intention d’accentuer ce refus à partir du 21 juin prochain. En vertu de sa propre Constitution, qui légitime depuis deux siècles le refus de la tyrannie, le peuple français ne peut que leur donner raison.

Survie “Donner valeur de loi au devoir de sauver les vivants”
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