Politique

Togo : assurances du pouvoir et relents d’inquiétude

par Cameroon Tribune (Cameroun) , le 6 juillet 2005, publié sur ufctogo.com

Une délégation ghanéenne venue d’Accra qui ne demandait qu’à traverser le Togo pour aller à une conférence à Cotonou au Bénin va l’apprendre à ses dépens. La dizaine de passeports est presque confisquée pendant de nombreuses heures par la police togolaise. On exige aux voyageurs jusqu’à leurs ordres de mission qui justifieraient mieux leur déplacement.

 

Six candidats pour deux sièges au Conseil de sécurité de l’ONU. L’UA doit trancher. A l’entrée du Togo, la méfiance est désormais de règle. L’on se méfie autant des étrangers que des nationaux.

Habituellement, les ressortissants de la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont le droit de franchir les frontières ici et là, sur présentation d’une simple pièce d’identité. Les choses ne sont plus aussi évidentes. Une délégation ghanéenne venue d’Accra qui ne demandait qu’à traverser le Togo pour aller à une conférence à Cotonou au Bénin va l’apprendre à ses dépens. La dizaine de passeports est presque confisquée pendant de nombreuses heures par la police togolaise. On exige aux voyageurs jusqu’à leurs ordres de mission qui justifieraient mieux leur déplacement.

Les Camerounais qui viennent là en visite et qui, les mains dans les poches, croient pouvoir effectuer la promenade sans soucis ne sont pas à l’abri des tracasseries. Il leur est rappelé que les accords d’antan entre les deux pays qui faisaient que les visas ne soient pas exigibles sont désormais caducs. " Nous pensions avoir quelque chose de commun du fait de la colonisation allemande. Maintenant que les choses n’ont pas marché comme cela se devait, vous devez vous soumettre à nos lois si vous êtes ici ! ", lance un policier à une Camerounaise qui voulait " faire tout juste une petite promenade de l’autre côté ". Pour ceux qui y tiennent, un visa payé cash à 25.000 francs CFA leur permet de passer et repasser comme bon leur semble, pendant une semaine.

L’heure est donc à la méfiance, alors qu’on parle de plusieurs milliers de Togolais réfugiés aussi bien au Bénin qu’au Ghana. Ceux qui passent peuvent bien être ceux par qui des troubles sont arrivés ou pourraient arriver de nouveau. Sans ciller, un cadre du parti au pouvoir nous rappelle que ceux-là qu’on qualifie de " réfugiés " sont aussi à craindre. " Parmi eux, il y en a qui ont commis des crimes ici et il y a des étrangers qui sont tout juste rentrés dans leur pays. On y retrouve aussi des Togolais sans emploi qui veulent tout juste bénéficier de l’aide des organisations internationales ", déclare, très convaincu, un autre responsable du Rassemblement du peuple togolais (RPT).

Les avis ne sont pas les mêmes lorsqu’on aborde les leaders de l’opposition radicale. Ils semblent unanimes sur le fait qu’on court plutôt à la catastrophe. Le salut, selon ce camp qui estime que le Premier ministre Edem Kodjo n’est pas l’homme de la situation, ne résiderait que dans la formation d’un nouveau gouvernement.

Bien sûr qu’il faudrait alors, si cela se faisait, leur confier l’essentiel du pouvoir. " Tous les accords allaient dans ce sens et l’opposition, comme le peuple tout entier, a été trompée ", estime l’un des leaders de ce camp.

Alors qu’il est par ailleurs question des " enlèvements opérés de nuit dans les quartiers fidèles à l’opposition ", Edem Kodjo affine plutôt son " programme du gouvernement d’union et de réconciliation nationale ".

Ce programme a été voté en fin de semaine dernière à l’unanimité par le parlement où est également absente l’opposition radicale. Le défi est orienté globalement sur sept grandes lignes qui intègrent la réconciliation de tous les Togolais, l’unité nationale, l’édification d’un Etat de droit, le redressement économique et financier, l’intégration de la jeunesse et des couches sociales les plus défavorisées, la restauration de la sécurité des personnes et des biens dans le pays, et l’affirmation du Togo sur la scène internationale.

Le Premier ministre a estimé que la réconciliation nationale, "impératif incontournable", ne sera pas possible sans le "Grand pardon qui est la forme par excellence d’une volonté de vivre ensemble et d’oublier le passé".

Les quelque 30.000 réfugiés togolais se trouvant au Bénin et au Ghana à l’issue des violences qui ont émaillé le scrutin présidentiel du 24 avril dernier sont informés de ces bonnes intentions, mais nombre d’entre eux, comme certains de leurs compatriotes rencontrés dans les rues ou dans les taxis à Lomé, semblent plutôt sceptiques. Seul le retour effectif des déplacés et leur insertion sociale convaincront, selon certains, des bonnes intentions du nouveau pouvoir, coiffé par Faure Gnassingbé.

Son accueil au sommet de l’Union africaine à Syrte, cinq mois après le décès de son père et aux côtés d’un François Bozizé passé par deux années de " purgatoire ", est de ce fait tout un symbole.

David Ndachi Tagne

 

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