Droits de l’homme

Togo - Violations systématiques des droits de la personne

par Amnesty International , le 2 septembre 2003, publié sur ufctogo.com

Rien de nouveau sous le ciel togolais. L’élection présidentielle a eu lieu au Togo le 1er juin dernier. Selon les résultats officiels, Gnassingbé Eyadéma, le président au pouvoir depuis 1967, a été réélu. On a craint un soulèvement de la population... qui n’a pas eu lieu. Alors, pourquoi en parler ? Près de trois mois plus tard, l’indifférence que le reste du monde continue d’opposer au destin des citoyens togolais a figé leurs derniers espoirs.

 

Éclipsé par les événements tragiques qui se déroulent actuellement au Liberia et en Côte-d’Ivoire, le Togo nage dans une situation déplorable depuis plus de 30 ans. Cinq millions de personnes vivent sur une mince bande de terre en Afrique de l’Ouest, cinq millions de personnes oubliées par la communauté internationale qui a l’habitude de s’intéresser aux grands pays, aux grandes guerres, aux grandes famines, aux grandes ressources telles le pétrole et le diamant. Mais rien de tout cela au Togo. Par contre, le Togo se démarque par la grande diversité... des violations des droits humains qui y sont commises : arrestations arbitraires, tortures, atteintes à la liberté d’expression, exécutions extrajudiciaires...

Dans ce petit pays, les principaux acteurs politiques sont les mêmes depuis des décennies. Bien sûr, l’histoire d’un pays ne peut pas être simple, mais le gouvernement togolais est sans doute celui qui a le plus simplifié les cours d’histoire moderne de ses jeunes citoyens.

Dès 1960, le Togo accède à son indépendance. En 1963 et à nouveau en 1967, des coups d’État dans lesquels est impliqué Eyadéma secouent le pays naissant. Lors du premier coup d’État, le président Sylvanus Olympio est assassiné. Le deuxième est l’occasion pour Eyadéma de prendre le pouvoir.

Le pays est ensuite dirigé d’une main de fer par Gnassingbe Eyadéma jusqu’au début des années 1990, où les premiers mouvements de contestation osent percer le silence imposé aux citoyens togolais (système de parti unique, presse muselée, interdiction de rassemblement public...).
En octobre 1990, une pression populaire commence à se faire sentir, initiée par des manifestations lors du procès de plusieurs jeunes, accusés d’avoir fabriqué et distribué des tracts hostiles au régime. Un mouvement en faveur d’une démocratisation se met en branle. Au début 1991, un collectif de l’opposition est créé et lance une grève illimitée pour exiger la démission du général Eyadéma ainsi que la tenue d’une conférence nationale. Cette dernière se tient cette même année et aura sans doute constitué l’un des plus grands espoirs des Togolais. Pourtant, après une transition démocratique marquée par de nombreux coups de force, le président Eyadéma retrouve l’essentiel de ses pouvoir en 1992.

Depuis, trois élections présidentielles ont été menées, trois élections « gagnées » par le président Eyadéma (dont la dernière, le 1er juin). Les violations des droits de la personne se multiplient, surtout en période électorale. Ainsi par exemple, le 28 juillet 1998, plusieurs personnes portant un bandeau rouge ou des vêtements de couleurs bordeaux (un signe de ralliement attribué à l’opposition), qui appelaient à une manifestation, ont été arrêtées et battues par les forces de sécurité. Plusieurs d’entres elles sont mortes des suites de ces coups.

Depuis le début de l’année 2003, Amnistie internationale a reçu des informations faisant état d’une dizaine d’actes de provocation contre les médias, allant de la simple intimidation auprès du monde journalistique et de la saisie de journaux au blocage de sites Internet, à la fermeture de stations de radio et l’arrestation de journalistes pour « tentative de trouble à l’ordre public et diffusion de fausse information ».

Que fait la communauté internationale ? Où sont les grands défenseurs de la démocratie ? Lors des dernières élections, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a envoyé une mission d’observation des élections. À notre connaissance, le rapport de la mission d’observation de l’OIF n’est pas encore diffusé... Pourquoi ?

Lionel Villalonga Coordonnateur de la Côte-d’Ivoire pour la section canadienne francophone d’Amnistie internationale à Montréal
Koffi Antoine Nadjombe Ex-prisonnier d’opinion au Togo, ex-directeur de campagne pour Amnistie Internationale au Togo
Le devoir (Canada) - Edition du mardi 2 septembre 2003

 

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