Présidentielle

Togo : Paris soutient le scrutin contesté

par Le Figaro (France) , le 26 avril 2005, publié sur ufctogo.com

 

Après s’être longtemps retranché derrière les prises de position de la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), Paris est sorti hier du bois afin d’apporter tout son crédit au scrutin présidentiel togolais, marqué par de violents affrontements et de multiples accusations de fraude.

Intervenant du Luxembourg, le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, a qualifié de « succès » les opérations de vote : « Nous sommes heureux des conditions globalement satisfaisantes dans lesquelles se sont déroulées les élections d’hier malgré un certain nombre d’incidents. » Au moins trois personnes ont été tuées dimanche à la clôture du scrutin et des dizaines d’autres blessées. De nouveaux affrontements étaient signalés hier en début d’après-midi.

Le porte-parole du Quai d’Orsay a surenchéri en affirmant « prendre note avec satisfaction » du bon déroulement du scrutin. La France, a poursuivi Cécile Pozzo di Borgo, tient « à rendre hommage au sens des responsabilités dont ont su faire preuve les dirigeants politiques et le peuple togolais dans des conditions difficiles ».

Interrogé par Le Figaro, le vice-président PS du Conseil général du Finistère, Kofi Yamgnane, qui possède la double nationalité franco-togolaise, a qualifié ces déclarations de « grotesques » : « C’est à faire pleurer, j’ai honte. Comment le pays des droits de l’homme peut-il dire cela ? Je suis scandalisé. Il y a eu tellement d’irrégularités que ces élections ne peuvent être déclarées que nulles. »

« Kofi Yamgnane tient des propos irresponsables, réplique-t-on de source autorisée. Il y a certes eu plus d’irrégularités en faveur de Faure Gnassingbé qu’en faveur de l’opposition, poursuit-on, mais cela ne remet pas en cause la légitimité d’un scrutin que contestent violemment 2 à 3% d’excités à Lomé. »

Cette position française, admet-on à Paris, n’est pas partagée par Bonn, ancienne puissance coloniale du Togo et partenaire privilégié de Paris en Europe. L’ancien ministre togolais de l’Intérieur, qui a pris ses distances avec le régime, a ainsi trouvé refuge dans les locaux de l’ambassade d’Allemagne a Lomé. Deux jours avant les opérations de vote, François Esso Boko, responsable de l’organisation du scrutin, avait qualifié cette élection de « suicidaire ». Depuis, l’ambassade d’Allemagne à Lomé est présentée par les partisans togolais du pouvoir comme la « base arrière de l’opposition ».

La différence d’approche entre Paris et Bonn s’explique en raison du passé. À la différence de Paris, Bonn n’a jamais entretenu de relations de « famille » avec les autorités togolaises. Les liens historiques entre le Togo et l’Allemagne sont pourtant très forts. Comme étaient importants les programmes de coopération financés par l’Allemagne au Togo avant que l’Union européenne ne décide en 1993 d’un gel de la coopération en raison d’un « déficit démocratique ».

Paris, en revanche, n’a eu de cesse de vouloir lever les sanctions contre le Togo, arguant que celles-ci n’avaient aucun effet contraignant sur les autorités. Cette position, basée sur la profonde conviction que la démocratie n’est pas possible en Afrique, n’a jamais eu gain de cause auprès des partenaires européens de Paris, souvent perplexes quand à la nature des liens unissant la France au Togo. En témoigne cette observation paradoxale d’un responsable français convenant tout à la fois que « si l’opposition gagne, cela voudra dire que le scrutin a été correct » mais ajoutant dans la foulée que l’option n’est guère envisageable.

Entamé au début des années 90, le processus de démocratisation au Togo a été extrêmement violent. Plusieurs centaines de civils sont morts et de nombreux premiers ministres sont restés à jamais dégoûtés de la vie politique. Joseph Koffigoh, assiégé par les chars de l’armée togolaise dans une « primature » dévastée au canon, est un fantôme. Agbéyomé Kodjo, également ancien premier ministre du général Eyadéma, vient d’être arrêté au Togo alors qu’il revenait d’un exil en France de trois ans. Accusé de détournement de fonds, il sera jugé aujourd’hui à Kara, dans le fief du clan au pouvoir...

Patrick de Saint-Exupéry

 

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