« un jeu de dupes »

Togo Le président devient candidat

par L'Humanité (France) , le 28 février 2005, publié sur ufctogo.com

Sous la pression, Faure Gnassingbé a démissionné du poste de chef de l’État et s’est proclamé candidat du parti au pouvoir à l’élection présidentielle.

 

Chants, danses, klaxons ont fusé à Bè, fief de l’opposition, quelques heures après l’annonce vendredi de la démission de Faure Gnassingbé de la présidence du Togo. Dans ce quartier de Lomé, la population a manifesté sa joie jusqu’au petit matin. C’est dire que cette nouvelle, bien qu’espérée, a véritablement surpris. Personne ne croyait plus à la capitulation du fils Gnassingbé, installé à la mort de son père, le 5 février dernier, dans la fonction de président auto-investi, par les forces armées togolaises. « Afin de garantir la transparence de cette élection, son équité, et de donner les mêmes chances à tous les candidats, j’ai décidé de renoncer au poste de président de l’Assemblée nationale, assurant provisoirement les fonctions de président de la République », a déclaré Faure Gnassingbé dans son allocution télévisée. Dans la foulée, l’Assemblée nationale s’est réunie en session extraordinaire et a élu à sa tête son vice-président, Abass Bonfoh, en remplacement de Faure Gnassingbé. Conformément à la Constitution, c’est donc Abass Bonfoh, cacique du Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti au pouvoir, qui devient président intérimaire à la tête du Togo.

En même temps que sa démission, le fils du défunt président a annoncé que le RPT lui avait « fait le double honneur de l’élire à sa présidence et de l’investir comme candidat à la présidence de la République » pour un scrutin prévu « dans les prochaines semaines ». Faisant sien ce vieil adage français : une faute avouée est à moitié pardonnée, il a également tendu la main à la communauté internationale, dont il espère qu’elle sera à ses « côtés pour garantir l’organisation des élections libres et transparentes ».

Cette démission a été accueillie avec soulagement par la communauté internationale. Dès le vendredi, Koffi Annan, secrétaire général de l’ONU, a félicité Faure Gnassingbé. Le lendemain, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est réjouie de cet « acte positif » et a annulé les sanctions adoptées la semaine dernière pour contraindre le pouvoir togolais à respecter la légalité constitutionnelle. Obasanjo, président du Nigeria et patron de l’Union africaine, a évoqué « victoire de l’Afrique et du monde » et son homologue nigérien Tandja, dirigeant de la CEDEAO, a parlé de « de sacrifice, d’esprit de sagesse et de responsabilité ». Avant de prendre sa décision, Faure Gnassingbé avait rencontré le président Omar Bongo (Gabon), le colonel Kadhafi (Libye) et envoyé ses frères discuter avec Mathieu Kérékou (Bénin). Les conseils de ses pairs semblent avoir été autant d’éléments déclencheurs pour expliquer le recul stratégique opéré par Faure Gnassingbé.

Le soulagement était tel que cette même communauté internationale a entériné sans broncher l’éviction de l’ancien président de l’Assemblée, Fambaré Natchaba. Ce dernier aurait dû assurer l’intérim du pouvoir à la mort de l’ancien chef de l’État, mais une fermeture opportune des frontières l’a empêché de rentrer au Togo. Depuis, il est à Cotonou, au Bénin, où les mauvaises langues disent qu’il vit terré comme un rat.

L’opposition hurle à « un jeu de dupes » et réclame l’installation de Natchaba. « L’élection de Bonfoh au Parlement est nulle et sans effet, c’est le coup d’État qui se poursuit », fait savoir Jean-Pierre Fabre, numéro deux de l’Union des forces du changement (UFC), parti de Gilchrist Olympio, bête noire du pouvoir. Voilà pourquoi la coalition des six partis de l’opposition réclame un accord politique consensuel, conforme aux engagements pris par le régime d’Eyadéma avec l’UE, ou une « période transitoire ». C’est-à-dire un gouvernement de transition, recomposition de la Cour constitutionnelle, de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de toutes les autres institutions impliquées dans le processus électoral. Sans ces conditions, les élections qui doivent se dérouler prochainement risquent bien d’être une chambre d’enregistrement pour Faure Eyadéma. Disposant du soutien de l’armée, du parti au pouvoir et de la machine de l’État, Faure pourrait être tenté de perpétuer la tradition familiale d’élections alibi. D’autant que le principal dirigeant de l’opposition, Gilchrist Olympio, est interdit de candidature à la présidentielle en vertu de cette même Constitution, dont tout le monde a réclamé l’application. Pas dupe, l’opposition a du reste maintenu sa manifestation samedi. Pendant que le RPT a défilé pour soutenir Faure, les jeunes opposants ont défilé dans les rues de la capitale en réclamant des « élections libres et sans exclusion ».

Par Serge-Henri Malet

 

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