Mondialisation

Texte de l’OMC sur le coton : les Africains laissent éclater leur colère

par Sud Quotidien (Sénégal) , le 15 septembre 2003, publié sur ufctogo.com

Bréhima Touré envoyé spécial de Oxfam. Le projet de texte publié par l’OMC, samedi, est la copie conforme de la position américaine qui ne reconnaît pas le poids néfaste des subventions sur le marché du coton et propose d’élargir les solutions aux problèmes de la fibre synthétique et des vêtements. Une façon habile de noyer le problème africain dans les gentianales.

 

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Correspondance-Cancun- " La montagne a accouché non pas d’une souris mais d’une fourmi ", a déclare, très amer, Ibrahim Malloum, le président de l’association cotonnière africaine. " C’est une honte pour ces pays qui se disent civilisés et démocratiques, mais qui ne sont pas capables d’aider des êtres humains à sortir de la pauvreté ", a renchéri François Traoré, le président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso. Quant à Eric Hazard de Enda Diaologue politique, il s’est dit " très déçu par ce texte qui n’apporte pas de solution ". Pour sa part, Oxfam fait remarquer que " l’Union européenne ne bouge pas sur les subventions à l’exportation et les Etats-Unis font du surplace sur le soutien qu’ils accordent à leurs producteurs ". La réaction des Africains et des ONG au texte ministériel de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est à la mesure de l’immense espoir suscité par l’inscription du coton au programme de la 5e conférence qui se tient à Cancun.

Au cours d’une conférence de presse tenue juste après la publication du texte de l’OMC, les Africains ont laissé éclater leur colère. Les propos tenus exprimaient une immense déception à peine contenue. Pour Ibrahim Malloum, le texte de l’OMC est " largement en déça des espérances des Africains " parce qu’il noie le " problème clairement posé par les Africains dans un cadre large et vague qui sonne comme du déjà entendu et du déjà vu ". François Traoré fait remarquer que plusieurs personnalités sont intervenues au cours des débats en faveur de l’initiative africaine. " On pense que si l’Afrique pose un problème, il suffit de dire qu’elle a raison ", a t-il dit, promettant que la lutte continue. Il s’est demandé à quoi servent les instances internationales si elles sont manipulées par les grands pays au détriment des pauvres.

Eric Hazard de Enda a, quant à lui, souligné que les pays développés ont raté l’occasion de montrer que les pays pauvres ont leur place dans le système économique mondial. " Beaucoup de gens ont exprimé leur sympathie. Mais nous n’étions pas venus pour une simple sympathie. Car elle ne mène nulle part ", a t-il ajouté.

Au cours de la conférence de presse, un journaliste français s’est demandé si les Africains ne rêvent pas en parlant de justice dans le commerce. " Nous faisons face à des pays donneurs de leçons en matière de démocratie, de droits de l’Homme. Nous avons voulu les prendre au mot en leur demandant de respecter les règles qu’ils ont établies. Nous ne rêvons pas. Nous dénonçons la violation des règles du commerce mondial ", a répondu le président de l’association cotonnière africaine. Pour François Traoré, si pour se développer, il faut faire du bon travail, et si pour accéder au marché, il faut faire un bon produit, les Africains ont rempli ces conditions. " Nous venons de constater que cela ne suffit pas ", a t-il dit, contenant à peine sa colère.

Aminata Traoré, célèbre altermondialiste, affirme qu’elle n’est pas surprise outre mesure de la position de l’OMC par rapport au coton. " Je ne suis même pas déçue ", a t-elle déclaré. Pour la Malienne, tout le système agricole africain est en danger. " L’heure est grave pour l’Afrique ", a t-elle précisé, ajoutant que l’Afrique souffre de l’envahissement de son marché par les produits agricoles subventionnés de l’Europe. " Regardez les pays d’Afrique de l’Ouest. Pour la plupart, ce sont des pays d’élevage. Mais nous ne buvons que le lait importé d’Europe ", a t-elle analysé.

Dans le texte qui provoque autant de déception chez les Africains, l’OMC reconnaît " l’importance du coton pour le développement d’un certain nombre de pays " et " comprend la nécessité d’une action urgente pour traiter les distorsions des échanges sur ces marchés ". En guise de solution, l’OMC donne instruction au président du Comité des négociations commerciales afin de tenir des consultations avec les présidents des Groupes de négociation sur l’agriculture, sur l’accès aux marchés pour les produits non agricoles et sur les règles pour traiter l’incidence des distorsions qui existent dans le commerce du coton, des fibres synthétiques et artificielles, des textiles et des vêtements afin d’assurer un examen global de l’ensemble du secteur.

L’OMC prévoit de mettre à contribution les institutions de Breton Woods (FMI, Banque mondiale), la FAO et le Centre de commerce international, pour orienter les ressources vers la diversification des économies dans lesquelles le coton représente la majeure partie du PIB. Pour couronner le tout, l’OMC pose un verrou pour empêcher toute atteinte aux fameuses subventions agricoles. " Les membres s’engagent à s’abstenir d’utiliser leur pouvoir discrétionnaire dans le cadre du paragraphe 1 de l’Annexe afin d’éviter de procéder a des réductions du soutien interne pour le coton. "

Si ce texte est adopté par la 5e conférence ministérielle de l’OMC, les Africains feront le deuil de l’élimination des subventions et des mécanismes de compensation qu’ils réclament.

Bréhima Touré envoyé spécial de Oxfam

 

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