Eyadéma

Succession ouverte

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 22 septembre 2003, publié sur ufctogo.com

Deux articles de La Lettre du Continent évoquent cette semaine la vie politique togolaise, en l’occurrence la santé de Gnassingbé Eyadéma et ses répercussions constitutionnelles. Le premier s’interroge sur la succession de Gnassingbé Eyadéma et les manœuvres qu’elle occasionne au sein du clan présidentiel (famille et courtisans). Le deuxième article élargit le débat au rapport pouvoir et santé en Afrique.

 

En effet, dans son n°430 paru le 11 septembre, La Lettre du Continent pose la question : « Qui va succéder à Eyadéma ? »

Comme le prévoit la Constitution, c’est le président de l’Assemblée nationale, Fambaré Ouattara Natchaba, qui assure aujourd’hui l’intérim du pouvoir. Déjà très actif, Natchaba, qui a discuté avec les ambassadeurs de France et des Etats-Unis ainsi qu’avec Louis Amega, président du Conseil constitutionnel, a effectué début septembre une visite éclair à Paris. Pour se faire adouber par les autorités françaises ?

Sur place à Lomé, Natchaba a éclipsé le premier ministre Koffi Sama qui est le secrétaire général du RPT (parti au pouvoir) et formé une équipe en attendant la suite du film ? Il fait confiance au ministre de la défense, Assani Tidjani, pour canaliser l’armée, et s’appuie pour les renseignements sur le directeur général de la police, Takou Gnandi, un Kabyé de Pya comme le chef de l’Etat. D’ethnie mango de la région des Savanes (extrême-nord) et de religion musulmane, Natchaba compte par ailleurs renouer avec l’ancien premier ministre, Edem Kodjo, un Ewé du Sud, qui était également de passage début septembre à Paris.

Mais les enfants du président Eyadema n’ont pas dit leur dernier mot. En l’absence d’Ernest Gnassingbé, ex-commandant de la garnison des paras ... "Faure" Gnassingbé, ministre de l’équipement et des mines, s’est mis en pole position pour succéder à son père. Avec son demi-frère "Kpatcha", patron de la Sozaf (Zone franche du Togo ), il contrôle les finances du pays... "

Si certains faits sont avérés, le tort du rédacteur est d’analyser toutes ses manœuvres à la lumière du prisme ethnique, qui est simpliste et réducteur. Il est plutôt question de pouvoir et rapport de force pour se maintenir au pouvoir. Les alliances se font au gré des intérêts et des appétits de pouvoir des uns et des autres. Le Nord n’est pas une entité homogène, encore moins le Sud. Il n’existe pas de société humaine suffisamment homogène pour que les pratiques différentes entre les hommes, les femmes, n’induisent pas des habitudes de pensées et des intérêts différents. Et dans une même entité linguistique, les hommes et les femmes parlent à peine le même langage tant leurs façons de l’utiliser diffèrent.

On le sait, la manipulation ethniciste a constitué l’argument majeur des régimes de parti unique dont les idéologues étaient formés et chaperonnés par des puissances étrangères, surtout la France. Ce type d’argument est décliné autrement dans la bouche de Jacques Chirac, à savoir, « que le multipartisme est une erreur politique , une sorte du luxe que les pays en voie de développement , qui doivent concentrer leurs efforts sur leur expansion économique n’ont pas les moyens de s’offrir » ( Abidjan, février 1990 ).

Peu nous chaut toutes ces agitations du sérail RPT : de toute manière, leurs auteurs sont dans un cul de sac, et la seule voie de sortie est le rétablissement de la souveraineté du peuple.

Mourir sur scène, c’est cette tendance dans le club des chefs d’Etat francophones que la même publication analyse. Elle met surtout en lumière les dérives népotistes et la privatisation de l’Etat par un les familles présidentielles.

« ils ont tous décidé de mourir au pouvoir comme Félix Houphouët-Boigny ! Tous ceux qui doivent passer en 2004 ou 2005 au tourniquet démocratique ont ainsi modifié la Constitution pour garder le pouvoir à vie. Certains présidents sont bien en petite forme physique, comme Gnassingbé Eyadéma, Lansana Conté ou Idriss Déby. Mais ce n’est pas à Paris, qui a fêté pendant quatorze ans le président-monarque François Mitterrand, que l’on va faire circuler les bulletins de santé des présidents africains...Sur cinquante-sept pays, les présidents qui se retirent restent cependant pelliculaires. Le temps africain est plutôt à la monarchie avec la Première dame aux bonnes oeuvres et les enfants aux fourneaux pour aider "Papa" et la dynastie.

Afrique de jour, Afrique de nuit.

Les palais africains vivent dans une douce schizophrénie de mieux en mieux gérée. L’Afrique du jour, c’est le théâtre démocratique à l’occidentale avec petites et grandes assemblées, jacobins et girondins, Cour suprême et Cour des comptes ? L’Afrique de nuit, c’est le chef de village qui commande sans partage, se blinde, favorise son clan et redistribue une partie de la rente (pétrolière, minière, cacaoyère ?) ou l’aide occidentale sur une base ethnique et régionale. La vie africaine se joue en double commande. Malgré ses promesses à Jacques Chirac, Gnassingbé Eyadéma est toujours à Lomé II. Le président Omar Bongo vient de se tailler une Constitution de président à vie qui fait pleurer ses barons à chaudes larmes. Paul Biya, le président de l’ombre qui dirige le Cameroun derrière les tentures du Palais d’Etoudi, ne laissera aucune chance à ses opposants l’année prochaine. Il est déjà virtuellement réélu. Canne d’une main, bible dans l’autre, le "Caméléon" Mathieu Kérékou ne descendra pas non plus de la branche. Nageant dans des piscines d’or noir, les émirs Denis Sassou Nguesso et Teodoro Obiang sont également là - sauf coups d’Etat - ad vitam aeternam.
Des Premières dames très influentes.

Les chefs présidentielle et chef du service de renseignement de la présidence ? »d’Etat n’hésitent plus désormais à mettre en avant leur dame pour des opérations autant de politique intérieure que de visibilité internationale. Edith Lucie Bongo vient ainsi d’être nommée présidente d’honneur de l’Union des femmes du Parti démocratique gabonais (PDG). Au Cameroun, "Synergies africaines", l’association caritative de Chantal Biya, a le statut d’organisation internationale avec accord de siège, exemption fiscale et immunité diplomatique ! Génial. Le Sida Business s’est aujourd’hui substituée au Charity Business. Toutes les premières dames sont au front ? Au Sénégal, Viviane Wade bénéficie parfois, dans le cadre de la coopération décentralisée des Hauts-de-Seine, de plus de fonds que le ministère de la santé. La plus politique des épouses de chefs d’Etat reste Simone Gbagbo, dont le rêve secret est de se présenter elle-même à la magistrature suprême en 2010 ?

Des enfants dans l’ombre de "Papa".

C’est un secret de polichinelle : "Messieurs fils", quand ils ont déjà le pied à l’étrier en tant que ministre comme Faure Gnassingbé, ministre de l’équipement du Togo , Teodorino Obiang, ministre de la forêt en Guinée équatoriale ou Ali Bongo, ministre de la défense au Gabon, ambitionnent de succéder à "Papa". Faute de fils, à Brazzaville, Denis Sassou Nguesso gère avec ses filles (Claudia, épouse Lemboumba et Ninel, épouse Ngouelondele) et ses neveux (Dominique Okemba, Edgar Nguesso ?). Kérékou n’a pas plus résisté que son prédécesseur Soglo au positionnement de ses fils. Mais lui les a placés dans sa propre sécurité ! "Montan" et "Hervé" Kérékou sont respectivement commandant de la garde.

La rédaction UFCTOGO.COM

 

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