Togo

Rupture du dialogue politique

par RFI (France) , le 14 février 2002, publié sur ufctogo.com

 

Plus on s’approche des échéances électorales plus on s’enfonce dans des crises politiques et institutionnelles au Togo . Le calme apparent observé depuis les élections contestées de 1998, n’avait pas réduit pour autant les profondes divergences qui minent les relations entre le pouvoir et son opposition. Malgré l’implication de médiateurs internationaux et des recommandations de la communauté internationale pour des solutions consensuelles, le pouvoir togolais ne joue qu’une partition, celle de son chef. Rupture du dialogue politique Plus on s’approche des échéances électorales plus on s’enfonce dans des crises politiques et institutionnelles au Togo. Le processus électoral est gravement compromis.

Selon un accord signé en 1999, appelé Accord-cadre de Lomé, tous les protagonistes de la crise politique togolaise, ont accepté de ! jouer à un jeu aux règles communément définies. Au terme des négociations, une Commission électorale nationale indépendante avait été installée, dont la mission, naturellement était d’organiser des élections. Cette Ceni, forte de vingt membres, dix de l’opposition et dix de la mouvance présidentielle, s’est avant tout dotée d’un code électoral paraphé par toutes les parties. Mais elle n’a jamais pu organiser les élections législatives dites anticipées, qui ont été repoussées deux fois avant que la date du 10 mars 2002 ne soit arrêtée. Mais la dernière visite des "facilitateurs" européens a révélé que les points de vue des uns et des autres étaient diamétralement opposés. La polémique née en leur sein au sujet des responsabilités sur le piétinement de leur mission, envenime les relations et entraîne le durcissement des positions.

Les 62 députés de l’Assemblée nationale, tous de la mouvance présidentielle, en prononçant la dissolution et la réorganisation de la Ceni, rendent de fait caducs, certains chapitres de l’Accord-cadre de Lomé. Sur proposition du gouvernement togolais, l’Assemblée nationale a procédé à un réaménagement de la loi électorale. Les textes adoptés en collaboration avec l’opposition ont été modifiés "pour permettre d’alléger le fonctionnement des institutions chargées d’organiser les élections". Les députés ont apporté d’importantes modifications dans les textes. Les candidats à l’élection présidentielle par exemple, doivent avoir résidé, au moins douze mois consécutifs avant le scrutin, sur le territoire national. Une notion de nationalité exclusive a également été introduite. Le mode d’élection des députés a été aussi modifié : le scrutin uninominal à deux tours a été abandonné pour un scrutin à un tour. Mais toutes ces modifications écrites et adoptées à pas de charge, ne garantissent pas la tenue effective des élections législatives le 10 mars 2002.

Les cinq principaux partis de l’opposition, tenus à l’écart des nouvelles dispositions, ont appelé les populations togolaises "à se tenir prêtes pour faire échec au présent coup de force". Le climat reste tendu dans les milieux politiques à Lomé, pendant que Yaovi Agboyibo, le président du Comité d’action pour le renouveau, le Car, est toujours en détention. Les partis politiques de l’opposition travaillent actuellement à l’élaboration d’une plate-forme politique, afin de tirer profit des réserves de la communauté internationale, sur le déroulement des opérations électorales. Le 8 février, l’Union européenne a décidé de "suspendre momentanément son appui financier au processus d’organisation des prochaines élections au Togo". Dès le lendemain, les Etats-Unis et l’Allemagne ont exprimé également leurs réserves sur "toute modification apportée de manière unilatérale aux aspects fondamentaux de l’Accord-cadre de 1999 à Lomé". Il est donc apparu important pour le régime togolais de contre-balancer ces différentes positions en s’assurant un autre regard bienveillant, qui prendrait la forme d’une caution.

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Koffi Panou (Afrique matin, 14/02/02) est allé le chercher, le 11 février, auprès du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, qui s’est dit prêt à soutenir le processus électoral et de démocratisation au Togo. Mais ce langage diplomatique a rapidement été nuancé par les services onusiens, qui ont rappelé qu’ils avaient déjà dépêché, en 2000, une mission spéciale à Lomé et qui avait, en son temps, fait remarquer des incohérences et des irrégularités dans le mécanisme des élections au Togo. Le secrétaitre général de l’ONU a d’ailleurs du préciser plus tard que "la modification unilatérale du code électoral par le gouvernement n’est pas de nature à apaiser un climat déjà tendu".

La France, par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, François Rivasseau (Afrique matin, 14/02/02), a également exprimé ses regrets face à l’attitude adoptée par le régime "qui met en péril le dialogue intertogolais".

"Les attaques graves" contre la démocratie, menées par le pouvoir togolais ont été fustigées par l’Union des journalistes de l’Afrique de l’Ouest, basée à Dakar, qui condammne l’interdiction d’émettre infligée à la radio privée Victoire depuis le 7 février. Il a quelques mois, certaines émissions de cette radio avaient déjà été suspendues, jugées trop critiques à l’égard du puvoir.

Le processus électoral au Togo est dans une impasse. Une partie de l’opposition qui ne croit plus aux capacités des "facilitateurs" d’aboutir à des résultats probants, dont le Comité togolais pour la résistance (CTR), réclame aujourd’hui une implication plus forte et une prise en charge totale du processus électoral, par l’ONU. Cette même opposition demande à l’Union européenne d’adopter des sanctions ciblées contre les dirigeants togolais, comme celles appliquées à Charles Taylor, le président libérien : avoirs en Europe gelés, interdiction de voyager, même aux proches.

La menace de nouvelles sanctions est prise très au sérieux à Lomé, c’est pourquoi des manifestations de soutien des populations ont été organisées, le 9 février, en faveur du gouvernement. Les participants ont clôturé leur marche par un communiqué lu devant le Premier ministre Agbéyomè Kodjo et le président de l’Assemblée nationale, Fambaré Natchaba, dans lequel ils félicitent les députés pour les modifications apportées au code électoral.

L’opposition dénonce quant à elle des méthodes "machiavéliques" qui consistent à acculer l’adversaire, l’empêchant de s’exprimer, avant de le disqualifier. A ses yeux, les conditions normales pour une participation effective aux prochains scrutins ne sont pas réunies.

Didier SAMSON - RFI

 

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