Démocratie

Retour inquiétant du pouvoir kaki

par L'Observateur Paalga (Burkina) , le 9 octobre 2003, publié sur ufctogo.com

A l’évidence, il y a bel et bien un retour inquiétant du kaki ou plutôt la perpétuation d’une tradition que l’on croyait révolue, les militaires n’ayant, en vérité, jamais quitté les palais présidentiels ; tout juste le costume cravate a-t-il remplacé la tenue bariolée.

 

Ainsi donc, les Burkinabè se sont réveillés le 7 octobre dernier pour apprendre avec stupeur qu’un coup d’Etat a été enrayé dans sa phase embryonnaire.

En effet, il n’y a pas eu le staccato des armes automatiques, d’où le scepticisme d’une partie de l’opinion sur sa réalité, mais cette tentative présumée de putsch repose avec une résonance actuelle la problématique du pouvoir militaire en Afrique.Depuis le fameux sommet France-Afrique de la Baule en juin 1990 où François Mitterrand avait édicté l’impératif presque catégorique du « pas de démocratie pas d’aide » , certains s’étaient mis à rêver d’un continent dirigé par des pouvoirs issus des urnes, les coups d’Etat étant ipso facto déclarés hors-la-loi. Durant la décennie qui suivit cette bourrasque de la Baule, les Africains ont bien essayé d’installer de fragiles édifices démocratiques à coups de conférences nationales réussies ou avortées et d’élections en trompe-l’oeil.

Les Africains eux-mêmes avaient bon gré mal gré entonné ce qui s’apparentait à une antienne, et lors du Sommet de l’OUA à Alger en juillet 1999, il a été décidé que tout président issu d’un putsch serait « boudé » par ses pairs et ne pourrait participer à aucun raoût de ses homologues.Avec cette constante quasi omniprésente, qu’ils soient ou non bien élus, ce sont des militaires qui, hier comme de nos jours, sont à la tête de la plupart des Etats africains subsahariens ou maghrébins. Et le scénario pour conserver le pouvoir ad vitam aeternam est immuable : un officier, généralement le chef d’état-major ou le patron de la garde présidentielle, s’empare du pouvoir et, dans la foulée, annonce qu’il le gardera pour une période donnée avant le retour à une vie constitutionnelle normale, à laquelle lui ne prendra pas part.Amadou Toumani Touré (ATT) chassera de ce fait Moussa Traoré en mars 1991 et s’installera pour quelques temps, avant de s’en aller... pour revenir en 2002 par les urnes.Le 27 janvier 1996, au Niger, le général Ibrahim Baré Maïnassara (IBM) mettra un terme à un ridicule bras-de-fer au niveau de l’exécutif, le président et le premier ministre se livrant à l’époque à une guéguerre de prérogatives. IBM lui-même sera assassiné le 9 avril 1999 par le chef de sa garde rapprochée, le commandant Daouda Malam Wanké, qui restera président durant quelque temps, avant d’organiser un scrutin qui portera Mamadou Tandja, militaire lui aussi, au pouvoir.

La mort d’IBM avait été qualifiée « d’accident » à l’époque par les nouvelles autorités nigériennes : « c’était l’accident ou la Sierra Leone », avait d’ailleurs martelé l’ex-Premier ministre Ibrahim Mayaki.Le 24 décembre 1999, le général papa Noël Robert Guéi décidait avec les « jeunes gens » qu’Henri Konan Bédié n’était plus président de la Côte d’ivoire.Le 19 septembre 2002, des « kodos » mutins, transfigurés plus tard en rebelles, tenteront de déloger Laurent Gbagbo de la présidence ivoirienne.L’année 2003 aura aussi son lot de coups de force. En Centrafrique, le 15 mars 2003, Ange Félix Patassé est « lâché par Dieu » sous les coups de boutoir de son ancien chef d’état-major entré en rébellion, le général François Bozizé ; alors que quelque 100 jours plus tard, à des milliers de kilomètres de là sur les côtés gabonaises (Golf de Guinée), le commandant Fernando Pereira renversera Menezes Fradique (le 16 juillet 2003) alors en voyage au Nigeria. Certes, le président destitué retrouvera son fauteuil grâce au Nigeria, mais il y a bien eu putsch. Kumba Yala, président de la Guinée-Bissau, élu le 16 janvier 2000, perdait le pouvoir le 14 septembre par la volonté des militaires.

A l’évidence, il y a bel et bien un retour inquiétant du kaki ou plutôt la perpétuation d’une tradition que l’on croyait révolue, les militaires n’ayant, en vérité, jamais quitté les palais présidentiels ; tout juste le costume cravate a-t-il remplacé la tenue bariolée.

Aujourd’hui, c’est au Burkina que l’on parle de coup d’Etat tué dans l’oeuf. Si des interrogations subsistent à ce sujet, il ne faut surtout pas croire que ça n’arrive plus qu’aux autres, le tout étant de ne pas créer les conditions de la survenue des putschs.Si l’on n’y prend garde, de nombreux édifices institutionnels de la sous-région risquent d’être ébranlés sous la poussée du domino bissau-guinéen (le dernier en date qui a réussi). Ce come-back en force a-t-il une explication ? Si certains imputent le phénomène aux démocraties étouffantes « qu’il est préférable d’arrêter », d’autres estiment qu’un putsch est bien souvent la résultante d’appétits revanchards sur fond de politique du ventre plutôt qu’une volonté d’apporter plus de démocratie et d’améliorer le quotidien de ses compatriotes. A moins que ce ne soit une survivance de la période foccartienne où l’on soudoyait des reîtres locaux pour faire partir des régimes gênants pour certains intérêts français.

L’Observateur Paalga (Ouagadougou)

 

© Copyright L'Observateur Paalga (Burkina) - Visiter le site

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
lundi
24 avril 2017
Lomé 27°C (à 07h)