Togo

Reprise des violences dans la nuit de jeudi à vendredi à Lomé

par AFP , le 29 avril 2005, publié sur ufctogo.com

 

Après quelques heures d’accalmie, les violences ont repris dans la nuit de jeudi à vendredi à Lomé, avec notamment l’incendie de l’Institut Goethe, centre culturel allemand, trois jours après l’annonce de la victoire de Faure Gnassingbé à la présidentielle togolaise du 24 avril, qui a provoqué des émeutes et fait fuir au Bénin voisin plus de 3.000 Togolais.

Des voisins de l’Institut Goethe, ainsi que l’un des gardiens, ont affirmé que l’incendie avait été allumé par des hommes en armes qui ont d’abord tiré sur le bâtiment avant de pénétrer dans les locaux.

L’un des gardiens a indiqué que "ces hommes étaient en civil et cagoulés, mais je pense qu’il s’agissait de militaires". Selon un autre témoin, les assaillants étaient "armés de fusils d’assaut et de grenades". Aux environs de 02h15 locales et GMT vendredi matin, le centre culturel allemand dans la capitale togolaise brûlait encore et des impact de balles étaient visibles sur certaines fenêtres de cet établissement.

Depuis plusieurs jours, l’ambassade d’Allemagne est la cible des attaques du gouvernement, notamment du ministre togolais de l’Intérieur, qui l’accuse de soutenir l’opposition. L’ancien ministre de l’Intérieur, François Esso Boko, qui avait dénoncé le processus électoral samedi, est actuellement réfugié à l’ambassade d’Allemagne à Lomé. Par ailleurs, la résidence de l’un des principaux dirigeant de l’opposition togolaise, Jean-Pierre Fabre, a été encerclée par un important dispositif militaire dans la nuit de jeudi à vendredi.

Plusieurs véhicules tout terrain et des militaires en armes, étaient déployés autour de la résidence privée du secrétaire général de l’Union des forces de changement (UFC, opposition), le principal parti de l’opposition et les militaires présents ont déconseillé aux journalistes, sans explication, de s’approcher de cette villa située dans le quartier de Kodjoviakopé, à l’ouest de la capitale togolaise Lomé.

Ces violences et tensions interviennent après une journée d’accalmie où activités avaient repris timidement dans la capitale togolaise, débarrassée dans la nuit précédente de ses barricades par les bulldozers de l’armée. Tous les grands axes avaient été dégagés, dans le centre-ville, dans l’ouest, mais également les quartiers sud de Bé et Dékon, traditionnellement favorables à l’opposition et épicentres des violences. La situation restait néanmoins tendue dans cette partie sud de la capitale, quadrillée par les forces de l’ordre.

Des émeutiers pouvaient être encore aperçus dans certaines ruelles, lançant encore quelques projectiles. La France, accusée par l’opposition de cautionner la victoire contestée de Faure Gnassingbé, a affirmé jeudi ne pas vouloir s’ingérer dans les affaires du Togo où ces violences ont fait au moins 22 morts depuis mardi et qui ont touché aussi le reste du pays, avec 8 morts enregistrés Aneho, à l’ouest de Lomé. L’ancien secrétaire d’Etat français à l’Intégration Kofi Yamgnane, de nationalité française et togolaise, a, quant à lui, fait état d’une "centaine de tués", une "estimation" fondée sur des informations communiquées par "des correspondants".

"Dans ce scrutin (présidentiel), ni pendant, ni avant, ni après et, pour l’avenir, il n’y aura pas d’ingérence de la France dans les affaires du Togo", a assuré jeudi sur une chaîne de télévision française le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier. Des biens de ressortissants français ont été pillés depuis mardi, la France étant accusé par l’opposition d’avoir voulu maintenir son contrôle sur son ancienne colonie en soutenant le fils du président Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février. Toutefois, aucun ressortissant français n’a été agressé physiquement à Lomé, a indiqué Claire Durand, élue de l’Union des Français de l’étranger au Togo. Seule "une épouse de militaire a été menacée par un couteau quand les pilleurs sont rentrés chez elle", a-t-elle indiqué. "Nos services localement et l’ambassade sont totalement mobilisés pour accompagner les Français et pour les protéger", a déclaré M. Barnier.

A la suite de l’annonce de la victoire de Faure Gnassingbé avec 60,22% des suffrages, le candidat de l’opposition Emmanuel Akitani Bob (38,19%) s’est autoproclamé mercredi président. Cette déclaration a été qualifiée le soir-même de "fantaisiste" par le chef de l’Etat par intérim Abass Bonfoh. Celui-ci a ordonné aux forces de sécurité "d’interpeller toute personne qui se mettra en travers de l’Etat de droit, de la loi républicaine (...)". La ville d’Aného, située à moins de cinq kilomètres de la frontière béninoise, a été le théâtre mardi et mercredi de violents affrontements entre forces de l’ordre et manifestants qui ont saccagé le commissariat central et un hôtel.

Au moins huit personnes ont été tuées dans ces violences, selon des témoins. Dans la région d’Aného, des centaines de Togolais continuaient jeudi matin à se réfugier au Bénin voisin. De nombreuses familles, en majorité des femmes et des enfants, baluchons sur la tête et sacs à bout de bras, traversent en pirogues la lagune qui borde l’Océan atlantique et marque à cet endroit la frontière occidentale du Togo avec le Bénin. Plus de 3.000 Togolais ont ainsi passé la frontière. Près de 600 ont été installés dans un camp à Comé, près du poste frontière d’Hilacondji, alors que les autres étaient hébergés par des proches ou des familles d’accueil.

 

© Copyright AFP - Visiter le site

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
mardi
22 août 2017
Lomé 23°C (à 03h)