Togo

Répression militaire aveugle

par L'Humanité (France) , le 28 avril 2005, publié sur ufctogo.com

 

Un bilan précis des victimes reste impossible à faire. Mais, depuis l’annonce la veille des résultats de l’élection présidentielle fortement entachée de fraudes, qui a donné une large victoire à Faure Gnassingbé, le candidat du pouvoir, le soulèvement de la jeunesse a été violemment réprimé par l’ensemble des forces armées. Bastonnades, tirs de gaz lacrymogènes, tirs à balles réelles, tout a été utilisé contre des manifestants armés de gourdins et de machettes. Rien qu’à l’hôpital de Tokoin, on dénombrait mercredi matin au moins 5 décès et environ 95 blessés, la plupart par balle, dont six entre la vie et la mort. Débordé, le personnel hospitalier a travaillé toute la nuit et s’inquiète de ne pouvoir faire face si la situation perdure.

retour au calme

Pourtant, en cette matinée, les victimes continuent d’arriver. Un jeune homme, les os rompus par une violente bastonnade, est extrait en hurlant d’une voiture privée. En pleurs, sa mère explique qu’il était assis devant sa maison quand les militaires ont débarqué pour poursuivre les jeunes. Et ils ont tapé dans le tas.

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Photo copyright AP / Ben Curtis

Car la répression vise tout le monde. Dans le quartier de Tokoin Gbadogo, une mère de famille raconte avoir subi mardi, de 14 heures à minuit, les attaques répétées de groupes de militaires accompagnés de miliciens armés, cagoulés, et revêtus d’un T-shirt à l’effigie de Faure. La petite boutique que tenait une des femmes de la maison a été entièrement vidée, les portes ont été défoncées, les meubles renversés, la moto du propriétaire brûlée. Une vieille femme a été battue, une autre montre son bras enflé par les hématomes et un gamin de dix-neuf ans a l’oeil en sang après les coups. Un scénario qui a eu lieu dans la plupart des maisons alentour. Pourtant, la mère de famille s’était opposée aux manifestants, qui ont coupé l’arbre devant sa porte pour en faire un barrage. « Mais les jeunes aussi veulent nous taper », murmure-t-elle impuissante.

La violence a produit son effet. En dehors de quelques bastions, la situation est redevenue calme à Lomé. Le centre a des allures de ville morte, et au-delà, la vie reprend au ralenti, au milieu des carcasses brûlées et des restes de barrages calcinés. Sur le bord des routes principales, nombreux sont ceux qui cherchent à fuir, un ballot sur la tête, vers le Ghana ou le Bénin voisins. Les quartiers encore tenus par les jeunes sont encerclés de militaires qui contrôlent entrées et sorties et le manque de vivres commence à se faire sentir.

« on va résister »

Nul ne sait de quoi demain sera fait, dans une situation d’affrontement politique de plus en plus tendue. Hier, Bob Akitani, candidat de l’opposition, s’est proclamé à son tour président de la République. « Sur la base des résultats qui nous sont parvenus », explique Akitani, « nous n’avons pas perdu cette élection présidentielle ».

Peu avant cette déclaration, le ministre de l’Intérieur, également ministre de la Justice, avait tenu un langage très martial, accusant ses adversaires de ne pas faire de la politique mais « du vandalisme ». Tout en évoquant une conspiration entre les dirigeants de l’opposition et l’ambassade d’Allemagne, le ministre a assuré qu’il « tiendrait ces derniers responsables » de la situation. Réponse de Jean-Pierre Fabre, numéro deux de l’Union des forces pour le changement, principal parti de la coalition de l’opposition, qui recevait hier la presse : « On va résister. Vous allez voir les grandes manifestations qu’on va organiser ».

Camille Bauer

 

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