Liberté de la presse

Reporters Sans Frontières : Togo - Rapport annuel 2004

par Reporters Sans Frontières (RSF) , le 5 mai 2004, publié sur ufctogo.com

Togo : période de Janvier à décembre 2003

Le président Gnassingbé Eyadéma et son gouvernement continuent de s’en prendre à la presse indépendante ou d’opposition. Deux journalistes ont été victimes de mauvais traitements lors de leur détention. La presse publique est toujours strictement encadrée par le pouvoir.

 

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Réélu en juin 2003, dès le premier tour avec 57 % des voix, le doyen des chefs d’Etat africains, Gnassingbé Eyadéma, a toujours des relations difficiles avec la presse de son pays. Il n’hésite pas à convoquer à la présidence, pour les sermonner, des journalistes qui, quant à eux, n’hésitent pas à publier des informations particulièrement virulentes envers sa famille, quitte parfois à prendre certaines libertés avec l’éthique et la déontologie professionnelles.
Au cours de la campagne électorale de mai, les médias publics togolais ont largement favorisé le chef de l’Etat, offrant la majeure partie du temps d’antenne au parti au pouvoir et amputant certains messages de l’opposition.

Les autorités continuent par ailleurs de dénoncer régulièrement les agissements des organisations internationales de défense des droits de l’homme. En avril, le ministre de la Communication, Pitang Tchalla, a réfuté les accusations d’Amnesty International qui dénonçait, dans un rapport, l’attitude des autorités à l’égard de la presse indépendante. Le ministre a déclaré : "Amnesty International devrait (...) se constituer en toute légalité en parti politique enregistré. Ainsi les Togolais, tout comme l’opinion internationale déjà lassée par ces montages, sauront qu’il faudra désormais compter avec le parti politique d’Amnesty International au Togo". Quelques semaines auparavant, le ministre avait fait des remarques similaires à Reporters sans frontières.

Seul point positif de l’année, les émissions de Radio France Internationale (RFI) en modulation de fréquence ont repris en février, après plus de cinq mois d’interruption. La station avait été brouillée sans raison officielle, en septembre 2002, alors qu’elle s’apprêtait à diffuser une interview d’un ancien Premier ministre, passé dans l’opposition.

Trois journalistes incarcérés

Le 14 juin 2003, Dimas Dzikodo, rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’Evénement, est interpellé par la police dans un cybercafé alors qu’il scanne et archive des photos de personnes avec des traces de coups. Colombo Kpakpabia, journaliste au Nouvel Echo, est également arrêté dans le même cybercafé alors qu’il envoie des photos similaires à un site d’informations basé à l’étranger. Le lendemain, Philip Evégnon, directeur de publication de L’Evénement, accusé d’avoir commandé ce travail à son rédacteur en chef, est également appréhendé.

Les trois journalistes sont détenus pendant dix jours dans les locaux de la police nationale à Lomé. Dimas Dzikodo et Colombo Kpakpabia sont brutalisés au cours d’interrogatoires musclés. La police les accuse de publication de fausses nouvelles, pour avoir diffusé sur Internet des photos d’accidentés de la route présentés comme des victimes de la répression policière. Le 24 juin, ils sont inculpés par le procureur de la République pour "diffusion de fausses nouvelles et troubles à l’ordre public", et transférés à la prison civile de Lomé. Le 22 juillet, le tribunal correctionnel de Lomé relaxe Philip Evégnon et Colombo Kpakpabia, mais condamne Dimas Dzikodo à une amende de 500 000 francs CFA (environ 760 euros) pour "tentative de publication de fausses nouvelles". Les deux premiers sont libérés dans la matinée du 23 juillet, le troisième le 24 au matin, après avoir payé son amende. Après sa libération, Dimas Dzikodo continue d’être l’objet de pressions et d’intimidations. En septembre, il est menacé de mort au téléphone à plusieurs reprises. Ses proches lui conseillent de limiter ses sorties.

Deux journalistes ont été libérés en 2003

Le 8 février 2003, Julien Ayi, directeur de publication du Nouvel Echo, est libéré après avoir purgé une peine de six mois de prison. Le journaliste avait été condamné, le 13 septembre 2002, à quatre mois d’emprisonnement pour "atteinte à l’honneur" du chef de l’Etat togolais. En décembre, la cour d’appel avait porté sa peine à six mois. Le Nouvel Echo avait publié un article citant le magazine américain Forbes qui "venait d’évaluer la fortune du président Eyadéma à 4,5 milliards de dollars". L’article attribuait par ailleurs au chef de l’Etat divers trafics de devises. Quelques jours plus tard, Forbes avait démenti avoir cité le nom du président togolais dans l’un de ses articles.

Sylvestre Djahlin Nicoué, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Courrier du citoyen, est libéré le 7 mai, après plus de quatre mois de détention à la prison civile de Lomé, sans avoir été jugé. Le 26 décembre 2002, le directeur de publication avait été arrêté et placé en garde à vue pour "incitation des citoyens à s’armer contre l’autorité de l’Etat". Le jour même, Le Courrier du citoyen avait publié un éditorial intitulé "Empêcher Eyadéma de gouverner". L’hebdomadaire lançait un "coup de gueule afin de faire comprendre à ceux-là qui tyrannisent notre peuple que la fronde sera du tonnerre en 2003 si rien n’est fait pour ouvrir les vannes des libertés et entamer une avancée franche, claire et palpable vers l’alternance". Le journal ajoutait : "Tout doit être envisagé pour que ce cycle dégoûtant et douloureux pour nos populations ne se poursuive pas après juin 2003. Même s’il faut aller jusqu’au sacrifice suprême, au préjudice suprême."

Trois journalistes interpellés

Le 14 juillet 2003, Lucien Djossou Messan, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Le Combat du peuple, est brièvement interpellé à Lomé. Le directeur de la police nationale a porté plainte contre lui pour "diffamation", suite à la publication, le jour même, d’un article dans lequel il affirmait que ses confrères incarcérés (Dimas Dzikodo, Philip Evégnon et Colombo Kpakpabia) avaient été torturés lors de leur détention au quartier général de la police.

Dans la nuit du 17 au 18 août, Carlos Kétohou, directeur de publication de l’hebdomadaire Motion d’information, et Séba, distributeur du journal, sont interpellés par des hommes armés en civil prétendant être des gendarmes en mission. Ils sont interrogés sur un article portant sur l’état de santé d’un des fils du président Eyadéma. Dix jours plus tard, Carlos Kétohou est à nouveau interpellé, en compagnie de son rédacteur en chef, après avoir publié un nouvel article affirmant que Tchitchidè Gnassingbé, fille du chef de l’Etat, était morte dans un accident de la circulation. Ils sont entendus pendant quelques heures avant d’être relâchés. Le 1er septembre, le journal reconnaît avoir publié une information erronée.

Pressions et entraves

Le 15 mars 2003, la radio privée Tropik FM, fermée depuis le 28 février, reprend ses émissions, sur autorisation de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). Le président de la HAAC demande cependant à la station de "prendre des dispositions pour éviter à l’avenir les dérapages qui ont motivé cette sanction". La direction de la radio modifie l’émission incriminée, "Forum civique et politique", qui donnait la parole à l’opposition. Albert Biki Tchékin, directeur de Tropik FM, regrette cette décision : "Cela s’apparente à une censure, mais nous allons voir comment la remodeler pour toujours permettre aux gens d’exprimer leurs opinions." Tropik FM avait été accusée par le président de la République de permettre à l’opposition d’insulter le régime. Albert Biki Tchékin avait été convoqué à Lomé 2 (résidence du chef de l’Etat) pour être interrogé et sermonné.

Le 26 mars, l’attaché de presse du ministère de la Communication notifie à tous les correspondants de la presse étrangère (dont RFI, AFP, Reuters, BBC) que le ministre leur interdit d’exercer "jusqu’à nouvel ordre". Les autorités reprochent aux journalistes de ne pas avoir couvert, à l’exception d’Africa N°1, un forum sur les élections en Afrique qui s’est ouvert le 24 mars à Lomé. Les correspondants de la presse étrangère, qui n’ont pas trouvé de sujets intéressants à traiter lors de l’ouverture de ce forum, affirment attendre la clôture de cette conférence et l’adoption d’éventuelles résolutions. Quelques jours plus tard, le ministre de la Communication annonce aux journalistes qu’aucune interdiction n’est maintenue contre eux.

Fin mai, le ministère de la Communication refuse d’accorder une accréditation à René-Jacques Lique, directeur de publication de la revue Afrique Express, pour couvrir l’élection présidentielle du 1er juin, sous prétexte que sa demande est parvenue trop tard.

Le rapport 2004 complet est disponible à l’adresse suivante :
http://www.rsf.fr/rubrique.php3?id_rubrique=409

 

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