Presse

Reporters Sans Frontières : Togo - Rapport annuel 2002

par Reporters Sans Frontières (RSF) , le 3 mai 2002, publié sur ufctogo.com

Des professionnels des médias arrêtés, des exemplaires de journaux saisis ou détruits... la presse indépendante togolaise subit toujours les foudres du général-président. Un journaliste a passé plus de cinq mois en prison.

 

Les autorités togolaises sont extrêmement sensibles à la critique des journaux locaux, à commencer par le chef de l’Etat. Au 1er janvier 2002, le général Gnassingbé Eyadéma fait partie de la liste des prédateurs de la liberté de la presse dans le monde, établie par Reporters sans frontières.

De nombreux professionnels de la presse ont été victimes de la répression du doyen des présidents du continent africain. En 2001 encore, quatre professionnels de la presse ont été incarcérés. L’un d’eux a passé plus de cinq mois dans la prison civile de Lomé.

Comme chaque année, des milliers d’exemplaires de journaux privés ont été saisis et confisqués ou détruits par la police. Ces mesures sont désormais facilitées par l’adoption d’un nouveau Code de la presse permettant au ministre de l’Intérieur et de la Sécurité "d’ordonner la saisie par arrêté des exemplaires de toute publication dont le contenu constitue un délit de presse".

L’existence même de certains titres est menacée par ces saisies répétées à tel point qu’en avril, l’Union des journalistes indépendants du Togo (UJIT) demande à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) de "jouer pleinement son rôle" de garant de la liberté d’expression.

Dans le même temps, l’Association togolaise des éditeurs de la presse privée (ATEPP) appelle ses membres "à plus de responsabilité" et à "faire preuve de rigueur dans la collecte, la vérification, le traitement et la publication des informations".

Quatre journalistes incarcérés

Le 23 mai 2001, Lucien Messan, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire privé Le Combat du Peuple, se présente à la gendarmerie de Lomé, suite à une convocation. On lui signifie alors qu’une plainte a été déposée contre lui pour "faux et usage de faux" par le ministre de l’Intérieur. Le journaliste est immédiatement transféré à la prison civile de Lomé. En fait, on lui reproche d’avoir apposé sa signature au bas d’un communiqué de l’ATEPP alors qu’il n’en est pas le directeur de publication. C’est son fils, Messan S. Junior, qui est directeur du Combat du Peuple et donc habilité à signer les documents de l’ATEPP. Ce communiqué dénonçait les affirmations du Premier ministre togolais selon lesquelles "les directeurs de publication ont été unanimes pour affirmer qu’il n’y a jamais eu des centaines de morts au Togo". L’ATEPP accusait le gouvernement de "chercher à se servir de la presse privée". Le 5 juin, Lucien Messan est condamné à dix-huit mois de prison dont six avec sursis pour "faux et usage de faux" par le tribunal de première instance de Lomé. Dans la soirée du 28 octobre, le journaliste est gracié par le chef de l’Etat. A sa sortie, il reprend son travail et affirme que la "prison n’a rien changé". Il dénonce également ses conditions de détention : "Nous étions 1 200 prisonniers dans une cour de 60 mètres sur 60. Si vous n’avez pas d’argent, vous crevez. C’était affreux. Je n’ai pas pu recevoir de visite pendant plus d’un mois."

Le 13 octobre, Alphonse Klu, directeur de publication du Nouvel Echo, se présente dans les locaux du ministère de l’Intérieur, suite à une convocation. Il est immédiatement placé en garde à vue à la gendarmerie de Lomé. La police exige qu’il divulgue ses sources sur un article affirmant qu’un baron du pouvoir dissimulerait "plusieurs milliards" de francs CFA dans son sous-sol. Le 30 octobre, il est libéré et autorisé à "comparaître librement" lors de son procès pour "diffusion de fausses nouvelles".

Le 29 octobre, Abdoul-Ganiou Bawa et Rigobert Bassadou, respectivement directeur de publication et rédacteur en chef de l’hebdomadaire privé Echos d’Afrique, sont incarcérés à la prison civile de Lomé. Ils sont accusés d’"atteinte à l’honneur" et de "publication de fausses nouvelles". Le journal a publié, le 26 septembre, un article intitulé "Escroquerie à Dankpen : le préfet détourne 1 130 000 francs CFA". Selon Echos d’Afrique, le préfet de cette localité aurait bénéficié de pots-de-vin sur la vente de bois de teck destiné à la réhabilitation d’un pont. L’hebdomadaire invitait la commission anticorruption à enquêter sur cette affaire. Rigobert Bassadou est libéré le 30 octobre et Abdoul-Gania Bawa le 2 novembre, après le retrait de la plainte du préfet.

Pressions et entraves

Le 27 mars 2001, des policiers saisissent un nombre indéterminé d’exemplaires de l’hebdomadaire Le Regard auprès de vendeurs à la criée, à Lomé. La direction du journal déclare n’avoir récupéré aucun des 3 500 exemplaires mis sur le marché. Le général Sizing Walla, qui a ordonné la saisie, reprocherait au journal la publication d’un article intitulé "Lomé refuse l’appui financier de l’Union européenne pour les législatives" d’octobre 2001. Selon Le Regard, le gouvernement cherche à "éviter les contrôles de l’Union européenne qui ne serait plus prête à financer des élections qui tourneront au hold-up". Le général Sizing Walla aurait affirmé que "le journal doit apporter la preuve" des informations contenues dans cet article.

Le 18 juin, La Dépêche, bimensuel proche du pouvoir, publie un éditorial intitulé "Devons-nous avoir peur de nos juges ?". L’article porte un regard critique sur la manière dont s’est déroulé le procès de Lucien Messan et provoque la colère du parquet qui porte plainte contre Apollinaire Mewenemesse, le directeur de publication. Alors que ce dernier se cache, La Dépêche présente ses excuses au chef de l’Etat et à l’ensemble de la magistrature.

Le 2 juillet, le ministre de l’Intérieur ordonne la saisie de tous les exemplaires du Combat du Peuple. Une trentaine d’hommes armés, dont certains en civil, font irruption dans les locaux de l’imprimerie. Les hommes emportent les exemplaires déjà imprimés et les plaques d’impression. Le ministre de l’Intérieur explique que le journal était sur le point de publier des "textes de nature à troubler l’ordre public".

Le Combat du Peuple affirmait, dans ses colonnes, que les autorités avaient fait délibérément emprisonner quelqu’un pour qu’il assassine l’ancien ministre des Droits de l’homme, incarcéré depuis mai 2001.

En octobre, la rédaction de l’hebdomadaire privé Motion d’information s’inquiète de recevoir des appels téléphoniques de personnes affirmant être des agents du ministère de l’Intérieur ou des renseignements généraux, et demandant au directeur de la publication de se présenter dans les bureaux du ministère. "Quelque chose est en train de se préparer contre notre journal", affirme Folivi Ayika, le directeur de Motion d’information, dans un courrier adressé à Reporters sans frontières. La semaine suivante, tous les exemplaires de l’édition du 29 octobre sont saisis. Le journal publiait, en une, les récentes révélations de la commission anticorruption qui impliquent le régime du président Gnassingbé Eyadéma dans des malversations de plus d’un milliard de francs CFA (soit plus d’un million et demi d’euros). Un arrêté du ministère de l’Intérieur ordonnant la saisie est envoyé à la rédaction le 4 novembre, sans qu’aucun motif ne soit mentionné.

Le 29 novembre, la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) met en demeure la radio privée Victoire de cesser de diffuser les deux émissions "Revue de Presse" et "Vice-Versa" jusqu’à nouvel ordre. La HAAC justifie cette décision par le fait que "ces émissions controversées conduisent leurs animateurs à des commentaires passionnés, diffamatoires, discréditant les autorités constitutionnelles et administratives" du Togo. La veille, le Premier ministre avait exprimé sa désapprobation à un représentant de la station, à propos d’un journal d’informations qui relatait la visite du président Gnassingbé Eyadema en France, ses relations avec le président Jacques Chirac et la situation des droits de l’homme au Togo.

Le 4 décembre, environ 4 000 exemplaires de l’hebdomadaire Le Regard sont saisis au fur et à mesure de leur apparition dans les kiosques de la capitale. Le ministre de l’Intérieur, à l’origine de cette décision, explique que ce journal qualifiait l’armée nationale de "putschiste". Le Regard publiait le jour même le témoignage d’un sous-officier de la garde de l’ancien Premier Ministre, Joseph Kokou Koffigoh, qui faisait état d’une attaque de la Primature, en 1991, par des militaires de l’armée régulière.

Le 7 décembre au matin, une quinzaine de policiers en civil investissent le Centre de presse de Lomé. Les forces de l’ordre sont à la recherche d’Augustin Amégah, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Reporter des temps nouveaux, journal proche de l’opposition. Aucun motif n’est fourni. La police procède à une vérification d’identité, empêchant les journalistes présents de sortir du Centre de presse pendant deux heures.

 

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