Stupéfiants

Razzia sur la coke

par Le Figaro (France) , le 22 octobre 2005, publié sur ufctogo.com

Commentaire de la rédaction UFCTOGOCOM : Une des plus grosses affaires internationales de blanchiment de l’argent de la drogue a été ouverte il y a deux ans, sur commission rogatoire du juge Roger Le Loire du tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis, France). Au coeur du dispositif : le Togo de la dynastie des Gnassingbé... Bonne lecture.

 

Le trafic de cocaïne vers l’Europe explose. Et pas seulement au Pays basque où l’argent de la mafia calabraise transite sur des comptes pour acheter la poudre colombienne...

C’est l’une des plus grosses affaires internationales de blanchiment de l’argent de la drogue. Ouverte il y a deux ans, sur commission rogatoire du juge Roger Le Loire du tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), l’enquête des policiers français de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) et de l’Office pour la répression de la criminalité et de la grande délinquance financière (ORCGDF) a permis l’arrestation de quatre personnes à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques). Trois d’entre elles, écrouées le 26 septembre, faisaient fonction de « blanchisseurs ». La quatrième, un Colombien écroué à Bobigny le 24 septembre, était le responsable pour l’Europe de la collecte et du transfert vers la Colombie de l’argent de la cocaïne vendue par un « baby cartel » à la mafia calabraise. Au total, sept personnes sont déjà incarcérées dans ce dossier et sept mandats d’arrêt internationaux délivrés contre les responsables de la mafia italienne et du « baby-cartel » de Cali, en Colombie.

Tout commence par l’interpellation presque banale d’un voyageur à l’aéroport de Roissy le 22 août 2003. José-Luis A., un Espagnol de 50 ans, est contrôlé par les douanes au moment où il prend l’avion pour le Venezuela. Dans les semelles de ses Caterpillar, chaussures inspirées des souliers de sécurité pour chantiers, l’homme dissimule... 439 900 euros en billets de 500 ! A. prétend qu’il veut investir cet argent dans des usines de poisson installées sur des plates-formes au large du Venezuela.

Son passeport est noirci de tampons attestant qu’il circule très régulièrement entre la France et le Venezuela. Le parquet de Bobigny saisit l’OCRTIS. Deux équipes de policiers perquisitionnent aussitôt les domiciles de l’homme aux semelles d’argent, deux maisons dans la région d’Hendaye.

Là, les policiers de l’OCRTIS mettent la main sur une abondante documentation révélant l’existence de dizaines de comptes en banque dans le département et en Espagne, aux noms de José-Luis A. et de quelques-uns de ses « amis ». Mais aussi sur des listings de virements effectués depuis ces comptes sur ceux de diverses personnes en Colombie.

Parmi les amis d’A., Marcelino R., d’origine espagnole, qui s’avérera vite être l’élément central d’une équipe de blanchisseurs d’origine espagnole. José-Luis A., lui, n’est pas le premier venu. Ancien banquier, il a mis au service de ceux pour lesquels il travaille tout son talent de financier et sa parfaite connaissance du « schtroumpfage », qui consiste à ouvrir, sous des prête-noms, quantité de comptes, de façon à virer et faire circuler des petites sommes qui n’attirent pas l’attention des organismes de surveillance bancaire.

En 2004, le juge Le Loire, épaulé par l’ORCGDF, lance toute une série d’opérations sur des sociétés bancaires du Pays basque français. Toutes avaient mis en place un système, prétendument légal, de récupération des fuites de capitaux espagnols dans le cadre d’opérations d’évasion fiscale. En effet, pour ne pas être imposées en Espagne, les grosses sociétés espagnoles disposent de comptes au Pays basque, qui fonctionne comme une petite Suisse. Et cela représente jusqu’à 70% de l’activité de certaines banques du Pays basque français...

Maîtrisant parfaitement cette astuce financière, José-Luis A., Marcelino R. et leurs complices s’en servaient pour écouler l’argent de la mafia calabraise vers la Colombie, via ces « comptes-relais » au Pays basque et en Espagne...

L’enquête de l’ORCGDF et de l’OCRTIS a démontré que cet argent servait à acheter de la drogue. De 2000 à 2004, il a été établi que des transports de plusieurs tonnes de cocaïne étaient effectués régulièrement en voiliers par des skippers ou dans les cales de cargos depuis l’Amérique du Sud vers les côtes de l’Afrique (Togo) ou directement en Europe sur le rivage espagnol. L’enquête est toujours en cours.

Depuis la fermeture quasi hermétique des Etats-Unis au trafic de cocaïne en provenance de l’Amérique du Sud, les producteurs colombiens ont choisi l’Europe pour nouvelle destination. En quelques années, la consommation de coke a explosé sur le Vieux Continent, en même temps que le nombre de trafiquants colombiens aujourd’hui enfermés dans les prisons européennes, et tout particulièrement en Espagne. Preuve de cet engouement : la quantité disponible sur le marché provoque l’effondrement des prix.

Le 29 septembre dernier dans une maison du Val-de-Marne est découvert un laboratoire de transformation de la cocaïne. De mémoire de policier, il faut remonter aux années 70, celles de la « French Connection », pour retrouver trace d’une pareille découverte. Les policiers des « Stups » interpellent un homme étroitement surveillé depuis plusieurs semaines. Sur lui, ils découvrent 3 kilos de cocaïne. Cinq autres personnes vont être arrêtées peu après, et, au domicile de l’une d’elles, dans un appartement du Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne), les enquêteurs découvrent encore 36 kilos de la même drogue et un laboratoire de traitement avec une presse de 300 kilos destinée au conditionnement de la marchandise sous forme de pains. Selon les premiers éléments de l’enquête, cette unité de transformation de cocaïne fonctionnait depuis des mois. Quatre hommes, de 35 à 60 ans, ont été écroués et plusieurs armes saisies, parmi lesquelles un fusil à pompe, un pistolet-mitrailleur et plusieurs pistolets. L’enquête est en cours mais aucun doute n’existe sur la provenance de la drogue. Ne reste plus qu’à découvrir comment elle a été acheminée depuis l’Amérique du Sud.

Par Dominique Rizet - Le Figaro

 

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