Train d’enfer

Ravalomanana fait sa révolution

par Libération (France) , le 3 septembre 2003, publié sur ufctogo.com

Le « franc malgache » (Fmg) est mort, remplacé depuis fin juillet par des billets en ariary, pour malgachiser le nom de la monnaie nationale, française depuis plus d’un siècle. Les Malgaches ont applaudi : le président Marc Ravalomanana sait caresser le poil nationaliste de ses compatriotes mais il sait aussi les prendre à contre-pied.

 

Depuis la nuit des temps, l’accès des vazaha (les étrangers) à la propriété foncière est interdit. La terre, celle des razana (les ancêtres), recèle à Madagascar une dimension symbolique sacrée. Le roi Radama II fut étranglé, le 12 mai 1863 à la nuit tombée, dans un couloir de son palais à Antananarivo, avec un foulard de soie, pour avoir oublié cette règle. On ne s’est pas gêné de le rappeler au Président. Depuis l’indépendance en 1960, aucun chef d’Etat malgache ne s’est risqué à abroger cette « loi divine », pas même « l’Amiral rouge », le marxisant Didier Ratsiraka. Le président Marc Ravalomanana vient de faire adopter, contre tollé et anathèmes - les mots « trahison » et « sacrilège » ont été lâchés dans la presse -, une loi qui autorise désormais les investisseurs étrangers à être propriétaires terriens. Les Malgaches, conservateurs, sont très fâchés.

Moins de corruption. Pour lutter contre la corruption, qui mine l’administration et l’économie du pays, le président de Madagascar vient carrément de supprimer la totalité des taxes d’importation et des droits fiscaux, TVA de 20 % comprise, sur plus de 350 articles, produits de consommation et biens d’équipement qu’il juge nécessaires pour faire de Madagascar, en deux ans, « un paradis pour les investisseurs ». Cela va de l’engin de travaux publics aux cahiers et aux crayons, en passant par l’électroménager et l’informatique. Zéro taxe, moins de corruption : les Malgaches sont contents.

Un peu plus d’un an après son arrivée au pouvoir, à la fin du premier semestre 2002, le président Marc Ravalomanana vient de soumettre les Malgaches à un train d’enfer de réformes en tout genre : une vraie révolution ! Et ce n’est pas fini. On attend une vaste réforme foncière et agraire qui permettra aux paysans sans terre, la grande majorité d’entre eux, de devenir propriétaires de leurs rizières, de leurs champs de manioc ou de maïs, de leurs plantations de café, de girofle ou de vanille et d’échapper à la survivance féodale du fermage et du métayage.

« Berlusconi tropical ». De Ravalomanana, on connaissait, la saga du « self-made man » venu de sa campagne, parvenu en quelques années, avec des procédés pas toujours très orthodoxes, à la tête du premier groupe agroalimentaire malgache, Tiko. On savait ce « Berlusconi tropical » avide autant de pouvoir que d’argent, mais « pour le bien de son pays », ce qui reste encore à prouver. En revanche, on ignorait totalement que derrière un slogan rebattu à l’excès - « Faut qu’ça change » - assorti d’une bonne dose de potion évangélique - « N’ayez pas peur, croyez seulement », verset extrait de l’Evangile selon saint... Marc !, se cachait en réalité un révolutionnaire d’un type nouveau, ultralibéral, déterminé à faire sortir son pays, par tous les moyens, de cette fatalité du sous-développement qui en fait l’un des pays les plus pauvres du monde. A Madagascar, le revenu annuel par tête tourne autour de 250 euros, alors que ses 15 millions d’habitants sont « assis sur un trésor », pour reprendre la formule de Michel Camdessus, ex-directeur général du Fonds monétaire international. Depuis toujours, on dit de Madagascar, en paraphrasant de Gaulle : « Grande île d’avenir mais qui entend le rester. »

Plus question de roupiller sur un coffre-fort avec « Speedy Ravalo », son dernier sobriquet à la mode, tant il court par monts et par vaux. Il ne se contente pas de sillonner son pays pour semer la bonne parole du nécessaire changement. On l’a aussi vu en Afrique, aux Etats-Unis, en passant fréquemment par l’Allemagne, où l’on a rapidement compris que l’ancien laitier, éduqué au calvinisme conquérant, avait de réelles dispositions pour les affaires et la politique, pour peu qu’on lui tienne la main, ce qu’il accepte volontiers dès lors qu’il s’est convaincu de la sincérité de son « partenaire ». Le mot « partenaire » plaît beaucoup à Marc Ravalomanana, heureux de sa formule d’avenir « PPP », pour « partenariat public-privé », synonyme pour lui d’un développement rapide et durable de Madagascar, même si quelques intrépides tentent de lui glisser à l’oreille que ce qui est rapide est rarement durable.

Messie confit en dévotion. Difficile à suivre, fantasque, impulsif, préoccupé de progrès pour son pays et ses habitants, quitte à tout mélanger et confondre, le « business » de l’Etat et celui de son groupe familial, Marc Ravalomanana se révèle être beaucoup plus révolutionnaire que le messie confit en dévotion pour lequel les Malgaches ont voté en décembre 2001.

Louis HENRIQUET - Libération

 

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