France/Afrique

RFI : « Quand on n’a que l’amour » ?

par La Lettre du Continent , le 4 décembre 2003, publié sur ufctogo.com

LA LETTRE DU CONTINENT revient sur les manoeuvres en coulisse à Radio France Internationale. La « Radio mondiale », si africaine dans son fonctionnement, vit une guerre de chefs et de clans. Sa prochaine intégration dans Radio France pourrait totalement changer la donne politique. Enquête.

 

Interrogé par La Lettre du Continent sur le renvoi controversé, le 14 novembre, du directeur de l’information, Jérôme Bouvier, le PDG de Radio France International (RFI) Jean-Paul Cluzel a expliqué sa décision par « l’affadissement de la ligne éditoriale ». Quant à la brutalité de la procédure - Bouvier a dû faire ses valises du jour au lendemain -, elle s’explique en partie par le statut particulier (Protocole V) qui régit l’emploi des cadres de la « Voix de la France ». RFI fonctionne en effet comme dans un cabinet ministériel : s’il n’y a plus d’entente avec le « président », on doit partir ! Et il y a eu « désamour » sur plusieurs dossiers sensibles ? Organisé par un tiers, un déjeuner en tête-à-tête entre le patron et le directeur de la rédaction, « pour qu’ils puissent se parler d’homme à homme » n’a rien donné. « On n’a pas parlé d’Afrique, mais d’Irak, de Palestine et d’économie » affirme le PDG de RFI, qui sait être toujours soupçonné de « petits » accommodements avec les pouvoirs africains.

A l’origine, seul le chef du service Afrique, Alain Le Gouguec devait quitter la radio, faisant jouer la clause de garde dans son contrat avec France Inter (qui lui a accordé une « disponibilité » pendant un an, sans qu’un successeur n’ait été nommé, ni même son bureau - qui porte toujours son nom sur la porte - n’ait été occupé par quelqu’un d’autre). Cluzel a fait partir les deux hommes - qui s’entendaient fort bien et lui tenaient tête - en même temps, « pour réorganiser à la fois le service Afrique et la direction de l’information » a-t-il expliqué à ses troupes. Il est vrai que les services de langues (anglaise, portugaise, etc.) doivent à présent être intégrés dans un seul service Afrique. De même, si la nouvelle directrice de l’information, Geneviève Goetzinger, hérite du même périmètre d’attributions que Jérôme Bouvier, le chef du service Afrique, Henri Perilhou, sera chargé de préparer la « régionalisation » de la radio.

Lui-même en piste pour prendre la tête de Radio France qui intégrerait RFI, Jean-Paul Cluzel a-t-il également voulu faire plaisir à des amis bien placés en renvoyant sèchement Jérôme Bouvier ? Dans une enquête de deux pages, Libération a cité le nouveau directeur de cabinet à Matignon, Michel Boyon, ancien patron de Radio France de 1995 à 1998, et, à cette époque, combattu par Jérôme Bouvier, meneur du front « TSB » (« Tous sauf Boyon ») à France Culture. La réponse est peut-être aussi à chercher du côté de la relation d’amour et de haine que Jean-Paul Cluzel entretient avec les poids lourds de la rédaction africaine, pour la plupart syndiqués au sein de la CFDT. Le « chef » aimerait bien que les « Africains » de la radio tournent désormais sur d’autres régions.

Bilan provisoire du feuilleton : l’intéressé Bouvier qui cherche toujours à comprendre pourquoi il se fait vider de la maison (et pas seulement de sa fonction), a demandé des motifs (aussi au Quai d’Orsay, la tutelle de RFI, où on lui a assuré sur tous les tons de ne pas être intervenu). Alain Le Gouguec, lui, a pris ses clics et ses claques, le 26 novembre, pour des vacances sur une île tropicale avec sa femme, avant son retour à France Inter. Il est parti à la satisfaction d’une bonne partie du service Afrique, qui n’avait jamais digéré ce recrutement extérieur placé à sa tête. A terme diluée dans Radio France, la "Radio mondiale" va-t-elle cesser de "faire danser les masques" dans sa propre case ? Ce serait dommage ?

François Rochebloine, député UDF, rapporteur pour avis du budget 2004 de la francophonie et des relations culturelles internationales, relève que l’intégration de RFI au sein de Radio France " pose la question du maintien de la tutelle du Quai d’Orsay du fait de son intégration au sein d’un groupe audiovisuel entièrement financé par la redevance, soumis au contrôle du CSA et relevant du ministère de la culture et de la communication". Adieu le charme discret de la diplomatie française ? La part de la dotation du Quai d’Orsay ne cesse de baisser depuis plusieurs années et la redevance représente déjà plus de 42% de ses ressources. Mais le Quai d’Orsay a encore mis 71,4 millions d’euros dans la cagnotte de RFI pour 2004. Et qui paye, commande ?

LA LETTRE DU CONTINENT N°436 du 4-12-2003

 

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