Présidentielle en France

Quel avenir pour la « Françafrique » ?

par BBC Afrique (UK) , le 4 avril 2007, publié sur ufctogo.com

La France a souvent été accusée de soutenir des régimes dictatoriaux en Afrique et de favoriser la corruption. Elle est aussi concurrencée aujourd’hui par d’autres pays qui, eux aussi, entendent entretenir des relations privilégiées avec des partenaires africains.
Le nouveau président qui émergera des élections de mai prochain en France va-t-il changer quelque chose ? Ira-t-on vers une nouvelle politique africaine de la France ? Analyse de Lucy Ash, qui vient de réaliser une émission, "France versus the World" (la France contre le monde) pour le Service mondial de la BBC.

 

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Jacques Chirac a noué des relations
personnelles avec de nombreux
dirigeants

Depuis son arrivée à la présidence, c’est durant ses visites en Afrique que Jacques Chirac a semblé particulièrement à l’aise. Et sa politique africaine a été très active.

En 2003, après avoir refusé de façon spectaculaire d’appuyer l’intervention occidentale en Irak, il est devenu le premier président français à effectuer une visite en Algérie depuis l’indépendance du pays, en 1962.

Quand il avait traversé Alger dans son cortège officiel, au moins 500.000 personnes s’étaient rassemblées sur le bord de sa route pour l’acclamer, lui qui pourtant avait participé à la guerre d’Algérie en tant qu’officier.

Depuis, Jacques Chirac a reconnu que son expérience de cette guerre atroce avait contribué pour beaucoup à le rendre sceptique quant à l’opportunité de vouloir imposer la démocratie par la force dans un autre pays musulman.

Pré carré

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Jacques Chirac avait été acclamé
lors de son voyage en Algérie

Dominique Moïsi, de l’Institut français des relations internationales, estime que ce n’est pas un hasard. Pour lui, "nous étions bien mieux à même de juger la situation, justement parce que nous avions été une puissance coloniale dans la région".

"Nous nous souvenions du prix de la guerre d’Algérie, et nous savions d’avance que l’intervention en Irak déboucherait sur une catastrophe. Alors nous en tirons une sorte d’orgueil - pour une fois, nous avions raison".

Mais si la France peut se sentir justifiée dans son opposition à l’intervention en Irak, de nombreux observateurs français se sentent bien moins à l’aise quand ils évoquent le rôle de leur pays dans de nombreuses régions d’Afrique.

Depuis l’indépendance des anciennes colonies africaines de la France - un processus qui s’était déroulé sous la présidence (et dans une large mesure, la supervision) du général de Gaulle, la France a considéré ces pays comme son domaine privé : son "pré carré".

Elle a gardé des troupes dans les pays africains francophones, et surveillé de près leurs ressources naturelles. Elle a aussi envoyé des centaines de "conseillers techniques" travailler au sein des administrations africaines.

Chirac l’Africain

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Une récente manifestation s’en
prenait à la politique africaine de la
France

Sur un plan plus direct, Jacques Chirac a eu à cœur de tisser des liens personnels avec de nombreux dirigeants africains.

Lors du récent sommet franco-africain à Cannes, le président malien Amadou Toumani Touré s’était adressé à lui en l’appelant "cher Jacques", et avait rendu hommage au rôle joué par le chef de l’état français, et à la note personnelle qu’il avait apportée dans les relations franco-africaines.

Le président français aime se faire appeler "Chirac L’Africain". Et en disant ses adieux à des amis de longue date lors du sommet, il leur a rappelé "combien j’aime et je respecte l’Afrique".

Mais lors d’une récente manifestation à Paris, notre consœur Lucy Ash a pu entendre un autre son de cloche... Des dizaines de banderoles portées par les participants dénonçaient "le soutien apporté par la France à des dictateurs et à des régimes corrompus sur le continent".

Un des manifestants originaire du Congo-Brazzaville ne cachait pas sa colère. Selon lui "tout l’argent que la France envoie en Afrique finit dans les poches de dictateurs pour leur permettre de s’acheter des villas luxueuses. Et pas un sou de l’argent provenant de nos réserves en pétrole ne sert à construire des écoles, ou des cliniques, ou des routes, ou quoi que ce soit pour la population".

Soutien aux "tyrans"

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Faure Gnassingbé : sa légitimité
a été contestée

Sharon Courtoux milite au sein du groupe de pression Survie, qui intervient auprès de l’opinion et de la classe politique pour obtenir une réforme de la politique africaine de la France. N’allez pas lui parler de cet amour de l’Afrique dont Jacques Chirac parle si souvent.

"Si vous aimez vos enfants, vous vous occupez d’eux" déclare-t-elle, "comment Jacques Chirac peut-il aimer l’Afrique s’il soutient des tyrans ? Ma réponse à cette question est qu’il n’aime pas l’Afrique. Il a peut-être des amis là-bas, mais regardez qui ils sont".

Sharon Courtoux cite un exemple : "regardez les dernières élections au Togo. Le fils d’Eyadéma n’a pas été choisi par le peuple togolais. Il a été imposé par l’armée. Il y a eu de nombreux morts. Et qu’a fait Chirac ? Il a envoyé ses félicitations".

Francois Roche, rédacteur en chef de l’édition française de la revue américaine Foreign Policy, estime que le manque de transparence au sein du système français est un obstacle de taille si on veut réformer les relations franco-africaines.

C’est durant les années 60 que l’élite politique française avait créé une cellule officieuse chargée de l’Afrique au sein des bureaux de l’Elysée. Cette unité n’avait de comptes à rendre à personne. Et depuis, elle a continué de fonctionner, sous les gouvernements aussi bien gaullistes que centristes ou socialistes.

Diplomatie secrète

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Les deux principaux candidats
à l’Elysée ont réclamé plus
de transparence

François Roche explique : "La politique étrangère est considérée comme étant le domaine du président, et cette politique a été menée d’une façon quasi-secrète, surtout en ce qui concerne l’Afrique".

"Tous nos députés s’attachent à suivre la façon dont chaque euro est dépensé dans le domaine social, ou dans celui de la santé" ajoute François Roche, "mais en politique étrangère ils ne posent pas beaucoup de questions, parce que c’est l’Elysée qui est sensé le faire".

Et le rédacteur en chef de Foreign policy estime que c’est un système "très archaïque. C’est comme au temps de Napoléon : des affaires ultra-secrètes, des missions, des objectifs. Mais nous n’en sommes plus là".

Les deux principaux candidats à la présidence, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, ont appelé à une plus grande transparence dans la politique africaine de la France et dénoncé les relations paternalistes actuelles avec certains dirigeants africains.

Pessimisme ?

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Emeutes anti-françaises à Abidjan

Mais certains doutent que les élections débouchent sur un changement véritable.

Prenez l’exemple de la Côte d’Ivoire. Ce pays était relativement calme et prospère, et passait pour être la "vitrine" de l’Afrique francophone.

Mais tout cela a changé avec l’intervention miltaire française de 2004.

Daniel Bréchart, un homme d’affaires français établi dans le pays, avait été témoin de la vague d’émeutes anti-françaises qui avait suivi, et qui avait poussé des milliers de Français à quitter le pays.

Aujourd’hui, Daniel Bréchart est pessimiste : "Je n’ai aucune confiance", déclare-t-il, "et aucun espoir de voir des réformes véritables".

Il ajoute : "Je sais que Ségolène Royal a grandi au Sénégal, et qu’elle dit comprendre l’Afrique. Mais je ne crois pas qu’elle se rend compte du fait que les choses ont complètement changé, et que la France ne peut pas revenir à l’ancienne donne. Aujourd’hui, nous avons besoin de relations d’un type nouveau, avec bien plus de respect".

 

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