Douleur

Quand la douleur vient à ne plus faire pleurer les Togolais

par Kouassi KLOUSSE , le 30 octobre 2005, publié sur ufctogo.com

 

Au lendemain du décès de l’ex-Président Eyadema (que Dieu seul soit son juge), beaucoup n’ont pas eu le temps de jubiler, que les pleurs ont soudainement repris sous nos toits. Le dictateur n’était en effet pas encore enterré, que son fils prenait la place pour nous faire voir pire que son papa. Pour moi c’était tout à fait normal, car la nature a horreur du vide dit-on, et quel vide pouvait être mieux rempli si ce n’est que par l’objet de même nature que celui qui vient à manquer.

Dans un système érigé pour la dictature, ne saura se sentir à l’aise qu’un (autre) dictateur, n’est-ce pas ? Ce qui cependant m’avait beaucoup surpris, fut la lenteur dans la réaction de mes compatriotes et surtout de la classe politique. C’était à croire que jamais, les togolais n’avaient pensé au scénario de la disparition d’Eyadéma avant la fin de son mandat. Remarquez que personne actuellement ne pense encore à la disparition de Faure Gnassingbé non plus avant la fin de son soit disant mandat et pourtant cela aussi est tout à fait possible, car nous sommes en politique. Quand je pense que les donneurs de leçons continuent de nous répéter que gouverner c’est prévoir. C’est vrai que la classe politique togolaise ne gouverne pas encore, mais lorsque l’on aspire à gouverner au Togo, cela empêcherait parfois de prévoir ? Les manifestations contre le nouveau dictateur ont donc tardé à se faire. Certains comme pour se faire pardonner évoquaient comme cause à cette lenteur dans les réactions, une certaine réunion des chefs d’Etats de la CEDEAO, comme si c’était aux autres pays de la sous- région de venir pleurer à notre place quand nous sommes blessés dans notre peau et dans notre âme.

Le pire a été de voir que même lorsque finalement le monde entier a commencé de crier à notre place nos manifestations ont commencé par se calquer sur ce que le syndicat de nos chefs d’Etats africains a planifié en douce sur le dos de notre pauvre pays. C’est ainsi qu’au lieu d’appeler à une transition par exemple, tout le monde finalement a crié à l’organisation d’une élection que tout le monde ( et c’est ce que je ne comprendrais jamais), savait mal préparée d’avance. Finalement, de fausses manœuvres en fausses manœuvres, nous sommes revenus au point de départ, c’est-à-dire à la dictature pure et dure des années où les droits de l’Homme n’étaient pas encore connus des politiciens africains. Comment en effet comprendre qu’au moment où les campagnes se font au rythme du décallé -coupé et en hélicoptère dans notre pays, on en soit encore à voler les urnes « en direct à la télé>> sous les yeux de la Communauté Internationale ( c’est -à- dire à l’heure du numérique), au moment où les résultats des élections s’affichent sur nos écrans d’ordinateurs grâce à l’Internet, et c’est là que le bas blesse, car au même moment ou la dictature reprenait sa place avec force et fracas dans notre pays, que la douleur des togolais devenait plus grande, plus palpable, plus visible, eh bien un grand silence gagnait le monde.

Je n’oublierai jamais l’image de cette vieille dame au sol qui se protégeait certainement des coups de botte de nos militaires sensés protéger nos familles des milices du RPT. Oui le Togo notre pays a bien reculé ses << cent -ans en arrière >> comme l’avait prédit Eyadéma. Certes il y a eu de braves policiers qui à un moment ont pu empêcher la horde de se déferler sur les pauvres habitants du quartier Bè, mais quand je pense que des années après l’An Deux mille, il y’a encore des togolais qui chassent d’autres togolais de leurs maisons comme des rats... cela donne à réfléchir et sèche les larmes que la douleur voudrait faire couler de mes yeux. Qu’est-ce que nos mères, nos sœurs, nos frères, nos enfants ont fait pour devenir des réfugiés et des laissés pour comptes. Les élections ont été volées que nous n’avons même pas le droit de le dire. Nos parents ont été truffés de balles et jetés à la morgue, que nous n’avons même pas le droit de les pleurer. Nos tortureurs continuent de courir les rues, que nous n’avons même pas le droit de réclamer justice. Quand je pense que certains continuent de croire naïvement, que Faure Gnassingbé est en train de faire mieux que son père défunt.

J’aimerais bien que l’on m’explique ce qui a vraiment changé au Togo. Les problèmes de l’éducation restent chaotiques dans nos établissements scolaires et au lieu de s’attaquer au mal, on demande à nos petites sœurs de se raser la tête, comme si c’est tous les jours qu’elles perdent trois de leurs heures de cours ou de révision chez la coiffeuse du coin. Cela me rappelle une fameuse loi du 10 mars (je ne sais plus de quelle année) ou les mineurs ont été interdites de suivre les << sugar- dadies >> pendant qu’elles devenaient les épouses de nos ministres ou autres barons cela avec la bénédiction du premier législateur du pays, son excellence... dont je ne dirait pas le nom (de peur qu’on ne me colle sur le dos l’étiquette de la diffamation). Pour revenir à l’actualité, ne me dites pas qu’une journée chômée et payée à cause d’un match de football, pour un pays qui continue de quémander des sous à l’Union Européenne et à la Banque Mondiale, est plus bénéfique à l’économie ou à l’école togolaise. A mon humble avis, rien n’a encore changé sous le ciel de notre pays et croyez moi, c’est Gnassingbé Eyadema qui depuis sa tombe continue tranquillement de finir son mandat de 2003-2000. Eh oui, au Togo nous n’avons pas encore fini de pleurer, mais c’est en silence, car notre douleur est trop grande. Tous ces morts après la dernière élection d’Avril 2005 ont été pour rien. Oui notre douleur est vraiment grande quand il nous arrive de faire un retour sur nos pas et de compter combien de compagnons de lutte nous avions perdu, que nous perdons à l’heure même où je vous parle, et Dieu seul sait... que nous continuerons encore de perdre avant d’avoir un jour l’opportunité de nous exprimer dans notre pays, de crier fort notre douleur ou seulement de pleurer à chaude larme notre amertume, quand ceux qui détiennent la force au Togo nous imposent leur loi.

A vous tous togolais que la douleur étouffe, je dis que le combat ne fait que commencer. Il est temps d’apprendre à tirer de nos malheurs la force qui empêchera nos larmes de couler, et la détermination qui nous mènera à la victoire finale. C’est un combat du bien sur le mal, et quelle que soit la durée, le bien triomphera toujours. Chers compatriotes qui souffrez en silence, sachez que ceux qui sont au pouvoir dans notre pays et continuent d’y faire la pluie ne le feront pas pour l’éternité, car bientôt ce sera notre tour de faire mais alors, rien que le beau temps.

Washington D.C ce 30 octobre 2005

(Texte dédicace à « Samba » :
A tous ceux qui l’on connu, et à l’occasion des quarante jours de son décès, je dis : -Sois fier de toi cher ami et compagnon de lutte car, tu nous a montrer le chemin, et aussi longtemps que Dieu nous prêtera vie, ta mémoire sera honorée et la mission qui nous a réunie sera accomplie. Que Dieu t’accueille dans sa demeure, et te fasse reposer dans l’arène dédiée aux combattants et aux vrais patriotes.)

Kouassi KLOUSSE
Contact : tousfree yahoo.com

 

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