Interview

Qu’est-ce qui fait courir Gilchrist Olympio ?

par Africa International , le 1er décembre 2003, publié sur ufctogo.com

En présence de ses militants et sympathisants réunis à Paris, le dirigeant de l’UFC a réitéré les propositions faites à l’Union européenne pour résoudre la crise du pays : offrir une porte de sortie au général-président, former un gouvernement de transition...

 

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« 40 ans c’est trop, même pour un bon régime ou un bon président. Il faut qu’ il sen aille ! » Gilchrist Olympio ne mâche pas ses mots vis-à-vis du général-président Gnassingbé Eyadéma déclaré, une fois de plus, vainqueur de l’ élection présidentielle de juin dernier. Cette « victoire » controversée, et des plus discutables, n’a trouvé d’écho favorable que dans un message de félicitations de Jacques Chirac adressé à l’homme fort de Lomé ; lequel message a semé un certain malaise. Apparu sur la scène en janvier en 1963, le chef de l’Etat togolais, malgré sa santé sujette à caution, s’ingénie à rester au palais. Or, la situation du pays s’en trouve bloquée. L’opposition, récemment malmenée par les artifices pré-électoraux du régime, semble s’être mise au vert en attendant. Mais voilà qu’Olympio, l’opposant de toujours relance l’initiative, histoire de rompre le statu quo. Au même risque de paraître seul dans ce nouveau sillage.

Samedi 8 novembre à Paris, son parti, l’Union des forces de changement(UFC), organisait dans le local dune bourse du travail une « Journée du Togo » au cours de laquelle le leader de l’Ablodé, revenu au-devant de l’actualité depuis son audition à Bruxelles, prenait la parole pour détailler les sept mesures susceptibles d’impulser un changement de vitesse à Lomé II. Ce sont les suivantes :

- 1 Engager un dialogue politique intertogolais efficace permettant une confrontation des résultats de l’élection présidentielle du 1er juin 2003 tel que la Commission l’a d’ailleurs envisagé dans une communication du 31 juillet 2003

- 2 Demander expressément au régime en place de revenir à la situation de l’Accord-cadre de Lomé, d’abroger les amendements apportés à la Constitution ainsi qu’au code électoral consensuel

- 3 Envisager, dans l’avenir, des élections locales non pas dans les conditions d’un code électoral révisé mais dans le contexte général d’élections sur la base de l’Accord-cadre de Lomé et du code électoral consensuel, comprenant des élections présidentielles, législatives et locales avec la collaboration étroite de la communauté internationale avant, pendant et après ces consultations

- 4 Libérer les détenus politiques

- 5 Restituer le passeport du président de l’UFC, ainsi que les pièces d’identité du secrétaire général et du vice-président de l’UFC

- 6 Ce dialogue, que nous voulons efficace, aura pour objectif principal la constitution d’un gouvernement de transition comportant toutes les formations politiques et la société civile en vue d’organiser toutes consultations futures en pleine collaboration avec la communauté internationale en amont, pendant et en aval

- 7 Proposer à M. Eyadéma une retraite après 40 ans de pouvoir en lui offrant toutes les garanties d’amnistie aussi bien au Togo que dans le pays d’exil de son choix.

L’offre ainsi dévoilée l’a été d’abord devant la Commission « développement et coopération » du Parlement européen le 1eroctobre. C’était au lendemain de la plaidoirie des représentants de Lomé entendue par la même instance bruxelloise. Les envoyés d’Eyadéma avaient plaidé la cause du gouvernement en usant d’un temps de parole égal à celui réservé à Gilchrist Olympio. Ce minutage de parole accordé à chacune des deux parties renforce le crédit dont jouit le président de l’UFC, de fait élevé au rang de force politique de négociation. L’UFC, dont le numéro deux, Emmanuel Bob Akitani, dispute encore au général « élu » la victoire au scrutin de juin (à 54,55% des suffrages contre 34%) semble avoir le vent en poupe. Pour mémoire, le candidat Akitani avait conduit les couleurs du parti aux urnes, pour suppléer à Olympio écarté de la course électorale. En guise de rappel, le pays vit depuis une décennie sous une batterie de sanctions économiques internationales pour cause de déficit démocratique. Si l’équipe Eyadéma tente en vain de lever ces mesures de rétorsion, l’échec du laborieux dialogue pouvoir-opposition et l’escamotage du processus électoral n’encouragent guère l’Union européenne à changer d’attitude.

Pour appuyer ses nouvelles propositions, Olympio affirme : « Aujourdhui, plus que jamais, nous avons la conviction à l’UFC que c’est grâce au travail d’un gouvernement de transition honnêtement accepté par tous que nous nous engagerons véritablement dans un processus de démocratisation pouvant nous conduire à un changement apaisé et durable. »

Et l’opposant d’ajouter, l’enjeu est si important qu’il faut l’adhésion de toute l’opposition démocratique. Et nous conforterons nos propositions par des signatures de tous les Togolais et amis de bonne foi et de tous bords pour que toute l’Afrique, toute la communauté internationale et le monde entier sachent que c’est le président Eyadéma qui s’oppose au dialogue et à une solution démocratique pour une sortie paisible de la crise et non l’opposition togolaise. Cette voie nous est obligatoirement dictée par l’état actuel de notre pays après quarante années de despotisme et de dérives. »

En effet, l’opposition, dans son ensemble, n’a pas encore réagi au contenu majeur de l’initiative de l’UFC, c’est-à-dire l’effacement pacifique de l’homme de Lama-Kara contre l’entrée en scène d’une équipe de transition. Toujours est-il que la sortie du dictateur reste une préoccupation de taille. Mais le président « réélu » pour les cinq années à venir n’est pas du genre à s’en laisser conter. Gnassingbé Eyadéma ne s’imagine pas un instant hors du pouvoir. Mais, comme l’envisage Olympio, seules des pressions conjuguées de l’intérieur comme de l’extérieur peuvent permettre de l’évincer de la salle des machines. Le cas du Libérien Charles Taylor, exilé au Nigeria en août, a été cité en exemple pour illustrer la faisabilité de la chose.
Cependant, Olympio ne se fait pas de doute : le pouvoir ne désire pas négocier avec l’opposition en vue du respect des droits de l’homme et de la restauration de la démocratie, rappelle-t-il. A cet égard, nous attendons de voir quelle sera sa réaction à la récente proposition avancée par l’Union européenne tendant à mettre en oeuvre l’article 96 de la Convention ACP-UE de Cotonou pour ouvrir une consultation entre elle et le gouvernement togolais. Cette consultation, dont les points de discussion sont en cours d’élaboration, pourrait aboutir à l’organisation d’un dialogue entre le gouvernement et les forces politiques du pays, annonce le chef de l’Ablodé. Ce dialogue, insiste-t-il, devra être un préalable à la tenue de toutes nouvelles élections dans le pays et il devra surtout prendre en compte les propositions que nous avons faites devant le Parlement européen le 1eroctobre ». Face à l’assistance constituée de ses partisans de France et d’Allemagne, la bête noire d’Eyadéma a souvent répété au cours du meeting-débat, « 40 ans de pouvoir, c’est trop. Et trop, c’est trop ! »

D’après lui, on a essayé la dictature pendant 40 ans, cela n’a rien donné, essayons la démocratie. »

Brice AHOUNOU

Interview à Africa International : Signes avant-coureurs...

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Gilchrist Olympio (à droite) et Jean-Pierre
Fabre (à gauche), l’un de ses lieutenants

Brice Ahounou : Faut-il « proposer » une voie de sortie à Eyadéma ou le « contraindre » à partir ? Vous avez utilisé le premier mot à Bruxelles...

Gilchrist Olympio : D’abord c’est un langage diplomatique. Faut pas l’oublier, nous étions à l’Union européenne, c’était plein de parlementaires, de diplomates, on ne peut pas utiliser d’autre mot. Mais ce que nous avons en tête est très clair : la démocratisation au Togo doit commencer par le départ de M. Eyadéma, et plus vite on le fait, mieux cela sera pour le pays. Une fois Eyadéma parti ou complètement mis à l’écart, à l’intérieur du pays soit à l’extérieur. Mieux vaut à l’extérieur parce qu’il a des propriétés et des amis assez sincères en France et dans d’autres pays africains. Cela ne serait pas difficile pour lui sur le plan purement matériel. Ainsi nous pouvons organiser notre gouvernement de transition qui comprendra en grande majorité les partis d’opposition et nous croyons que ceux-ci sont largement majoritaires au Togo. Ce n’est même plus discutable, Par conséquent, ce nouveau gouvernement conduira le pays, en étroite collaboration avec la communauté internationale, à des scrutins futurs. Souvenez-vous, les élections présidentielles et législatives passées ont été complètement bâclées. Et l’élection locale que M. Eyadéma est en train d’organiser en ce moment est un faux-fuyant. Il se lance dans une fuite en avant, il croit que l’antidote aux élections frauduleuses du passé est une élection locale ; il essaye de convaincre qui veut l’entendre que c’est la démocratie par la base, nous savons que c’est un faux problème et nous n’avons pas l’intention de participer à ces élections qu’il est en train d’organiser. Le nouveau gouvernement devra organiser le plus tôt possible des élections en étroite collaboration avec la communauté internationale, Jusqu’à présent, quand celle-ci intervenait, elle envoyait deux ou trois parlementaires le jour du scrutin qui disparaissaient tout de suite après. Cette solution n’est pas valable. La préparation d’un scrutin nécessite six à sept mois. Ceci est un point crucial avant les élections, mais nous n’avons même pas encore connu cela. on ne connaît pas non plus les listes électorales.

Brice Ahounou : Il a fallu qu’une crise sérieuse éclate au Libéria pour que l’on annonce la porte de sortie à Taylor. Comment amorcer le mouvement qui accompagnerait Eyadéma vers la porte ?

Gilchrist Olympio : Vous savez, il y a le président de Madagascar, Ratsiraka, aussi, qui est parti comme d’autres chefs d’Etat. Ce que nous voulons éviter, c’est l’effusion de sang. Hormis la position de la majorité des Togolais, de la communauté internationale, nous avons dans ce domaine surtout l’article 96 de l’Union européenne. Je crois que les consultations en cours de préparation en ce moment diront, comme l’a déjà souligné M. Romano Prodi, qu’il faut absolument que M. Eyadéma ouvre le dialogue avec l’opposition et cela doit se faire. Au cours de ce dialogue à venir, les choses vont évoluer. Ce dialogue va aboutir, du moins, nous le croyons, Sans me tromper, c’est aussi la position de la presque totalité des partis de l’opposition. Cette négociation devra aboutir à un gouvernement de transition, où le parti d’Eyadéma sera représenté, pas majoritairement comme cela a été fait pendant notre dialogue passé. Pour préparer les élections, nous aurons une position qui reflète la position réelle de l’opinion dans le pays.

Brice Ahounou : il est aussi question de l’état de santé d’Eyadéma qui décline. Et s’il venait à se trouver dans l’incapacité de gouverner, ce scénario de transition tiendrait-il ?

Gilchrist Olympio : Attention, si M. Eyadéma arrive à disparaître demain, selon la Constitution, le président de l’Assemblée devient président de la République. En 60 jours, il va falloir qu’il organise absolument des élections. C’est pendant cette période que nous devons entamer notre discussion avec le président de l’Assemblée effectivement au pouvoir et de lui dire, si vous voulez avoir la paix à l’intérieur comme à l’extérieur, il nous faut un dialogue et une organisation d’élections sérieuses. Pas d’élections à la manière Eyadéma d’autant plus qu’il ne serait plus là pour servir d’obstacle. La chose serait plus facile, s’il arrivait à disparaître.

Africa International - N°371 / Décembre 2003

 

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