Dictature

Putsch permanent au Togo

par Le Pays (Burkina) , le 4 juin 2003, publié sur ufctogo.com

La menace de l’opposant togolais, Gilchrist Olympio, le 28 mars à Paris, a probablement fait siffler les oreilles du président Gnassingbé Eyadéma : "L’état-major de l’Union des forces du changement (UFC) n’exclut pas l’éventualité d’une lutte armée au Togo, en cas de mauvaise organisation du scrutin présidentiel, dans le courant de cette année 2003".

 

L’homme fort de Lomé avait alors répliqué de façon énergique, craignant sans doute que les délices du pouvoir ne lui échappent : "Notre armée est prête à répondre à toute provocation d’où qu’elle vienne. Elle est bien formée et bien équipée", avait-il martelé. De toute évidence, le décor sulfureux de l’élection présidentielle togolaise laisse planer le pire dans ce pays qui s’apparente à une poudrière. Le principal adversaire politique du général Eyadéma, Gilchrist Olympio - plusieurs fois condamné à mort par contumace et contraint à l’exil - a été exclu de la course à la magistrature suprême. Les populations, elles, vivent un calvaire indescriptible.

En fait, les circonstances actuelles consacrent un désir initial, celui d’une présidence à vie. Prisonnier de fâcheuses pulsions régressives, le régime togolais continue de restaurer les ingrédients d’un pouvoir autoritaire, dans une "démocratie" où les libertés publiques et les règles démocratiques ne sont qu’une vue de l’esprit. Chaque citoyen togolais semble avoir en permanence le canon d’une arme pointé sur sa tempe. En vérité, les résultats de l’élection présidentielle du 1er juin, ne surprendront personne. Eyadéma sera réélu contre vents et marées et la dictature continuera d’exposer sa sale besogne.

Déjà, les observateurs étrangers, à l’exception de ceux de l’Organisation inter-gouvernementale de la francophonie, ont cautionné ce scrutin pourtant émaillé d’irrégularités graves. Si bien qu’on se demande à quoi servent ces hommes et femmes, cintrés en costume-cravates, et roulant dans de grosses cylindrées, à l’occasion de chaque joute électorale. Ces observateurs, censés juger en toute objectivité le déroulement du scrutin, semble profiter de cette occasion pour se dépayser et légitimer les pouvoirs dictatoriaux qui tuent l’Afrique à petit feu.

Comment en effet 180 observateurs peuvent-ils observer 6000 bureaux de vote ? En vérité, depuis une dizaine d’années, le régime togolais n’a cessé, à travers moults coups de force et autres formes d’intimidations, d’imposer son message : le pouvoir du général-président, au pouvoir depuis 36 ans, n’est pas soluble dans la démocratie et ne reculera devant rien pour imposer ses privautés.

A ce sujet, les faits sont forts évocateurs. Ainsi, en 1991, Eyadéma avait ordonné l’envoi de chars d’assaut et d’unités suréquipées pour mettre fin à l’élan de démocratie symbolisée par la tenue d’une Conférence nationale. Et ce n’est pas tout : en 1993, la soldatesque présidentielle a ouvert le feu sur des manifestants aux mains nues qui réclamaient l’instauration d’un système démocratique. C’est aussi au Togo qu’en 1993, le principal adversaire du régime, Gilchrist Olympio, a failli passer de vie à trépas, suite à une agression par arme à feu, imputée aux milices d’Eyadéma. On ne saurait non plus oublier la prise en otage du verdict des urnes en 1998. Alors que les chiffres de l’élection présidentielle consacraient la victoire de Gilchrist Olympio, le ministre de l’Intérieur déclara de façon fracassante Eyadema vainqueur.

Mais le régime togolais ne se limitera pas à ce "ping-pong démocratique ". Après avoir mis en place un système policier de la pire espèce , il s’est attelé à tisser, sur le plan international, un réseau de complicités capable en cas de besoin, d’avaliser ou de relayer ses pires errements, soit par le soutien explicite, soit par le silence approbateur.

On comprend dès lors, pourquoi les puissances occidentales sont muettes face au diktat du régime togolais. L’attitude de la France est particulièrement inquiétante. Sous d’autres cieux pourtant, Paris a brandi le bréviaire des grands principes ou les menaces de sanctions. Parallèlement, le silence des autorités françaises à l’égard de l’opposant Gilchrist Olympio est patent, et son exclusion de l’élection présidentielle togolaise du 1er juin dernier, n’a pas semblé émouvoir outre mesure la France.

D’ailleurs, le général Eyadéma affirme à qui veut l’écouter qu’il a le "soutien total" de son "ami Jacques Chirac".

Même les chefs d’Etat africains sont silencieux, confirmant ainsi l’existence du fameux syndicat des chefs d’Etat, apte à défendre des intérêts de club. Les organisations sous-régionales sont, elles aussi, impuissantes face à cette situation en voie d’explosion.

L’opposition togolaise ? Elle semble n’être d’accord que sur ses désaccords. D’où viendra alors le salut ? De toute évidence, si les opinions internationales se contentent de prendre acte de cette situation, elles se rendraient complices d’un drame annoncé. Il faut donc vite un signal fort avant qu’il ne soit trop tard.

En Afrique, il n’y a pas que les coups d’Etat armés. Il y a aussi les coups d’Etat par les urnes. Ce dernier type de putsch est permanent au Togo.

Le Pays (Ouagadougou)

 

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