Pédophilie

Prostitution infantile à Lomé :
Un phénomène qui prend des proportions alarmantes et inquiétantes

par Par John Altman - AgoraPress (TogoForum) , le 24 mars 2008, publié sur ufctogo.com

 

C’est samedi soir. Alors que je m’ennuie à regarder des films insipides sur les chaînes de télévisions locales à la maison, mon téléphone sonne. C’est un vieil ami. Il me propose une virée à travers les coins chauds de la capitale, comme au bon vieux temps où nous étions étudiants. Ça ne pouvait mieux tomber. Rendez- vous est donc pris pour vingt heures dans un bar sur le boulevard du 13 Janvier.

Un quart d’heure avant l’heure fixée, je suis sur les lieux. Le « Seven Clash », un bar situé sur le Boulevard du 13 Janvier en face de « La Brochette de la Capitale », est déjà bondé. Par chance, je trouve une table libre et je m’installe, face à la circulation. La musique est tintammaresque, mais l’ambiance est à la fête et la bonne humeur des consommateurs présents ici est très communicative. Mon ami ne tarde pas à arriver. Après avoir garé sa voiture sur le terre-plein entre les deux voies du boulevard, il me cherche des yeux. Je me lève pour lui faire signe. Il est accompagné de son épouse. « Mais mon cher ami, tu es seul ! Où est donc ta petite amie ? ». J’élude la question. Mon ami poursuit : « ne t’en fais pas, on va te trouver de la compagnie ». Sûrement une de ces prostituées qui grouillent dans le coin.

Tous les Loméens qui connaissent l’endroit savent que les filles qui viennent ici sont potentiellement des filles de joie. Après plus d’une heure, mon ami fait signe à une fille qui approche sans se faire prier. L’idée de partager notre table avec une spécialiste ne m’enchante pas, mais je voudrais lui poser quelques questions. Aussitôt que la fille s’assied, elle annonce sans détour et sans la moindre gêne : « chez vous à la maison, ce sera 10.000 FCFA (15€), mais si vous voulez qu’on s’arrange ici, ce sera 5.000 F ». La femme de mon ami manque d’avaler de travers. Très amusé, je tempère ses ardeurs : « du calme, prends d’abord un pot. Pour le reste, on verra après ». Elle approuve du chef. Je lui laisse le temps de savourer sa première bière avant d’attaquer. Tout cela se déroule sous le regard franchement réprobateur de la femme de mon ami. Mais, Yémi, notre invitée semble se moquer éperdument des états d’âme de l’autre femme du groupe.

Sans préambule, je lui demande : « est-il vrai qu’on peut se payer ici les services de petites filles entre douze quatorze ans ? ». L’air un peu contrarié, elle répond : « comme si vous ne le saviez pas ! Elles ont même plus de succès que les filles de mon âge et celles qui sont plus âgées. Si vous voulez, vous pouvez même trouver des filles de dix ans ». Le verre que l’épouse de mon ami avait levé pour boire une gorgée resta suspendu devant son visage. Les yeux ronds, elle regarde celle qui venait de lâcher ces mots comme si cette dernière avait blasphémé, ce qui, d’une certaine façon, était.

Des fillettes déambulent sur les deux trottoirs du boulevard dans des tenues qui ne laissent aucun doute sur les intentions qui les amènent en ces lieux. Le visage outrageusement maquillé, la tenue plus que suggestive et mettant à nu un corps à peine pubère, elles attendent un éventuel client. Il y en a qui dansent sur les trottoirs, de la façon la plus obscène qui soit. D’autres fument tranquillement, les yeux perdus dans le vague, plongées dans une rêverie dont elles n’émergent que lorsqu’un client leur adresse la parole. Pour le père d’une petite fille de sept ans que je suis, c’est un spectacle très affligeant. Comment ces enfants en sont-elles arrivées là ? Où sont donc leurs parents ? Toutes ces petites filles ne sont quand-même pas orphelines de père et de mère ?

De temps en temps, un homme s’arrête, échange avec l’une d’elles quelques mots avant de s’en aller seul quand il n’y a pas d’accord sur le prix, ou suivi par la fillette quand la situation convient à chacun des deux. Il serait peut-être important de préciser qu’aucun des hommes qui abordent les petites filles n’a leur âge. Les hommes que je vois souvent parler aux petites filles ont au moins 25 ans. Il y a même des quadragénaires et des quinquagénaires. Je demande à ma cavalière d’un moment si elle peut m’appeler l’une d’elle, en la rassurant que c’était juste pour lui poser quelques questions. Mise en confiance, elle se lève et traverse le boulevard.

Quelques instants plus tard, la voilà qui se penche et glisse quelques mots à l’oreille d’une fillette. La petite fille regarde dans notre direction, semble hésiter un petit moment puis finalement, se décide. Yémi prend la petite par la main et toutes les deux nous rejoignent. « On se connaît », annonce Yémi. Je suis frappé par les traits bouffis de l’enfant que j’ai en face de moi. Quel âge peut-elle avoir ? Pas plus que treize ans. Avec ses yeux rouges et ses traits tirés, je me dis en la regardant qu’elle doit consommer de la drogue. Elle ne montre aucun signe de timidité. La situation ne doit rien avoir d’inhabituel pour elle. La femme de mon ami qui a maintenant compris mes intentions sourit à l’enfant et lui demande de s’asseoir à côté d’elle. C’est elle qui demande à la petite : « tu bois quelque chose ? » Celle-ci consulte Yémi du regard avant de répondre : « j’aurais bien voulu une bière, mais, j’ai faim. Je préfère manger des frites d’igame, si cela ne vous dérange pas ». Je lui dis qu’elle peut commander des frites et une boisson sucrée, pas de boisson alcoolisée. « Que craignez-vous, que je me saoule ? Je résiste beaucoup à l’alcool, vous pouvez demander à Yémi ». Celle-ci confirme de la tête. Les questions qui me brûlent les lèvres m’empêchent de m’attarder sur ce sujet. Autour de nous, personne ne semble choqué que des hommes, sur le mauvais côté de la trentaine soient sur le point d’embarquer une petite fille pour avoir des relations sexuelles avec elle.

Nous la laissons savourer son plat. Quand elle a fini, je lui demande si elle serait d’accord pour rentrer avec moi. Je précise mon âge. Elle regarde tour à tour le visage de chacun de nous avant de répondre : « vous vous moquez de moi. Vous n’en avez pas du tout l’intention. Yémi m’a dit que vous vouliez juste me poser quelques questions ». Je dus avouer que c’était vrai. Il ressort de la suite de notre entretien que l’âge du client n’entre pas du tout en ligne de compte. « J’ai quelque chose qu’il veut et moi je veux son argent. S’il me demandait de l’épouser, là ce serait différent. Il y en a qui sont trop vieux et d’une laideur repoussante. Ils demandent parfois qu’on leur fasse des trucs bizarres. C’est dégoûtant, mais ce n’est qu’un petit moment désagréable à passer ». Nous sommes très choqués d’entendre de tels propos de la bouche d’une fillette de douze ans. Je lui fais remarquer qu’à son âge, il est trop tôt pour avoir des relations sexuelles avec un homme. A ma grande surprise, la petite rit gaiement avant de rétorquer : « votre conseil arrive trop tard. Et puis, de qui dois-je recevoir la permission de faire usage d’une chose dont je suis l’unique propriétaire ? » Cette fois, c’est le comble. Mon ami et sa femme sont sur le point de dire quelque chose, mais craignant que leurs remarques ne déplaisent à l’enfant qui risquait alors de partir, je leur fais signe de se taire.

Je lui demande si ses parents sont en vie. Elle répond par l’affirmative. Sont-ils au courant de ce qu’elle fait. Elle hésite avant d’avouer finalement qu’elle a quitté la maison pour vivre avec des amies qui font la même chose qu’elle. C’est seulement alors que je pose la question qui me tient le plus à cœur depuis le début de l’entretien : « qu’est-ce qui te pousse à faire ce que tu fais ? Tes parents ne s’occupaient pas bien de toi ? » Ici, j’admire sa franchise quand elle laisse tomber négligemment : « des amies m’ont dit qu’on pouvait gagner beaucoup d’argent en le faisant. Je constate qu’elles ne m’ont pas trompée ». Je lui demande combien elle gagne. « Ça dépend, il arrive que je reçoive plus de cinq clients. Des fois, je rentre bredouille. Mais dans l’ensemble, ça va ». Qu’est-ce qu’elle fait de l’argent qu’elle gagne ? Travaille-t-elle pour quelqu’un ou pour son propre compte ? La réponse est sans appel : « ça ne vous regarde pas. Est-ce que je peux partir ? » C’est clair, je viens de poser la question de trop. A quoi bon la retenir ? Toutefois, la femme de mon ami lui donne ce conseil : « quitte tes amies et retourne à la maison. Tu mets ta vie en danger sans le savoir ». Sans lui répondre, la petite se tourne vers moi et demande timidement : « monsieur, est-ce que vous pouvez me donner cinq cents francs ? » J’accède à sa requête en lui faisant remarquer qu’elle vient de me dire qu’elle était financièrement à l’aise, grâce à son métier. Elle ne relève pas.

Brusquement, le coin ne nous enchante plus. Nous payons notre addition et nous nous apprêtons à partir quand Yémi, accrochée à mon bras me fait comprendre que je lui dois une compensation de mille francs, pour l’avoir retenue, ce qui a pu lui faire perdre un éventuel client. Décidément, ces filles ont le sens du commerce. Nous démarrons en direction du « Panini », un autre bar très fréquenté situé à 300m. C’est la même ambiance et le même décor. Parmi les nombreuses prostituées, il y a des enfants comme d’où nous venons. Nous ne nous arrêtons pas. Ni mes amis, ni moi n’avons plus envie de contempler ce spectacle désolant. On se décide pour un endroit plus calme et plus respectable.

D’après ma petite enquête des jours qui ont suivis cette triste soirée, la plupart des enfants sont issues de milieux défavorisés certes. Mais, s’il y a quelques années c’était souvent des parents ou des proches peu scrupuleux qui les motivaient, depuis peu, de plus en plus d’enfants se présentent spontanément en ces lieux avant d’être prises dans l’engrenage par des souteneurs et des maquereaux. Elles ont entendu dire qu’on pouvait y gagner beaucoup d’argent. C’est une fois dans le milieu qu’elles comprennent qu’en réalité, la moisson de leurs efforts sera faite par de tierces personnes.

Aujourd’hui, le constat est accablant : de jour comme de nuit, ceux qui le veulent peuvent s’acheter le charme d’un enfant de très bas âge. Quel plaisir peut-on tirer d’une si vile action ? Allez-y savoir. Ces névrotiques agissent à visage découverts, dans des endroits connus par tous comme abritant ou accueillant des enfants prostituées. Cela témoigne de l’impuissance ou de la passivité du gouvernement face à un fléau que beaucoup de Togolais et des organisations de la société civile dénoncent quotidiennement. Toutes les mesures annoncées par le gouvernement pour combattre le phénomène ne sont pour l’instant qu’un « catalogue de bonnes intentions ». Rien de concret n’a été entrepris pour dissuader les pratiquantes ni pour faire comprendre à ceux qui abusent de leur innocence (soit en les poussant à se prostituer soit en ayant des rapports sexuels avec elles) qu’ils se livraient à des pratiques répréhensibles qui les exposent à de lourdes sanctions. Comment peut-on expliquer que ces pratiques licencieuses se déroulent sous les regards indifférents des agents des forces de l’ordre qui passent plusieurs fois par nuit devant ces lieux, dans leurs véhicules 4x4 ? Le comble, c’est que les deux bars que nous avons visités encadrent un commissariat de police, celui du premier arrondissement !

Qu’est-ce qui rend le phénomène si difficile à combattre ? Je ne le comprends pas. Est-il normal qu’une fillette de douze ans se promène sur les trottoirs à une heure avancée de la nuit, habillée comme une pute ? Pourquoi les nombreuses patrouilles policières qui sillonnent les rues de la capitale les regardent-elles sans rien faire, alors qu’ils connaissent leurs intentions ? Pourquoi ne les arrêtent-on pas, non pas pour les conduire en prison, mais pour qu’elles dénoncent ceux qui les exploitent ?

Il est bien entendu clair que ces enfants sont d’innocentes victimes d’une pratique licencieuse que la raison humaine ne saurait accepter. Le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour arrêter ça. La situation n’est plus tolérable.

 

© Copyright Par John Altman - AgoraPress (TogoForum)

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
lundi
23 octobre 2017
Lomé 27°C (à 20h)