Droits de l’homme

Profession : Dictateur

par La Croix (France) , le 3 mai 2003, publié sur ufctogo.com

L’Afrique, un continent de dictateurs. La démocratie est décidément bien mal partie sur le continent noir et les intérêts économiques et politiques occidentaux s’y retrouvent souvent.

 

Si l’on regarde une carte de l’Afrique, du nord au sud, de l’est à l’ouest, un fait saute aux yeux : l’Afrique demeure encore au XXIe siècle « le continent des dictatures ». À l’exception de quelques pays comme le Sénégal, le Mali, le Ghana ou l’Afrique du Sud, les dictateurs perdurent, du nord au sud. De la Tunisie et de l’Algérie à la Libye, de la Guinée à la Sierra Leone, en passant par le Togo, le Cameroun, le Gabon, le Congo, l’Angola, le Soudan, le Zimbabwe, des régimes « dictatoriaux » sont toujours installés dans ces États francophones, anglophones et lusophones.

Les présidents ont peu ou prou accepté, en 1990, le fameux discours de La Baule de François Mitterrand, liant « l’aide à la démocratie », discours repris par l’Union européenne et les États-Unis. Certains ont accommodé la démocratie à leurs sauces, ouvrant leurs pays à des élections dites démocratiques, souvent tronquées, s’essayant à un multipartisme parfois limité, parfois débridé, rognant pour la plupart, et au gré des événements, la liberté de la presse. Avec, à l’exception du cas extrême du pouvoir islamiste au Soudan, une complicité fréquente - quand ce n’est pas un soutien affirmé - de l’ancienne puissance tutélaire ou des multinationales pétrolières, voire des deux à la fois.

Les régimes dictatoriaux en place trouvent toujours des soutiens occidentaux

La crainte annoncée du chaos pour le pays (quand celui-ci n’est pas en guerre civile.) et pour la région qui l’entoure fait que le régime dictatorial en place, mis à mal la plupart du temps avec raison par les organisations de droits de l’homme, trouve toujours des soutiens occidentaux. La situation instable en Côte d’Ivoire et le génocide au Rwanda en sont deux tragiques exemples. Cela ne vaut pas seulement pour la « Françafrique », qui régit encore aujourd’hui le pré carré auquel sont attachés aussi bien les responsables de gauche que de droite français. Comment cataloguer, en effet, les régimes de l’Ouganda, du Rwanda, de l’Éthiopie, de l’Érythrée, soutenus par les États-Unis ? Peut-on parler de dictatures « déguisées » ?

Les intellectuels africains préfèrent, quant à eux, graduer et parler de « petites et grandes » dictatures, « en devenir ou finissantes ». Ils s’appuient sur des exemples connus : « La dictature du colonel Kadhafi a un avantage sur d’autres, c’est que l’argent du pétrole permet quand même à la population libyenne de bien vivre, soulignent-ils en substance. Mais regardez ce qu’a fait de la République centrafricaine, pays du diamant, l’ex-président Ange-Félix Patassé, aujourd’hui déchu. Pourtant élu démocratiquement, il s’est conduit en vrai dictateur, dans l’indifférence internationale. Patassé a saigné le pays et privé la population de tous ses droits, même les plus élémentaires. » On ne sait d’ailleurs pas, après lui, comment va évoluer le général Bozizé, le nouvel homme fort centrafricain, arrivé au pouvoir tout récemment par un coup d’État : en président démocrate ou en président dictateur ?

En RDC, Joseph Kabila et, au Maroc, Mohammed VI pourront-ils changer la politique de leurs pères ?

Un de ces intellectuels, voulant rester anonyme, note encore : « En République démocratique du Congo (RDC), il y a eu la longue dictature de trente-deux années du président Mobutu, celle très courte de Laurent-Désiré Kabila, mort assassiné. Aujourd’hui, son fils, Joseph, à peine 31 ans, tente d’ouvrir depuis deux ans l’ex-Zaïre à la démocratie, de faire la paix et non la guerre. Y arrivera-t-il ou en sera-t-il empêché ? »

La même question se pose pour le Maroc, où Mohammed VI, 40 ans, déclare depuis quatre ans vouloir construire une monarchie « démocratique », après trente-huit ans d’une dictature royale orchestrée par son père Hassan II. Mais le danger réel d’une percée islamiste dans le royaume chérifien ne risque-t-il d’y faire réapparaître les vieux démons de la dictature ? En Afrique, le temps des régimes autoritaires n’est décidément pas fini.

Julia FICATIER

Eyadéma, le « grand timonier » du Togo

Le président-général Gnassingbé Eyadéma, doyen des chefs d’État africains, est au pouvoir depuis un coup d’État effectué voici exactement trente-six ans contre le président Olympio. Eyadéma, recordman de la longévité à l’africaine, n’a pas réussi à rendre crédible la « démocratie » togolaise. Et cela pourrait continuer puisque son parti, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), l’a désigné le 25 avril pour briguer un troisième mandat électif de cinq ans le 1er juin, après une vingtaine d’années de maintien au pouvoir sans élections. Ce nouveau mandat est rendu possible par le fait que le Parlement, largement dominé par le RPT, a modifié la Constitution en faisant disparaître toute limite de temps à la présidence.

La Croix

 

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