Kim Il Sung africain

Présidentielle togolaise : commentons l’évènement

par L'Observateur Paalga (Burkina) , le 5 mai 2003, publié sur ufctogo.com

 

Les choses sont maintenant claires à Lomé, et même très claires. A un mois de la présidentielle togolaise prévue pour le 1er juin 2003, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a transmis au ministère de l’Intérieur pour « vérifications administratives » les sept candidatures qu’elle a retenues. Il reviendra ensuite à la cour constitutionnelle de publier la liste définitive des candidats au moins 18 jours avant la date du scrutin, soit le 14 mai, délai de rigueur.Ce sera dans tous les cas sans Gilchrist Olympio dont le dossier, comme on le subodorait, a été rejeté au motif qu’il n’a pu produire l’acte de domiciliation et le quitus fiscal, deux des dix critères d’éligibilité corsés à la faveur du tripatouillage législatif qui a eu cours l’an passé à Lomé. Aux termes du scélérat code électoral voté par la majorité parlementaire RPT, le candidat à la présidence doit, on le sait, avoir résidé en permanence au Togo au moins 12 mois avant la date du scrutin.

Un obstacle supplémentaire dressé sur la route du gourou de l’Union des forces du changement (UFC) qui, depuis l’attentat dont il a réchappé pendant la chaotique transition togolaise, vit en exil entre Accra, Londres et Paris.Certes Emmanuel Akitani-Bob du Parti des forces de changement (PFC) qu’on pense être une solution de rechange à Gilchrist devrait être sur la ligne de départ (sauf avis contraire de la Cour constitutionnelle), mais nous sommes, ne l’oublions pas, dans une présidentielle où l’envergure, l’aura, l’équation personnelle sont souvent plus importantes que le meilleur programme du monde. C’est un peu comme si, en Côte d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara, pour contourner l’ostracisme évident dont il était victime, choisissait de mettre en selle Henriette Diabaté par exemple.

Elle est certes intelligente, dotée d’une grande expérience et créditée d’une intégrité certaine, mais il n’est pas certain qu’elle aurait pu rallier autour d’elle tous les suffrages dont ADO aurait bénéficié.Or l’aura compris, le cas d’Olympio junior ressemble étrangement à celui du leader du Rassemblement des républicains (RDR). Là, c’était une querelle sordide des « et » et des « ou » sur fond d’ivoirité et de délit de patronyme ; dans le cas présent c’est l’obligation de résidence et d’autres oukases électoraux qu’Eyadema a sortis pour barrer la route à son adversaire le plus redouté.On croyait naïvement qu’en bon droit la force d’une loi était son caractère impersonnel, en redécouvre à chaque fois sous nos tropiques qu’un texte législatif, ainsi que l’a confessé un jour Laurent Gbagbo au sujet du cas Ouattara, était édicté « pour résoudre un problème ».

Un euphémisme pour dire « diriger contre quelqu’un ». On sait toutefois où tout cela a mené dans la mesure où après une première opération sous anesthésie le 24 décembre 1999, l’abcès de l’ivoirité, qui avait fini par gangrener le pays d’Houphouët, a finalement dû être crevé dans la douleur un certain 19 septembre 2002, et sa plaie est toujours en train d’être pansée.En ayant donc comme programme de gouvernement le Tout-Sauf- Ouattara (TSO), Bédié et ses successeurs ont ainsi précipité la Côte d’Ivoire dans l’abîme. Où nous conduira cette fois-ci le TSO version togolaise (Tout Sauf Olympio) ? C’est la question qu’il faut sérieusement se poser car si les mêmes causes produisent les mêmes effets, au risque de jouer les Cassandre, il y a fort à craindre une zone de turbulences comparée à laquelle les troubles de 90-93 apparaîtront comme une récréation.Voici un général qui s’échine à créer chez lui les conditions de l’irrémédiable fracture qu’il a pourtant voulu colmater (sans succès d’ailleurs) chez nos voisins ivoiriens.

C’est à croire que le Kim Il Sung africain est d’une myopie politique inguérissable. Et ses manoeuvres sont tellement grossières et grotesques que pendant qu’il programmait le disqualification de Gilchrist Olympio, il faisait sauter le 30 décembre 2002 le verrou constitutionnel qui l’empêchait de briguer un troisième mandat. Investi le 25 avril 2003 par le Rassemblement du peuple togolais, le miraculé de Sarakawa fera annoncer le 1er mai à la presse sa candidature par son Premier ministre Kofi Sama. Et si l’on ose croire ce qu’a raconté le chef du gouvernement togolais, il aura fallu plusieurs tentatives pour convaincre le dinosaure de Pya de demander le renouvellement de son bail à Lomé II. On l’aura donc pratiquement supplié, après quoi le doyen des chefs d’Etat africains, qui totalise déjà 37 ans de règne sans partage, a accepté de « se sacrifier encore une fois ».

On ne peut pas faire mieux, ou pire (c’est selon) dans la danse du serpent cireur ou si vous préférez le lèche-cul. Et si le ridicule tuait, il y a bien longtemps que certains seraient morts de honte. Seulement, nous autres Burkinabè devons commencer à nous inquiéter. Car déjà que le port d’Abidjan n’est plus accessible du fait de la guerre civile, si ça devait péter à Lomé du fait des errements du général, ce serait une menace sérieuse qui pèserait sur nos importations-exportations. Il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler l’avant-goût que nous en avons eu au début des années 90 quand l’économie burkinabè a ressenti le contrecoup de la paralysie de l’ex-Suisse de l’Afrique. Encore qu’à l’époque, le PAA et nos opérateurs économiques filaient le parfait amour. Mais si demain nos débouchés maritines devaient se réduire aux corridors ghanéen et béninois pas forcément préparés à cela ce serait une catastrophe. Oiseau de mauvais augure ? Non, seulement lucide.

L’Observateur Paalga

 

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