Elections

Présidentielle Togo 2010 : le Colonel Yark, de sinistre réputation, à la tête de la FOSEP

par Liberté Hebdo (Togo) , le 17 novembre 2009, publié sur ufctogo.com

 

JPEG - 7.6 ko
Le colonel Yark Damehane dont le nom figure dans tous les rapports de violation des droits de l’Homme au Togo

Les élections au Togo sont des occasions par excellence d’insécurité et riment avec violences et il faut à chaque fois que les gouvernants prennent des dispositions particulières pour garantir la sécurité au cours de cette période. C’est ainsi qu’à la veille de chaque échéance électorale le gouvernement crée une force spéciale. Pour la joute électorale capitalissime de l’année prochaine, on n’a pas dérogé à la règle.

Force Sécurité Election Présidentielle (FOSEP) 2010, c’est son nom. Le conseil des ministres a récemment pris son décret de création. Selon les informations, cette force sera composée de six mille (6000) hommes. On précise par ailleurs qu’elle sera composée exclusivement de gendarmes et de policiers. Cette disposition particulière a eu le mérite de rassurer un tant soit peu les populations, pour le fait que les militaires n’en feront pas partie. Mais cet espoir naissant sera remis en cause par la nomination qui vient d’être faite au commandement de cette force. Il s’agit d’un certain … Yark Damehane. C’est donc l’inénarrable patron de la Gendarmerie nationale qui va commander cette structure. Yark Damehane, dites-vous ?

Une sinistre réputation

La nouvelle a de quoi surprendre. L’homme qui vient d’être parachuté au devant de la FOSEP 2010, n’a pas bonne presse. Le background et les agissements de l’homme ne plaident pas assez en sa faveur. Yark Damehane ne jouit pas d’une bonne réputation. Le colonel est cité parmi les sbires de premiers choix, avec d’autres qui occupent des postes ministériels aujourd’hui, qui avaient le vent en poupe sous le règne du Père. L’homme est connu pour sa rigueur extrême de l’usage de la force qui frise la brutalité. Yark Damehane ne haïrait pas la torture, un traitement inhumain et dégradant combattu avec la dernière rigueur par les droits de l’Homme. Un euphémisme savant pour dire qu’il serait plutôt un adepte de la chose. Ceux qui ont passé des moments en prison pour des causes politiques ne le décrivent pas en saint. Ils sont amers quand ils sont obligés de parler de l’homme. Dans le milieu des corps habillés mêmes, le Lieutenant-colonel ne jouirait pas d’une assez bonne réputation.

Le commandant de la Gendarmerie s’est récemment illustré par sa brutalité. On se rappelle la marche récemment organisée par les journalistes pour protester contre l’agression d’un des leurs. Pour une petite manifestation d’à peine une cinquantaine de journalistes, c’est le patron de la Gendarmerie qui s’est déplacé. Pour quadriller la manifestation afin d’éviter les débordements ?

Non, au regard des propos tenus par l’homme. « Avancez encore de 5 mètres ! ... », a-t-il menacé les marcheurs, et d’ordonner à ses éléments : « S’ils font encore un pas , rentrez-les dedans proprement ». C’est ainsi qu’il avait dissuadé cette manifestation pourtant légitime.

Par ailleurs, Yark Damehane avait tenu des propos qui dépassaient le simple cadre de la manifestation. « Vous n’avez encore rien vu… Vous croyez que le pays est à vous seuls ? », avait-il menacé les journalistes. Des propos qui visiblement avaient d’autres objectifs : intimider à travers les journalistes le peuple et semer en lui la peur d’être réprimé pour toute manifestation dans le cadre de la présidentielle de l’année prochaine.

Du sérieux de Faure Gnassingbé

Le chef de l’Etat ne cesse de clamer une élection pacifique en 2010. C’est un refrain que lui et ses disciples chantent dans les discours. Tout dernièrement le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales et porte-parole du gouvernement, Pascal Bodjona a déclaré qu’il n’y aura pas d’apocalypse l’année prochaine. Les conditions d’une élection vraiment pacifique doivent être créées et cela devrait aussi passer par les dispositions à prendre pour quadriller les manifestations d’humeur si éventuellement elles se produisaient en 2010. Le contexte dans lequel intervient le scrutin de l’année prochaine devrait beaucoup instruire.

Le Togo revient de loin. Entre cinq cent (500) et mille (1000) compatriotes ont été tués juste pour offrir le fauteuil d’or à Faure Gnassingbé. Et à l’époque autant de Togolais ont été tués juste pour avoir voulu manifester leur colère contre le hold-up électoral. Ces évènements avaient attiré l’attention de la communauté internationale. Devant le scrutin à enjeu énorme de l’année prochaine, l’Etat togolais a donc l’impérieux devoir de prendre les mesures idoines pour éviter le bis repetita de 2005. Et parmi ces dispositions, les hommes qui devront conduire les structures spéciales et autres institutions devant intervenir dans la sécurisation du scrutin. C’est ici que le bon sens est choqué d’apprendre que Faure Gnassingbé parachute au commandement de la FOSEP un homme d’aussi sinistre réputation que le Lieutenant-colonel Yark Damehane.

Comment au moment où on crie à une élection pacifique, peut-on brader la structure de sécurisation par excellence du scrutin à un adepte d de la force brute ? Qu’est-ce qui peut bien empêcher le Lieutenant-colonel Yark Damehane de déverser ses éléments dans la population pour commettre les mêmes besognes qu’en 2005 ? Faure Gnassingbé a-t-il nommé Yark Damehane pour « rentrer dedans » aux populations ?

On est tenté de le croire, car rien ne saurait justifier cette nomination. C’est ici qu’il faut douter de la sincérité même de Faure Gnassingbé, de sa réelle volonté d’organiser une élection pacifique en 2010. On est tenté de croire que Faure Gnassingbé veut à la tête de la FOSEP quelqu’un qui peut « rentrer dedans » aux populations sans état d’âme, réprimer les éventuels manifestants sans ménagement. Yark Damehane a certainement été nommé pour montrer à la population que les journalistes n’ont « encore rien vu ».

C’est bien dommage que Faure Gnassingbé lance à tout bout de champ des appels à la non violence et promeuve au même moment les adeptes de la force et de la violence. Yark Damehane à la tête de la FOSEP, Major Kouloun, pourtant indexé par la mission des Nations unies comme chef des milices et bourreau par excellence des populations d’Atakpamé en 2005, au devant du Groupe de Réflexion et d’Appui au Parti RPT (GRAP). C’est comme cela que Faure Gnassingbé veut une élection pacifique en 2010 !

Tino Kossi

 

© Copyright Liberté Hebdo (Togo)

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
mercredi
29 mars 2017
Lomé °C (à 0h)