SIDA

Pourquoi les singes résistent au VIH

par RFI (France) , le 11 avril 2004, publié sur ufctogo.com

Chaque avancée dans la recherche contre le sida est une source d’espoir pour les millions de malades porteurs du virus dans le monde. Celle que les chercheurs du Dana-Farber Cancer Institute de l’université de Harvard, aux Etats-Unis, ont réalisé il y a quelques mois, est de ce point de vue particulièrement encourageante. Elle montre, en effet, que les singes sont protégés par une protéine qui stoppe la réplication du VIH dans les cellules. Même si pour le moment, les mécanismes de ce processus sont inconnus, l’identification de cette molécule ouvre la porte à la mise au point de nouveaux traitements plus efficaces.

 

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La protéine TRIM5-alpha est à l’origine de la résistance d’un grand nombre de primates face aux assauts du VIH. Photo : AFP

Pourquoi la protéine TRIM5-alpha protège-t-elle les singes du virus du sida et pas les hommes, alors que ces derniers ont une protéine équivalente dans leur organisme ? C’est à cette question que les chercheurs doivent répondre, maintenant qu’ils ont mis en évidence qu’elle était à l’origine de la résistance d’un grand nombre de primates face aux assauts du VIH. Il faudra vraisemblablement attendre encore un certain temps avant d’en savoir plus, mais d’ores et déjà l’identification de l’effet protecteur de la protéine contre le virus du sida confirme l’hypothèse que certaines espèces disposent bien de résistances naturelles au VIH. Ce qui signifie que les mécanismes identifiés pourront, à terme, permettre de mettre au point de nouvelles thérapies pour lutter contre la maladie.

La découverte réalisée par l’équipe du professeur Joseph Sodroski est donc considérée comme un très grand pas en avant dans la recherche sur le sida. D’autant plus qu’elle apporte des informations sur un moment clef de la pérégrination du virus dans l’organisme, jusqu’ici très mal connu : celui où le VIH pénètre dans les cellules. La protéine TRIM5-alpha agit, en effet, lors de la première étape du processus d’infection en bloquant la réplication du virus, puisqu’elle l’empêche de transcrire ses gènes dans la cellule une fois qu’il y a pénétré. Jusqu’à présent, les scientifiques disposaient surtout d’indications sur l’étape finale du cycle viral, lorsque le VIH quitte les cellules.

Mettre le virus hors d’état de nuire

Du coup, le professeur Sodroski espère pouvoir exploiter ces nouvelles connaissances pour « manipuler et renforcer l’activité » de la protéine équivalente à la TRIM5-alpha chez l’homme et « stimuler » sa « résistance naturelle ». Cela pourrait permettre de trouver non seulement de nouveaux traitements mais aussi, peut-être, des moyens de guérir les patients en mettant « hors d’état de nuire » le virus avant qu’il n’entame son processus de réplication incontrôlable dans l’organisme. Sans empêcher l’infection, on en supprimerait donc les effets. Pour Nabila Wassef, du National Institute of Allergy and Infectious Deseases (NIAID), « le problème de l’infection latente pourrait être éliminé ».

La découverte de la TRIM5-alpha devrait, d’autre part, permettre de mener des expérimentations beaucoup plus utiles sur les singes. Jusqu’à présent, leur résistance à l’infection à VIH en faisait de mauvais cobayes pour vérifier l’efficacité des traitements et d’éventuels vaccins. En ayant découvert par quels moyens les singes résistent au sida, les chercheurs peuvent maintenant envisager d’inhiber l’action protectrice de la protéine et de leur inoculer le virus. Du coup, il sera possible de « développer des modèles animaux » applicables à l’homme.

Bien sûr, pour le moment, les chercheurs savent très peu de choses sur les mécanismes qui permettent à la TRIM5-alpha d’empêcher la réplication du virus chez les singes. Mais d’ores et déjà, les scientifiques émettent l’hypothèse qu’il existe vraisemblablement d’autres familles de protéines résistantes au VIH, peut-être, mais aussi aux virus en général. Stephen Goff, biochimiste à l’université de Columbia, est ainsi très optimiste sur les avancées potentielles des recherches menées dans ce domaine : « Petit à petit, elles [les protéines] sont identifiées et j’espère que leur fonctionnement sera rapidement compris ».

Valérie GAS

 

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