Débat panafricain

Plan Marshall pour l’Afrique noire : Pour quoi faire ?

par Réalités On Line (Tunisie) , le 8 septembre 2003, publié sur ufctogo.com

Depuis plusieurs années, beaucoup d’intellectuels africains et africanistes réclament la mise en place d’un Plan Marshall pour l’Afrique. C’est une intention louable certes, mais il serait intéressant de rappeler deux ou trois choses.

 

GIF - 4.9 ko

Primo, le Plan Marshall en faveur de l’Europe, adopté dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, a servi à reconstruire les infrastructures économiques détruites pendant la guerre, et à renforcer les institutions politiques et sociales.

Secundo, cette guerre avait mis aux prises plusieurs pays, ce qui n’est pas le cas de l’Afrique, où il y a eu rarement des conflits armés opposant deux Etats frontaliers. En un mot, l’argent du "Plan Marshall" européen a entièrement servi pour la cause de la paix par la reconstruction.

Tertio, les institutions économiques internationales ont toujours accordé leur concours au Continent noir, des fonds qui ont servi, malheureusement, à entretenir des régimes non démocratiques, non patriotiques, dilapidant les deniers publics et poussant à l’exil le peu de ressources humaines dont disposent les jeunes Etats du Continent. Dans ce cas, on peut affirmer que l’argent a bel et bien été le nerf de la guerre, avec son cortège de misère, de maladies et autres difficultés. Donc, les ressources financières pour un développement harmonieux ne manquent pas en Afrique -et pour l’Afrique- mais si le continent se débat dans des difficultés économiques, c’est en grande partie à cause de la mauvaise gestion, qui a engendré vol, corruption, détournements etc.

Par ailleurs, l’absence d’une alternative politique au pouvoir fait que tous ceux qui peuvent et veulent accéder au pouvoir ou du moins diriger le pays n’ont d’autre choix que le recours aux armes pour chasser les dinosaures imbus de pouvoir, d’autorité et d’argent. En effet, on est effaré de constater qu’il ne subsiste pratiquement dans aucun pays africain un ancien chef d’Etat, sauf quelques exceptions (Mali, Benin, Sénégal, Madagascar, Afrique du Sud) ; bien entendu, avec des fortunes différentes. Et tous les moyens sont bons pour se maintenir au pouvoir.

De ce fait, un Plan Marshall pour l’Afrique ne servirait qu’à approfondir le fossé entre les différentes couches sociales, disparités de plus en plus insoutenables. Car les comptes de nos dirigeants dans les banques étrangères sont parmi les mieux garnis du monde.

Que faire alors ?

Il est extrêmement difficile de répondre à cette question, d’autant que la passe d’armes qui s’est jouée entre la France et les Etats-Unis, soutenus par la Grande-Bretagne à propos de l’Irak en janvier-février dernier au Conseil de Sécurité de l’ONU n’augure pas de bonnes perspectives pour l’évolution démocratique en Afrique.

L’accord tacite qui existait entre puissances à propos des zones dites d’influence est pratiquement rompu. Dorénavant, la peur au ventre, les Français risquent bien d’atténuer leurs critiques envers les régimes non démocratiques ou fermés du continent qui, en cas de pression forte de la part de la France, menacent de "privilégier" leurs liens de coopération avec les USA. Les cas du Togo, du Gabon, du Congo Brazzaville, de la Guinée, de la Centrafrique sont là pour le prouver. Déjà, depuis 1994, le Rwanda est anglophone -très soutenu par les USA ; la Guinée reçoit des aides substantielles de la part des USA ; la Côte-d’Ivoire n’est pas loin de basculer dans le camp américain -à voir les manifestations anti-françaises qui se sont déroulées à Abidjan en janvier-février dernier ; la Mauritanie est, par Israël interposée, très proche des Etats-Unis ; le Rwanda et l’Ouganda ont envahi l’Est de la RCD avec la bénédiction tacite de l’Oncle Sam. D’autres pays ne résisteront pas longtemps à l’appel d’air venu de Washington.

Aujourd’hui donc, nous sommes devant un casse-tête : que faut-il mettre en avant, le politique ou l’économique ? Quelle que soit l’option choisie, la tâche risque d’être rude, tant les appétits du pouvoir et d’argent sont aiguisés face à des populations qui sont lasses d’attendre et qui ne voient pas d’issue devant elles.

A défaut d’hommes foncièrement patriotes, les pays africains ne pourraient-ils pas "enfanter" des "dictateurs éclairés", capables de prendre de "bonnes" décisions et de les imposer à l’ensemble de la population ?

Car tout le reste - ou presque - a été essayé : des présidents-syndicalistes, des présidents-dictateurs, des présidents-despotes, des présidents-professeurs et des présidents-militaires. Dans cet ordre d’idée, une "dictature éclairée" - militaire ou civile - aurait pour tâche essentielle d’instaurer l’autorité de l’Etat, en faisant respecter, sans faille, les institutions, le droit dans son acception large. Ce ne serait pas une première dans le monde : cela a été le cas de l’Amérique latine (Brésil, Argentine, Mexique...), mais aussi des dragons d’Asie (Corée du Sud, Singapour, Taïwan et Hongkong). C’est en tout cas un moindre mal, parce que ça pourrait peut-être diminuer les coups d’Etat à répétition, les rebellions, et surtout engendrer des institutions politiques démocratiques à la longue.

Alors, s’il doit y avoir un plan Marshall, il doit être purement et exclusivement politique, c’est-à-dire s’attacher à la mise en place -et au respect- des institutions démocratiques.

Car l’Afrique renferme d’énormes potentialités qui doivent lui permettre de sortir de la pauvreté.
Tallel Bahoury - Réalités On Line (Tunisie)

 

© Copyright Réalités On Line (Tunisie)

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
samedi
23 septembre 2017
Lomé 26°C (à 23h)